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Opinions of Monday, 5 July 2021

Auteur: BORIS BERTOLT

Mafia du scandale des recrutements à la BEAC: témoignage glaçant d'un haut cadre

'Le Gouvernement de la Banque est plus qu'interpellé pour réparer injustice, frustration et infamie' 'Le Gouvernement de la Banque est plus qu'interpellé pour réparer injustice, frustration et infamie'

Dans une nouvelle série de révélations sur le scandale des recrutement à la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), le lanceur d'alertes camerounais Boris Bertolt dévoile le témoignage glançant d'un haut cadre, la gestion catastrophique de l’institution et du chaos qui y règne.

La rédaction de CamerounWeb vous propose l'intégralité du témoignage

Le dernier recrutement des cadres supérieurs à la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) est la manifestation la plus visible d’une gestion catastrophique de l’institution et du chaos qui y règne. Un haut cadre de la banque livre de nouvelles révélations sur le scandale qui est plus grave qu’on ne l’avait imaginé:

1.1. LE CONTEXTE

La BEAC a engagé une procédure de promotion interne à l'encadrement supérieur, en vue de remédier impérieusement au déficit de cadres supérieurs, particulièrement dans diverses agences. Cette modalité de recrutement, qui n'est en rien inédite au demeurant, est prévue et scrupuleusement encadrée par les textes en vigueur.

Selon la clé de répartition arrêtée, 07 postes de cadres supérieurs étaient à pourvoir pour le Cameroun et 02 pour chacun des cinq autres pays de la BEAC, soit 17 personnels en tout.

1.2. LES RÈGLES DU CONCOURS ET LE CONCOURS

La Circulaire numéro 002/DGE/DRHF/2021 du 22 mars 2021 a été publiée par le DRH pour faire savoir les conditions de participation au concours interne d'accès à l'encadrement supérieur, en adéquation avec les règles statutaires.

Les agents admis à concourir devaient ainsi remplir deux conditions principales au 31 mars 2021 à 15h30, date et heure butoirs de réception des candidatures :

- être de la cinquième catégorie avec 12 ans minimum d'ancienneté pour les titulaires du diplôme de l'ITBI ou d'un diplôme équivalent, du niveau bac + 3 ;
- être agent de la cinquième catégorie avec le grade de Chef de division et une ancienneté de 20 ans minimum.

Après réception, examen, tri et validation des candidatures par une Commission ad-hoc instaurée et pilotée par le DRH, M. BONCANCA Carlos, la Circulaire numéro 007/DGE/DRHF/2021 du 30 avril 2021 portant organisation du concours interne d'accès à l'encadrement supérieur a publié la liste des candidats présélectionnés admis à concourir, " conformément aux critères de sélection indiqués dans la lettre circulaire N° 002/DGE/DRHF/2021 du 22 mars 2021".

Les candidatures retenues étant de profils divers, le concours à proprement parler, organisé en trois épreuves souffrant d'une carence criarde en dimensionnement pédagogique tant sur le fond que sur la durée des épreuves, a néanmoins eu lieu le samedi 08 mai 2021. Au terme de la composition, les agents de certains profils (crédit, marchés de capitaux, économistes, gestionnaires) paraissaient avoir été favorisés par rapport aux autres (informaticiens, secrétaires, ...).

1.3. LES RÉSULTATS ET LES IRRÉGULARITÉS

Dès l'instant de leur publication le lundi 21 juin 2021, les résultats ont suscité controverse et polémique.

Les candidats ayant participé au concours, dont les noms suivent, classés par ordre alphabétique, remplissaient-ils l'intégralité des critères (notamment d'ancienneté à la BEAC) au délai de réception des candidatures du 31 mars 2021 à 15h30 minutes :

- Monsieur BICHARA OUSMAN Saker, recruté le 03 août 2009 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 11 ans et 07 mois ?

- Madame EBENYE SISSA épouse NKOULOU Paule Sandrine, recrutée le 1er juillet 2009 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 11 ans et 09 mois ?

- Monsieur FEITON HAINAT Ivan, recruté le 07 août 2009 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 11 ans et 07 mois ?

- Madame KEGUIRI LENINGA épouse TABADIAMBA Saintia Svetlana, recrutée le 03 août 2009 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 11 ans et 07 mois ?

- Madame MBANG MAMIAH épouse PAMBE Rhodes Vanessa, recrutée le 13 avril 2010 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 10 ans et 11 mois ?

- Monsieur NANA TCHOUDJA Fabrice, recruté le 03 août 2009 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 11 ans et 07 mois ?

- Madame NKOMI VARGAS Rita épouse SOSSO, , recrutée le 17 août 2009 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 11 ans et 07 mois ?

- Monsieur NOAH MAN-MVELE Georges, recruté le 31 juillet 2009 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 11 ans et 08 mois ?

- Monsieur OMBOLO ANDELA Marcel, recruté le 03 août 2009 selon l'annuaire du personnel produit par la Direction des Ressources Humaines, soit une ancienneté de 11 ans et 07 mois ?

Qu'à cela ne tienne, figurent parmi les promus du lundi 21 juin 2021 les noms suivants :
1. BICHARA OUSMAN Saker ;
2. FEITON HAINAT Ivan ;
3. KEGUIRI LENINGA épouse TABADIAMBA ;
4. MBANG MAMIAH épouse PAMBE Rhodes Vanessa ;
5. NKOMI VARGAS Rita.
2. LES CONSÉQUENCES

Considérant les faits sus-évoqués, des candidatures ne remplissant pas les critères statutaires ont été admises à concourir, constituant de fait une violation des règles édictées, impliquant des soupçons de népotisme, tromperie, duplicité, favoritisme, opacité et incurie notoires. Dès l'entame, les dés étaient pipés.

Considérant les faits sus-évoqués, la non implication de bout en bout du Responsable déontologie de la BEAC, M. LEMA OKILI Joachim, dont la fonction trouve ici toute sa pertinence, est constitutive d'un manquement grave au contrôle des règles devant prévaloir pour l'organisation sans polémique aucune d'un tel concours. Sa participation aurait permis un regard neutre et impartial sur la conformité de chaque dossier retenu sur le fond, mais également sur la recevabilité de la forme de sa transmission.

Considérant les faits sus-évoqués, au moins 05 agents de la BEAC, remplissant tous les critères requis et méritants, s'en trouvent aujourd'hui privés, dans l'injustice la plus silencieuse, d'une légitime promotion ainsi sacrifiée sur l'autel de la compromission et d'arrangements clair-obscurs frisant la scatologie. Autrement dit, au moins 05 agents qui auraient d'office dû être disqualifiés dès réception de leurs candidatures ont indûment été mis à la place d'au moins 05 autres, véritables lauréats, outrageusement, faussement et honteusement entretenus dans la conviction de leur prétendue incapacité à avoir réussi ce concours.

Considérant les faits sus-évoqués, les manquements manifestes de la Commission ad-hoc chargée d'organiser ledit concours sont de nature à porter irrémédiablement atteinte, aux plans externe et interne, à l'image de marque et à la marque employeur de toute une institution, parmi les rares revendiquant encore un minimum de prestige. Après les scandales de ces années récentes, la BEAC sollicitait-elle l'opprobre d'une aussi déliquescente publicité ?

Considérant les faits sus-évoqués, en définitive, la responsabilité du Gouvernement de la BEAC, qui doit travailler entre l'Equerre et le Compas, dans la rectitude et la verticalité les plus strictes, est hautement interpellée pour (1) constater les manquements énumérés, (2) déclencher sans délai une mission d'audit-inspection sensée établir les différentes responsabilités impliquées et aboutir aux mesures disciplinaires appropriées, mais aussi (3) rétablir la Justice et la Vérité dont ont soif les agents lésés et meurtris par tant d'infamie, part le truchement d'une nouvelle décision du Gouverneur conforme aux résultats qui auraient découlé de la simple observance des règles en vigueur, abrogeant ainsi la décision querellée du 21 juin 2021.

Le Gouvernement de la Banque, qui a lui-même été floué par un compte rendu immaculé du déroulé de l'organisation globale de ce concours, est plus qu'interpellé pour réparer injustice, frustration et infamie. Votre mission, en de telles circonstances et comme partout ailleurs d'ailleurs, devrait consister à ériger des Autels à la vertu et à creuser des Tombeaux pour les vices. Il en va de votre bilan individuel et collectif.

Errare humanum est, perseverare diabolicum.”