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Opinions of Friday, 23 July 2021

Auteur: Houzer Ngoupayou

Mépris des artistes locaux : Sergeo lave correctement les élites Bamoun

Escorté tel un Prince saoudien Escorté tel un Prince saoudien

Invité pour un spectacle à Foumban le week-end dernier, le roi Polo XVlll a passé un message important aux élites Bamoun. Il a carrément violé le protocole pour rendre un hommage à l’artiste Alioti SHEIDA à l’entrée de la salle, complètement ignoré, voire méprisé au milieu des siens. Camerounweb.com vous propose l’intégralité de la sortie de Houzer Ngoupayou.

Le chanteur de charme, Sergeo Polo, était en spectacle samedi dernier à Foumban. Déplacé à coût de millions de francs CFA pour un mariage, il a passé pratiquement tout le weekend dans le chef-lieu du département du Noun. En plus de lui, Coco Argentée était également de la partie. Les deux figures de la musique camerounaise formaient un duo des guest stars pour cet événement.

Cependant, à côté de ces deux vedettes, l’on aura noté la présence de quelques artistes du terroir. En l’occurrence, Djay Wes, le concepteur du titre à succès “le Pet Cube” qui, entre 2008 et 2010 avait fait danser toute l’Afrique et dont la chanson “Cameroun je t’aime” sorti récemment, occupe une place de choix dans les hits. Il y avait aussi entre autres Alioti SHEIDA, le monument vivant de la musique fondamentale Bamoun, qui a le vent en poupe actuellement, après la sortie de son nouvel album. Ces artistes du terroir avaient un rôle précis à jouer, animer le podium en attendant les “vrais artistes”. Bref, ils ont eu droit à un traitement méprisant et ridicule.

Du mépris

Après un passage déplorable sur la scène (il a été introduit de manière désinvolte on dirait un débarras surtout qu’il a été coupé malgré la demande du public, sous prétexte que Sergeo Polo était annoncé), le père fondateur du “Mendù Légend” décide de s’en aller immédiatement, question de préserver son image. Par pure coïncidence, c’est en ce moment que la guest Star, Sergeo Polo, débarque au complexe Mantoum, escorté tel un Prince saoudien. Pendant qu’il s’amenait alors vers la porte d’entrée de la salle, il aperçut Alioti SHEIDA dans un coin. Il décida de violer le protocole pour aller retrouver ce dernier et les deux ont échangé longuement avant son entrée en salle. La pression du service protocolaire n’a pu rien changer. “Laissez-nous ça. Laissez-moi saluer mon grand frère”, avait lancé Sergio Polo aux services du protocole qui rappelaient sans cesse à l’artiste qu’il a déjà été annoncé. Une image suffisamment éloquente qui parle d’elle-même. Décidément, nul n’est prophète chez soi.

Alioti SHEIDA et Sergeo Polo à Paris

La relation entre Sergeo Polo et Alioti SHEIDA faut-il le rappeler, remonte de très longtemps. Pour avoir été proche de son producteur à l’époque, Alioti SHEIDA maîtrise en quelque sorte les débuts de Sergeo. Les deux ont d’ailleurs partagé les scènes, notamment à Paris. Cette relation s’est vue renforcer au moment où Sergeo Polo entreprend de reprendre la chanson “Mona” de Claude Ndam. Alioti avait alors joué un rôle prépondérant de facilitation entre les deux artistes.

Un nouveau disque sur le marché, Alioti SHEIDA impose le respect

Produit sous le label “liberté media production (lmp)”, Alioti SHEIDA vient de mettre sur le marché discographique l’album “âge d’or”. Un album de huit titres qui marque en même temps ses 35 années au service de la culture. La présentation officielle a été effective le 07 juillet dernier à Zingana hôtel à Bafoussam, au cours d’une cérémonie présidée par le Président du conseil régional de l’ouest, en présence d’un parterre hétéroclite de personnalités dont les figures emblématiques de la Cour Royale Bamoun. L’album baptisé “Over Blood” revient sur les conditions des déplacés des régions anglophones qui peinent à joindre les deux bouts. D’où l’engagement de l’artiste pour un retour de la Paix. À ce titre, les autorités ont pris à bras le corps ce projet et déterminées à accompagner jusqu’au bout.

Au moment où les autres s’appuient sur la culture pour garantir le développement de leurs localités, le Noun gagnerait à faire pareil, au lieu de réduire aux simples mendiants et de chosifier ses artistes comme c’est malheureusement le cas actuellement. Ils ont besoin d’être soutenus pour challenger les autres stars dans le monde, parce qu’ils en ont la capacité. Surtout qu’aujourd’hui, en matière de musique, c’est une affaire de lobbying. Si vous êtes incapables d’encourager les vôtres, personne ne le fera à votre place. C’est malheureusement ça la réalité. Vivement que les choses changent.