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Opinions of Thursday, 7 May 2020

Journaliste: Édouard Bokagné

'Les moutons du Nord de Kamto'


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Je m'impose une coutume, chaque fois qu'il me paraît ne pas avoir été compris de façon appropriée, d'apporter les nécessaires éclaircissements aux questionnements constructifs que mes propos auront suscités. Les injures talibanes ? Je n'y prête pas attention. Ceux-là sont dans leur porcherie. Ils y ont toujours été.

Une appellation tenace, dévalorisante, ici dehors, traite les nombreuses communautés issues du grand Nord de moutons. Elle fait partie de ces stéréotypes qui se construisent sur des préjugés sociaux grégarisants. De nombreux travaux scientifiques les ont étudiés sur bien des groupes. Ceux du Nord ne sont pas des cas isolés. Je me suis intéressé à un de ces stéréotypes : le terme mouton du Nord.

Cela était, sans contredit, un stéréotype qui, comme tel, était forgé de façon anonyme et ne s'exprimait que dans le champ lexical social apolitique. Mais il en est venu à infiltrer le discours militant. Il s'est exprimé de manière crue chez les militants d'un certain bord, aidé en cela, (il faut bien le dire), par leur propension à l'injure facile, bête et gratuite.

Ce que j'ai fait remarquer est qu'il est accolé de façon indécrottable au Professeur Kamto. Qu'on s'entende bien : il ne l'est pas par moi. Ce scientifique s'est expliqué sur la question dans les colonnes d'un quotidien local. Le fait a donc été l'objet d'investigations de médias. Et donc, a été porté à l'attention du grand-public.

Ce fait se connecte, semble-t-il, à un aspect de sa carrière. Les faits connus sont simples : le contexte était difficile : celui de la décennie 90. L'élément central est une affectation - ou une nomination comme on voudra - non désirée puisqu'elle fut combattue en justice et cassée par un verdict. Le lieu est indiscutable : à Ngaoundéré au Nord. La procédure a pris à peu près trois ans où il fut en poste.

Le débat naît donc de ce qu'un cadre obligé de servir dans un poste de travail non désiré et en contentieux avec son employeur a pu dire de ce lieu et de ceux qu'il était supposé servir. Je ne pense pas qu'il ait honnêtement pu passer ces trois ans à traiter les gens du Nord de moutons. Mais je peux présumer de son état d'esprit dans le contexte qui fut le sien.

Ce qui est central à ce débat est que Kamto, à cette période, n'était pas encore un politicien de carrière. Il l'est devenu plus tard. Mais la rumeur de ces propos, fondés eux sur un stéréotype que personne ne peut lui attribuer, existait déjà. Elle s'est même aggravée, après qu'il soit entré en politique, par un câble de Wikileaks prêtant des propos à Amadou Ali.

C'est le contour de ce câble, centré sur la dévolution du pouvoir après Biya, qui fonde la structure revendicatrice de la "Tontine". Ce discours est structurant de la communication du politicien Kamto vers les masses incultes. Les propos attribués à Ali comme à Kamto dans leurs stratégies de revendication du pouvoir sont fortement diabolisants.

C'est là la passerelle par laquelle l'état d'esprit qui était celui de l'universitaire grincheux à Ngaoundéré et les ambitions du politicien qu'il est ultérieurement devenu se sont amalgamés. Les masses fanatisées se sont approprié le discours. Pour comprendre comment, il faut s'imprégner du processus d'endoctrinement qui s'est construit autour de lui comme gourou.

La Talibanie tontinarde est un agrégat structuré autour d'une revendication que Kamto lui-même a faite : le tour d'une certaine communauté à "bouffer", (jamais mot ne fut plus judicieux), la tontine. Quelle est-elle cette communauté ? Il n'a jamais été précis sur la question. Mais celle-ci s'est reconnue. Et ceux-là l'ont aussi reconnue.

La Tontine disputée étant telle qu'elle l'est, les masses se sont mises en devoir, avec le dynamisme qu'on leur connaît, à se l'approprier. Jésus-Christ lui-même l'a dit : le royaume des cieux est réservé aux violents. Et la violence, il y en a eue ! Dieu merci, le rapport de forces permettait de la tempérer. Parce qu'autrement, il s'est vu toutes les audaces !

Les masses se sont retrouvées sans frein, surtout que trois facteurs leur ont lâché la bride. L'éclatement géo-spatial ne favorisait pas au sein de ce qui s'apparente à une secte, un regroupement structuré. Les micro-entités se sont autonomisées du noyau central qu'est le MRC qu'ils ont finalement relégué en simple appendice légal. Lui-même est noyauté.

La communication ouverte, non censurée, par réseaux sociaux, a permis toutes les dérives. La Talibanie anarchiste se donnait l'anarchie pour méthode d'accès au pouvoir. Le dernier facteur fut l'apprenti-sorcellerie : encourager cette communication aggressive et débridée par le lâchage de trolls virtuels, sans frein ni limites. Et le résultat serait prévisible...

Qu'on cherche toutes les occurrences du terme mouton du Nord sur la toile et on les verra infailliblement rattachés à Kamto et à sa Talibanie. J'ai esquissé dans mon dernier post sa marche politique erratique. Je n'ai lu aucune critique qui la mettait en doute. Kamto est un personnage public et un facteur très clivant des communautés.

Sa contribution dans l'expression moutons du Nord n'en représente qu'un aspect.

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