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Opinions of Sunday, 11 October 2020

Journaliste: Joseph Léa Ngoula

Les 'Microbes' au Cameroun : le nouveau visage de l'échec de Biya

C’est une actualité qui a meublé la rubrique fait divers de plusieurs journaux et tabloïdes. Les évènements se déroulent le 8 octobre dans l’agglomération de Douala. Des jeunes inconnus se déchainent sur les passants avec une rare violence. Enragés, ils dépouillent tout le monde et font régner un tel climat de terreur qu’ils forcent la comparaison avec un phénomène analogue qui a agité la commune populaire d’Abobo, située au nord d’Abidjan. Les « microbes », c’est le nom que leur ont donné les habitants de la capitale économique Douala pour signifier l’analogie, tant dans le mode opératoire que le profil des assaillants, avec les jeunes qui ont alimenté la psychose dans la bouillonnante ville ivoirienne.


La stupeur suscitée par cette violence juvénile nous condamne à la vilipender. Quoi de plus normal que les personnes qui en ont été les témoins directs ou les victimes résignées éprouvent du mépris et de la colère contre cette frange « égarée » de la jeunesse ? Mais ces émotions devraient-elles nous empêcher de prendre le recul nécessaire pour comprendre les ressorts de cette pathologie sociale ?


L'abcès de la société

L’éclosion des « microbes », loin d’être un banal fait divers, doit être analyser pour ce qu’elle est : le produit d’une société fracturée, polarisée, en passe de se désintégrer. C’est ce que la société sécrète lorsqu’elle entretien les inégalités sociales, lorsqu’elle installe l’apartheid économique, lorsqu’elle bâillonne ceux-là même qui vivent ces abus et veulent l’exprimer autrement que par la violence. La violence devient le langage pour passer le message, pour revendiquer une place dans une société qui a abandonné ses enfants.


Elle pourrait devenir le langage de tous/tes si l’ascenseur sociale demeure bloqué, si les canaux d’expression du mécontentement restent bouchés et si la classe dirigeante ne refonde pas en profondeur les mécanismes de redistribution de la richesse et des opportunités. Car de toute évidence, les « microbes » sont en train d’essaimer partout dans la société, sous d’autres noms, avec d’autres armes.


L’arme politique, c’est ce qu’a choisi celles et ceux qui sont traités de Talibans aujourd’hui. Ils cristallisent toutes les critiques par ce qu’ils dénoncent farouchement un ordre politique et social qui engendre le désespoir. Le parti qui les rassemble a réussi le tour de force de ramener dans l’arène politique les franges les plus mécontentes de la société ; ces jeunes, ces femmes, toute une génération sans perspective d’avenir, qui ne se laisse ni convaincre par la solution ô combien périlleuse de l’exil, ni séduire par les chants des sirènes de la radicalisation violente. D’autres « microbes » ont choisi un tout autre chemin. Ils ont reoseph Léa Ngoulajoint le projet du califat porté par Boko Haram ou celui de l’Ambazonie défendu par les séparatistes. Ils ont préféré tourner le dos à un pays qui n’offre pas de perspectives d’avenir, confirmant l’idée que tout État qui rompt le contrat passé avec ses citoyens, est condamné à l’inéluctable entropie sous la pression conjuguée des prédateurs qui le gouvernent et des insurgés qui le rêvent autrement.


A l’exemple des bactéries qui prospèrent dans des environnements insalubres, les « microbes » germent sur le terreau de la misère sociale, des injustices et de l’exclusion. Le mot « microbe » signifie littéralement « petite vie ». Quand ils gangrènent le corps social, ils traduisent la révolte des « petite gens », de jeunes invisibilisés par les dures épreuves du quotidien, contre une élite emmurée dans sa tour d’ivoire. Ils peuvent être la menace qui tourmente la société lorsqu’ils décident d’emprunter la voie de la violence, ou le catalyseur d’un changement profond quand ils s’organisent politiquement. Dans tous les cas, le phénomène des « microbes » pointe les domaines où des changements sont nécessaires.

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