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Opinions of Sunday, 7 April 2019

Journaliste: Christian Alain Djoko

Le recours à la peur constitue une des techniques et armes favorites du régime-Christian Alain Djoko

Le recours à la peur constitue une des techniques et armes favorites du régime pour produire la discipline, le conformisme et le consentement. Le but est de frapper les esprits et à contenir toute contestation politique ou sociale.

En ce sens, l’interdiction arbitraire de toute manifestation autre que celle à la gloire du régime, la répression dans le sang des marches pacifiques, l’arrestation et la détention arbitraire des militant.e.s et allié.e.s du MRC, le recours à l’intimidation à l’égard d’un pasteur et d’un chanteur, les affectations disciplinaires, les contrôles policiers incessants et vexatoires ont pour objectif d’instiguer la crainte et la peur.

En termes clairs, le régime veut envoyer un message simple : « si on a pu le faire pour eux, imagine ce qu’on fera de toi, citoyen lambda ». Plus largement, le régime à recourt au "sissia" pour amener les camerounais(es) à s’autocensurer. Contrairement à l’époque où il y avait des bureaux officiels de la censure, aujourd’hui la censure est suscitée. « On fait comprendre aux sujets porteurs d’idées et de discours qu’ils ont intérêt à évaluer eux-mêmes les risques qu’il y a à vexer les différentes autorités. Ce n’est qu’indirectement et sous divers prétextes que celles-ci sanctionneront les initiatives jugées outrecuidantes ».

Tout ceci me rappelle les batailles que j’ai dû mener dans ma propre famille contre la politique du « lock chou ». On me disait alors, de ne pas parler de politique, de ne pas trop protester au risque d’avoir des ennuis comme nos parents durant le maquis. Le message était clair. « La politique n’est pas pour nous et toute voix venant des nôtres serait punie ».

En fait, cette pratique n’a rien de nouveau. Elle fut utilisée sous Ahidjo pour communiquer la peur et le tremblement à tous ceux et celles qui ambitionnaient de remettre en cause l’ordre établi. Albert Eyinga dans une correspondance publiée dans le journal Le monde en 1970 à propos de l’affaire Ndongmo écrivait alors ceci :

« Pour se maintenir à tout prix au pouvoir, M. Ahidjo ne recourt pas seulement à la protection militaire de l’étranger, c’est-à-dire à la force brutale, il utilise également certaines forces centrifuges propres à atomiser les populations en faisant planer la méfiance et le soupçon autour de chacun. La délation institutionnalisée et entretenue par le SEDOX (police politique parallèle que dirige l’interrogateur de Mgr Ndongmo, M. Fochivé) et le tribalisme constitue quelques-unes de ces armes empoissonnées au service du régime ».

Il est également loisible de remarquer que cette guerre psychologique est également utilisée pour essayer, en dépit de tout espoir devrais-je dire, de réduire de nombreux camerounais(es) de la diaspora au silence. Elle se décline alors en une susurrante menace consistant à exercer sans relâche sur la cible une pression tantôt par le sentiment familial et ethnique, tantôt par la promesse d’un retour impossible au pays natal.

Bien plus loin encore, le gouvernement à travers ses officines, ses médias et universitaires ventriloques, agite le spectre d’une guerre civile ou d’une tentative de déstabilisation du Cameroun pour asseoir auprès d’une partie de la population un « sens commun sécuritaire » et la nécessité de recourir à la répression politique. Autant dire que la guerre psychologique repose aussi sur la manipulation des émotions.

Mais personne n’est dupe. La tentation récurrente de vouloir « régler la volonté d’un peuple aux sons des rafales est une fanfare qui ne trompe que celui qui tire. »