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Opinions of Monday, 26 July 2021

Auteur: Georges Alain Boyomo

Le peuple et la caverne, l’éditorial de Georges Alain Boyomo

Noyé définitivement le rendez-vous manqué de la présentation du rapport sur les du Fonds Covi Noyé définitivement le rendez-vous manqué de la présentation du rapport sur les du Fonds Covi

Directeur de publication du quotidien Mutations, Georges Alain Boyomo déplore l’attitude des Camerounais qui consiste à oublier le vrai débat pour se concentrer sur des choses inutiles. Combien se sont rendu compte que la session parlementaire de juin s'est achevée sans qu'une loi de nature à bousculer la grisaille politico-économique ambiante ait été votée ? Combien de Camerounais se rendent compte que la guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest se poursuit avec son cortège de morts et ses effets nuisibles sur le lien social et l'économie nationale? Autant de question qui pousse Georges Alain Boyomo à appeler les Camerounais à se conscientiser.


En deux semaines de "court-séjour privé" en Europe, les Camerounais sont restés sans nouvelle officielle de leur président de la République. Tout juste ont-ils appris qu'une bande de compatriotes de la diaspora a tenté en vain le 17 juillet de le déloger de l'hôtel Intercontinental de Genève où il a ses habitudes.

Des communiqués anonymes visiblement montés de toutes pièces attribués au cabinet civil de la présidence de la République ont circulé sur les réseaux sociaux pour rassurer les Camerounais quant à la sécurité du couple présidentiel et décourager des actions en représailles à celles de la fameuse Brigade anti-sardinards (Bas), mais aucune communication ou prise de parole officielle n'a sanctionné les évènements de Genève.
On se contentera dès lors des "compte-rendus" plus ou moins lénifiants et partisans des médias et des sorties de divers acteurs de l'establishment pour combler le grand vide.

On constatera surtout que les bruits autour de ce énième séjour de Paul Biya à Genève éloignent (à dessein?) beaucoup de Camerounais des problématiques cruciales qui engagent l'avenir du Cameroun.

Combien se sont rendu compte que la session parlementaire de juin s'est achevée sans qu'une loi de nature à bousculer la grisaille politico-économique ambiante ait été votée ? Il y'a eu certes des séances plénières spéciales à inscrire dans le nouvel élan clairvoyant impulsé par le secrétaire général de la Chambre basse du Parlement, séances au cours desquelles les débats ont été vifs et féconds, mais qu'adviendra-t-il des pertinentes recommandations qui en ont résulté ?

Le tohu-bohu autour du court-séjour privé du chef de l'État à Genève a même noyé définitivement le rendez-vous manqué de la présentation du rapport sur la gestion du Fonds Covid-19 devant la Représentation nationale !
Combien de Camerounais se rendent compte que la guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest se poursuit avec son cortège de morts et ses effets nuisibles sur le lien social et l'économie nationale?

Combien de Camerounais ont intégré les alertes préoccupantes qui ressortent du rapport à mi-parcours de l'exécution du budget de l'État pour l'exercice 2021? A savoir que le gouvernement a de plus en plus de la peine à tenir ses engagements à cause d'un faisceau de facteurs: la guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, la pandémie du Covid-19, la masse salariale de l'État qui s'alourdit au fil des années sans que la qualité du service public ne s'améliore, la fraude et l'évasion fiscales, le service de la dette, etc.
Combien de compatriotes s'aperçoivent-ils que la poussée de fièvre à Genève a consacré la remontée fulgurante du tribalisme, ce poison social ?
Continuer à pinailler sur les "assauts" manqués ou réussis de Genève, focaliser le débat public sur ces attaques et contre-attaques, c'est maintenir soigneusement le peuple camerounais dans la caverne.

Entre l'essentiel et l'accessoire, il faut pourtant que le peuple choisisse. Entre la diversion des courts séjours privés perturbés et l'exigence républicaine d'une meilleure qualité de vie pour tout le monde et non pas seulement pour l'aristocratie régnante, il est sans doute encore temps de se ressaisir.