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Opinions of Thursday, 8 July 2021

Auteur: Aristide Mono

Le discours de Maurice Kamto est contradictoire et paradoxal - Aristide Mono

Une certaine prédominance de la  figure de Maurice Kamto Une certaine prédominance de la figure de Maurice Kamto

Analyste politique et enseignant de science politique, Aristide Mono revient sur les marches de la diaspora du 3 juillet dernier. Donnant la perception qu’il a du discours du leader du MRC, l’analyste pense que l’opposant a un discours double et vicié qui manque de sincérité.

Maurice Kamto s’est désolidarisé de la marche organisé par la diaspora samedi 3 juillet dernier, quel commentaire faites-vous de cette actualité.

Déjà il faut dire qu’à priori on a l’impression d’avoir à faire à un discours contradictoire, paradoxal lorsqu’on sait qu’il y a un certain écart entre ce qui est fait. Si on prend par exemple le cas de la manifestation de Paris, il y a certaines prédominances du MRC, une certaine prédominance de la figure de Maurice Kamto, ce qui était très loin de la désolidarisation de l’organisation de cet évènement faite par le leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. On n’arrive pas à établir une scission étanche entre la position du MRC et ce qu’on a vu sur le terrain, tout ce qui est de la mobilisation de la diaspora. Du coup on peut conclure qu’il s’agit d’un discours qui n’est pas du tout cohérent, qui n’est pas fluide. Lorsqu’on se situe au niveau de l’organisation on se rend compte que des cadres bien connus du MRC notamment Wilfried Ekanga reconnu comme communicant du parti qui était à la marche. Donc on peut dire que le discours de Maurice Kamto souffre d’une certaine dose d’incohérence et de pertinence.

Après la manifestation, Maurice Kamto a quand-même félicité la réussite de cet évènement, son discours n’est-il pas contradictoire ?

Lorsqu’on regarde de près, on se rend compte qu’il n’y a pas un discours double, un discours vicié. On peut lire une certaine cohérence dans la démarche du professeur Maurice Kamto. On peut bien se désolidariser d’un évènement sans être contre cet évènement. Se désolidariser consiste à dire que l’affaire n’est pas pensée par le top management du parti. Que l’affaire ne bénéficie pas de la ressource du parti. C’est d’ailleurs compréhensible. Cette posture permet de prévenir en cas de débordement. Parce qu’en cas de débordement, si le MRC reste muet et qu’on se retrouve dans une situation de débordement ou de comportement extrémiste, comme cela a été le cas lors de la casse de l’ambassade, forcément le parti prendra un coup. C’est une démarche préventive et proactive qui vise à sauver l’image du parti face à d’éventuels débordements.

Comment on peut comprendre cette grande mobilisation ?

Ça permet justement à Maurice Kamto de démontrer que les mouvements qui lui sont favorables ne sont pas forcément ses émanations ou celles de son parti. Maurice Kamto veut démontrer qu’au-delà de tous les Camerounais de la diaspora de manière souveraine sont près à lui apporter les soutiens. Ça lui permet de renforcer son charisme, sa notoriété et sa popularité. Donc c’est aussi une stratégie de communication politique. Dans la réalité on sait bien que l’affaire a été menée de bout en bout par ceux qui sont proches du MRC. Mais il ne faut pas qu’au niveau de la réalité que cela soit perçu comme tel. C’est l’élargissement du champ politique du mouvement pour la renaissance du Cameroun, c’est-à-dire quand essayant de dé-Mrciser la chose, ça permet à Maurice Kamto de montrer que sa notoriété va au-delà du cadre stricte de son parti. C’est dans cette perspective qu’un mouvement Biya must go s’est greffé, c’est-à-dire tout ceux qui sont opposés au pouvoir indépendamment de leur chapelle politique et partisane. Ça permet donc au MRC de décrocher plus large, hors de son territoire, hors de son périmètre et de récupérer tout ce qui est anti régime et d’en faire un capital politique important. Je pense c’est aussi cette stratégie de mobilisation des Camerounais au-delà du cadre partisan. Parce que se cantonner au seul MRC allait réduire le champ de participation, excluant ceux qui ne sont pas d’accord avec le MRC. On a donc vu à Paris des militants pro-fédéraliste, des militants pro-sécessionnistes, des militants qui ne sont pas du tout du MRC.