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Opinions of Thursday, 24 October 2019

Journaliste: cameroonvoice.com

Le Maire de Bamenda, super mendiant du régime Biya

A genoux !!! L’image est des plus saisissantes ! Subliminale. Un affidés du régime imbu de la puissance de son armée, implorant tout en génuflexions les faiseurs de guerre du camp opposé –on ne peut être plus “humble”- de laisser une once de chance à la paix dans la ville de Bamenda dont il est le délégué du gouvernement (sorte de super maire recevant son mandat du président de la République qui le nomme avec pour titanesque mission de brider les maires élus, de faire le travail à la place des maires élus, et surtout de les empêcher de faire le travail pour lequel ils ont été élus.

La légende la plus courue ces derniers temps au Cameroun veut qu’à ses attributs traditionnels de chef de l’Etat, chef des armées, candidat naturel du Rdpc à l’élection présidentielle, “Créateurs” des créatures gouvernementales, parlementaires, administratives, et tutti quanti –tout ça pour le pauvre homme, hein ?-, le brave président de la République aux 86 balais dont 37 (seulement ?!) passés à la tête de l’Etat, ajoute celui, pesant, de MENDIANT DE LA PAIX.

Une étrangeté sous le ciel camerounais
Inutile de dire que jusqu’ici, il y avait plutôt de très sérieuses difficultés à vérifier la compatibilité de ce nouvel attribut avec le tempérament de l’homme du 6 novembre 1982 dont le pacifisme n’a jamais été éprouvé que lorsque le Nigeria a envahi la presqu’île de Bakassi, ou bien à chaque fois que la Guinée équatoriale s’est piqué de rudoyer ces indésirables de Camerounais qui l’”envahissent”, confisquant leurs biens, violant leurs épouses et les expulsant manu militari pour finir. Sous le nez et la barbe du président de “la force de l’expérience”.

En fait, on connaissait un Paul Biya passé maître dans l’art des casus belli : « Je l’ai dit et je le maintiens, la Conférence Nationale est sans objet pour le Cameroun », « L’ordre régnera, et la démocratie avancera », « Me voici à Douala, me voici donc à Douala… », « Tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit », sans oublier le célèbre « ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut », qui fit rire jaune son hôte d’un certain 3 juillet 2015, François Hollande, ci-devant président français, dont on savait alors la carrière politique appartenant plus au passé que relevant de l’avenir, et estomaqua ses opposants qui comptaient sur un sursaut de bon sens de l’homme pour qu’il s’évite de briguer -et remporter “naturellement” !- un septième mandat dont les lendemains seraient porteurs de chaos. Comme on le voit depuis octobre 2018.

Quand Paul Biya déclarait la… neutralisations des criminels avant l’heure
On avait encore vu et entendu le président camerounais déclarer la guerre aux séparatistes anglophones, alors que le doute planait sur l’identité réelle des auteurs de la mort de 4 militaires et deux policiers en zone anglophone : « Toutes les dispositions sont prises pour mettre hors d’état de nuire ces criminels et faire en sorte que la paix et la sécurité soient sauvegardées sur toute l’étendue du territoire national ».


Et surtout alors que les populations anglophones victimes d’une répression barbare et inhumaine n’avaient pas encore pris les armes mais subissaient les assauts professionnels des forces de défense et de sécurité.


« Si vis pacem, para bellum »
Bref, en tous temps, le président a été la figure représentative de la paix armée. Bon c’est vrai qu’il n’a pas inventé l’eau chaude en la matière : au Cameroun, il n’y a pas plus faiseur de désordre et fauteur de troubles et de panique quand ils arrivent quelque part, que les forces dites du maintien de l’ordre en général, et ceux d’entre eux qu’on appelle les “GARDIENS DE LA PAIX”. Alors quand un « MENDIANT DE LA PAIX » vous dit qu’il n’organisera jamais un débat digne de ce nom sur la forme de l’Etat et autres multiples crises camerouno-camerounaises, quitte à ce que anglophones et forces armées camerounaises s’étripent jusqu’au dernier, et que tous les opposants passent le temps à faire la navette entre la prison juste un peu plus étroite de Kondengui et la prison juste un peu plus spacieuse en laquelle il a transformé le Cameroun, il ne faut pas lui en vouloir, car bon philosophe, il ne fait que traduire dans les faits la maxime latine « Si vis pacem, para bellum », (en français « Si tu veux la paix, prépare la guerre »).

Vincent Nji Ndumu plus royaliste le roi
Malheureusement, il y en aura toujours parmi ses proches, qui, en voulant trop porter la parole du MENDIANT DE PAIX (OU DE LA PAIX) armée, en feront toujours un peu trop au point de le faire mentir. C’est le cas de ce Vincent Nji Ndumu, Délégué du Gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Bamenda, qui, lors de l’installation mardi du nouveau préfet de la Mezam, a cru devoir se mettre à genoux pour supplier les séparatistes de revenir à de meilleurs sentiments.

Geste louable en apparence mais recelant une stupéfiante tartuferie, l’attitude du Délégué du gouvernement a désorienté et envoyé trop vite en besogne des internautes qui se sont laissé berner par un comportement et un discours qu’ils ont pris (au premier degré) pour de l’assagissement ou une proposition sensée d’armistice : « Hier vous avez dit que vous allez tous les tuer, dératiser, exterminer ; que vous alliez envoyer le BIR pour les massacrer mais depuis 3 ans les amba sont toujours debout et plus fort que jamais. Aujourd’hui vous vous mettez déjà à genoux. Vous n’avez encore rien vu. C’est Paul Biya qui va se mettre a genoux ».

C’était pourtant se tromper sur le compte des “créatures” qui ne sont qu’à l’image de leur “Créateur”. En l’occurrence le Délégué du gouvernement reconverti pour la circonstance en délégué du “MENDIANT DE LA PAIX”.

La preuve, « Mister Ndumu » qui s’est mis à jouer un rôle qui n’est pas le sien, mais dont il n’est que le délégué, s’est vite rattrapé en reprenant à son compte le discours de la stigmatisation dont ne s’est jamais départi le régime du MENDIANT- en chef DE LA PAIX :

« Je me mets à genoux et je supplie mes frères du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les enfants ne vont plus à l’école, les maisons sont brûlées. Vous tuez vos frères et vos sœurs comme des animaux. Il n’y a pas de problème qu’on ne peut pas arranger. Je vous supplie d’’arrêter. Vos frères souffrent. Vous kidnappez, torturez et tuez. Je vous en supplie. Il est temps de changer ».

Du pareil au même
Si quelqu’un croit avoir manqué un épisode du processus de reconversion de monsieur le super maire, depuis la menace présidentielle d’éradication jusqu’à la feinte du Grand Dialogue National, en passant par l’injonction de reddition inconditionnelle des combattants armés séparatistes? Qu’il se ravise.

Rien n’a changé sous le soleil. Et, de la même manière que le Grand Dialogue National avec ses “sécessionnistes” à la sauce gouvernementale accusant les vrais sécessionnistes de les avoir radicalisés et poussés à tuer, kidnapper et violer, n’a pas sorti du maquis et ramené à la légalité les “terroristes” des groupes armés, le discours de monsieur le Délégué du gouvernement, un proche présumé du va-t-en guerre Atanga Nji, n’avaient pas d’autre but que de pousser les sécessionnistes à se sentir agressés par les accusations, à se sentir coupables des crimes les plus impardonnables, de manière à ce qu’ils n’aient pas d’autre option que de fuir en avant.

Quand on vous dit que certains mendiants de la paix (les minuscules sont de rigueur) qui gesticulent autour du MENDIANT-en chef DE LA PAIX ne sont que des investisseurs de guerre ! Pauvre Paul Biya, trahi par ceux qui écrivent ses discours, trahi par ceux qui veulent parler en son nom, et qui n’hésitent pas, à chaque fois qu’ils en ont la possibilité, de faire passer leur “créateur” pour un Créa-TUEUR.