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Source: Cyrille Tollo

La vérité sur le supposé détournement de 1000 milliards de la CAN

Le journalisme existe-t-il encore au Cameroun ? Cette question n’est pas anodine. Elle fait suite au constat que j’ai effectué en février dernier au sujet des journaux Le Messager et Emergence relativement à une supposée surfacturation de 55 milliards par rapport au cout initial du Complexe Sportif d’Olembe. Aujourd’hui 12 avril c’est au tour du Journal Le Messager d’endosser ce que disent la presse à ragots et les réseaux sociaux, qui ont évoqué un supposé détournement de 1000 milliards de francs CFA destinés au projet de la CAN ! Je n’ai même plus la force de m’indigner face à de telles affabulations.

Mais j’ai juste quelques questions à poser à Mutations : Les 1000 milliards détournés étaient-ils logés dans les banques ou provenaient-ils du Trésor public ? Je rappelle qu’en 2019 le budget du Cameroun était de 4805 Mds de F CFA. Mutations veut-il nous dire que plus de 20% du budget national a été détourné en sachant que le budget est un ensemble de prévisions en recettes et en dépenses étalées sur une année ? Les 1000 milliards étaient destinés à construire quelles infrastructures sportives ? Entre 2017-2018, le Complexe Sportif d’Olembe était construit par les Italiens de Piccini pour 163 Mds provenant de l’Italie. Les fonds pour Japoma 155 Mds construit par l’entreprise turque Yenigun venait de Turquie.

Roume d’Adjia à Garoua a été réhabilité par les Portugais de Mota Engil pour environ une trentaine de Mds, et un peu plus pour les Canadiens de Magil à la Réunification à Douala. Mutations peut-il nous dire quelles autres infrastructures sportives ont été prévues et qui manquent à l’appel ? Mutations peut-il nous dire si la taille d’une infrastructure sportive prévue a été revue à la baisse ? Olembe, Japoma, Réunification et Roume d’Adjia ont-ils moins de places que prévu ? Même lorsqu’on ajoute les stades d’entrainement et les hôtels réhabilités, le Cameroun n’aura pas dépensé autant d’argent pour organiser la CAN. Au terme de cette CAN qui approche à grands pas, il faudra envisager un audit pour évaluer combien notre pays a dépensé et combien il aura gagné.

Apparemment le bénéfice politique que le pays a tiré de la bonne organisation du CHAN ne plait pas à certains. Les responsables actuels de la chaine de décision en matière d’infrastructures sportives ont utilisé avec efficience les moyens mis à leur disposition. Mutations sait-il au moins que ces dirigeants y compris le proche collaborateur du Chef de l’État cité dans son texte ont par exemple empêché le braquage de 28 Mds projeté par Piccini qui prétextait alors des travaux supplémentaires? A ces questions, je sais que je n’aurai jamais de réponses car aucun journaliste de Mutations n’a mené d’enquête sur le sujet. Et il est naïf de croire que les services spécialisés (SED, DGRE, DGSN, SEMIL, ANIF, CONAC) n’ont pas fait leur travail ou que le Chef de l’État ne contrôle plus le pays, que tout va à vau-l'eau. En réalité, je me rends compte d’une réseausocialisation de la presse camerounaise, désormais plus encline à relayer les ragots des égouts tirés des réseaux sociaux qu’à faire le journalisme. Dans ce nouveau style journalistique, le doute cartésien n’existe plus tout comme « la recherche et le respect de la vérité ou alors la vérification de l’information ».

Au Cameroun, désormais ces sacro-saints principes du journalisme sont jetés aux orties au profit de l’amplification du mensonge, de la délation, la diffamation, la calomnie et le lynchage politico-médiatique. Et cette affabulation au sujet des 1000 milliards de la CAN prétendument détournés est un défi au bon sens, à la raison, à la logique, à l’évidence pourtant corroborée par les faits, la réalité et l’effectivité des infrastructures existantes. Infrastructures qui font la fierté du Cameroun et qui placent notre pays aux premiers rangs des nations les mieux dotées en la matière en Afrique. En effet, le bon sens aurait commandé de se poser une question simple ; comment les infrastructures sportives dont dispose notre pays auraient pu être construites si l’argent destiné à leur réalisation et dont la somme est de loin inférieure aux fameux 1000 Mds avait été détourné ?

Certes, nous n’attendons pas de la presse nationale qu’elle soit dédiée à la propagande de l’action des gouvernants. Mais elle ne saurait se complaire à distiller des contre-sens, des contre-vérités sur ce qui est fait. D’ailleurs, sous d’autres cieux, la bonne foi commande que quand un journaliste se trompe énormément ou qu’il tente d’induire l’opinion en erreur, qu’il fasse mea-culpa et confesse publiquement sa faute. Oui, Mutations a bien commis une faute comme le Messager avant lui et bien d’autres. Hélas l’incurie et la malveillance ont atteint un point tel que le lynchage politico-médiatique des dirigeants et autres personnalités est désormais privilégié et plusieurs d’entre eux sont ainsi régulièrement livrés en pâture. Il est encore temps que les choses changent.