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Opinions of Wednesday, 9 June 2021

Auteur: www.camerounweb.com

La nécessaire et urgente mise à jour des commentateurs de football - Frenzie Tang

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Sport roi au Cameroun, le football a évolué à une vitesses V ces dernières années. Cette évolution du jeu a fait de nombreuses victimes, notamment les journalistes et commentateurs du foot dont nombreux ne retrouvent toujours pas. Pour le journaliste Frenzie Tang, il faut une formation de ces derniers afin de servir au public des commentaires qui manquent de plus en plus de qualité .




Pour moi, le football, est un des sports les plus archaïques qui existe, pour deux raisons : son principe de jeu est d’une simplicité extrême et les règles qui le régissent n’ont que peu évolué depuis son origine. A cause des Lions indomptables surement, sur la passe en retrait au gardien, qui ne facilite plus la gestion du temps, mais aussi le fait de siffler systématiquement des fautes légères, pour protéger les stars ou enfin, la vidéo, qui, pour l’instant, gène même la célébration d’un but ! Mais, le jeu s’est enrichi, accéléré, densifié et reste attrayant.

Ce qui s’est dramatiquement appauvri en revanche, c’est le commentaire qui accompagne ce jeu. On est désormais bien loin des années 70/80/90 où, à l’aide d’un poste radio, les commentateurs faisaient rêver des milliers d’auditeurs/téléspectateurs. Chez nous, Abel Mbengue, Zacharie Nkwo, puis, Jean Lambert Nang, Joe Chebonkeng Kalabupse, Abed Nego Messang, Madeleine Soppi Kotto ou encore Martin Camus Mimb, devenus des icônes, savaient donner une dimension joyeusement lyrique et même émotionnelle aux matches même moyens. Avec l’enthousiasme de leurs confrères d’Amérique latine, de France ou d’Angleterre, en donnant de la chair à leur verbe.

Dans ma génération, Joseph Valery Fotso (RTS), Tabi Clarkson (placardisé à Canal 2 English), ou encore Evariste Eyenga (CRTV) sont des valeurs sures. Les jeunes loups, à l’instar de Richard B. Onanena, Christian Souga, Marc Chouamo et Yvan Ango ont aussi du répondant.
J'ai même rencontré l'aîné Faustin Bet
ayene qui émerveillait les foules à la Bundesliga du camp sic Nlongkak. Un boss en la matière !
Mais, aujourd'hui, on ne peut plus cacher longtemps, la réalité selon laquelle, nous sommes de plus en plus au pire moment de l’ère du commentaire sportif. Il y a de moins en moins de talent à commenter un spectacle aussi riche, rapide et parfois complexe qu’est un match de foot, en particulier lorsqu’il s’agit d’un match inter nations, et donc, à très fort enjeu. Les chaines ont pris l’habitude de compenser l’incompétence rhétorique des journalistes de métier, en leur adjoignant des « consultants » issus de la société footballistique (coaches, joueurs, ou observateurs), censés apporter une expertise technique et un vécu. Même eux, font ce qu'ils peuvent…

Il est temps de stopper les expressions toutes faites pour décrire un match de foot sans transmettre l’émotion. Certains commentateurs ne connaissent même pas les noms des joueurs qui se passent le ballon, et encore moins le passé et l’actualité des équipes !

Il est temps d’illustrer verbalement, ce qu’on voit, ce qui se déroule devant ses yeux et qui, au surplus, est amplifié par les écrans, les zooms, les ralentis, avec des adjectifs qualificatifs qui, pourtant, trouveraient dans le champ footballistique un usage idoine, comme « habile, audacieux, créatif, sophistiqué, travaillé, adroit,… », ou encore des noms de gestes « un petit pont, un passement de jambes, une ouverture qui transperce la défense, un sombrero, un contrôle en pivot,... ». Ceci, avec de la métaphore, de l’observation, de l’étonnement, de l’analyse. En expliquant l’expression furtive d’un visage, la torsion inédite d’un buste, l’harmonie des corps en mouvement, le désordre apparent des membres d’un corps qui tentent un geste (c’est vrai que les bons réalisateurs tv aussi, se raréfient). Dire des choses dans un ton singulier, avec des références. Déceler des cris, décrire des gouttes de sueur essuyées, de griffures subies, l’ivresse des chants des supporteurs …on dirait qu’ils ne les voient pas.

Même les statistiques doivent être données à des moments précis, au risque de rater d’autres évènements se passant en direct. Oui, beaucoup de commentateurs des matches de football, gentils et volontaires au demeurant, enlèvent par défaut toute la dimension esthétique, le romantisme et l’humanisme même de ce sport, tout en appauvrissant le regard du téléspectateur/auditeur. D’où le nécessaire ajustement qualitatif des commentateurs et des réalisateurs à la tv. A moins que le problème ne soit ailleurs...