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Opinions of Thursday, 6 August 2020

Journaliste: Douala Ngando

Jongleries des universités : le cas d’Okala Ebode bloqué, celui de Ateba Eyene très problématique

Il faut approcher les problèmes posés avec beaucoup de lucidité. Okala Ebode a moins de grâce que n’en avait eu Charles Ateba Eyene. Il est interdit de soutenir sa thèse de doctorat à cause d’un parcours académique qui serait impropre au système universitaire camerounais. L’administration lui reprocherait d’avoir présenté, lors de son recrutement au cycle doctorat, l’Équivalent de son diplôme de Master établi par le CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur) et non par le MINESUP (Ministère de l’enseignement supérieur). Selon la lettre du Recteur de l’université de Douala adressée au ministre de l’enseignement supérieur, M. Okala Ebode a obtenu son Master en développement à Alexandrie. À cet effet, il était tenu de faire établir l’Équivalent de ce diplôme au MINESUP, comme l’exige la réglementation du Cameroun. Ateba Eyene, quant à lui, avait eu la “chance”, malgré un cursus problématique, de soutenir sa Thèse et d’être même recruté comme enseignant à l’IRIC.

Normalement, Ateba Eyene ne devait pas être recruté dans une université camerounaise et ce pour des raisons de non-conformité de son parcours académique à la norme camerounaise. Pourquoi ? Je m’explique. D’entrée de jeu, vous noterez que le problème que je pose ici est presque méconnu des Camerounais. Il m’est arrivé d’en débattre avec de brillants universitaires camerounais vivant aux États-Unis. Au départ, ces enseignants me regardaient comme si j’étais devenu un malade mental. Selon eux, comment je pouvais dire que le grand Ateba Eyene, l'”homme propre”, sans tâche, le défenseur de l’Éthique, avait été recruté comme professeur à l’université sur des bases floues ? Comme à mon habitude, je leur avais dit, s’il vous plaît, allons-y doucement doucement ! Ils sont polis. Ils m’avaient écouté, à la fin s’étaient rendu compte de la supercherie et s’étaient écriés : « même lui » ?

Posons-nous toujours de bonnes questions ! L’une de celles-ci est : pourquoi Charles Ateba Eyene était obligé d’aller faire un doctorat/PhD hors du Cameroun et notamment dans une Chair de l’UNESCO hébergée à Kinshasa en RDC et avait soutenu en République Centrafricaine ? L’argument que notre bouillant Charles avançait était que les autorités universitaires du Cameroun en avaient contre lui à cause de ses prises de position. Et malheureusement, les Camerounais dans leur quasi-totalité avaient avalé cela comme une vérité d’évangile. Pourtant tout porte à penser que c’était faux, si on s’en tient aux textes réglementant l’université camerounaise.

Quand on connaît la réglementation universitaire du Cameroun, on comprend que Charles Ateba Eyene ne pouvait pas faire un doctorat dans notre pays. Il y a de nombreux Camerounais qui veulent bien avoir un doctorat mais ils ne peuvent pas s’inscrire en Thèse. Les malhonnêtes d’entre eux convoquent tout genre d’arguments mensongers pour justifier cette impossibilité. Ils vous disent par exemple que le système est corrompu, qu’on les bloque parce qu’ils refuseraient d’entrer dans telle ou telle secte, que c’est à cause du tribalisme, et que sais-je encore. De vraies conneries ! Or, ce que ces malhonnêtes ne vous disent pas est qu’ils n’ont pas obtenu la moyenne minimale requise pour être admis au cycle doctorat.

Pour ceux et celles qui ne le sauraient pas, pour bénéficier d’une admission en thèse de doctorat au Cameroun, les textes exigent que l’étudiant ait eu en DEA ou Master II sur l’ensemble (Unités d’enseignement, séminaires et soutenance) au moins 12/20, c’est-à-dire au moins la mention « Assez Bien ». Cette exigence est appliquée dans la plupart des universités du monde. Je précise qu’il s’agit d’avoir au moins 12/20 au total et non seulement à la soutenance, car il y a souvent la confusion. La même exigence s’applique lorsqu’il faut passer de la Maîtrise au DEA/Master II. Si vous avez bien compris, beaucoup de Camerounais arrêtent les études au niveau de la Maîtrise ou du DEA/Master II parce qu’ils n’ont pas la note requise pour continuer leur cursus.

Or, notre cher Ateba Eyene a eu son DEA en 2005 avec une moyenne de 11,56/20, donc moins de 12/20. En clair, il a obtenu le DEA avec la mention “Passable”. Vous pouvez vérifier cette information en réécoutant l’audio du débat qu’il a eu avec Billy Show sur Amplitude FM en 2013 (je crois). Écoutez à partir de la 23e minute. C’est Jean-Bruno Tagne qui en était le modérateur. Vous avez le lien pour écouter cette audio à la fin de ce texte. Vous pouvez également la retrouver sur YouTube. En toute logique donc, Charles Ateba Eyene n’était pas qualifié pour poursuivre ses études au Cameroun. Mais il passait son temps à accuser les sectes, la corruption, le clientélisme, etc.

Comment avait-t-il déjà réussi à s’inscrire en Thèse dans une Chair de l’UNESCO avec une telle moyenne, quand on sait que la plupart des universités du monde acceptent au niveau PhD les étudiants qui ont eu au moins la mention « Assez Bien » au Master ou DEA ? Aux États-Unis par exemple où le système de notation est différent, la plupart des universités exigent qu’on ait au moins la note “B”. L’UNESCO accepte-t-elle au niveau doctorat des étudiants ayant eu la mention « Passable » et donc moins de 12/20 au DEA/Master ? J’avoue n’avoir pas fait des recherches en ce qui concerne la norme de l’UNESCO. Et si cet organisme exige aussi au moins 12/20, on est donc en droit de se demander : comment Charles avait-t-il pu y accéder au cycle doctorat ? Laissons l’UNESCO et son système de côté.

Revenu au Cameroun avec son doctorat, Charles avait pu intégrer l’université, et en plus l’IRIC, une école de prestige, comme enseignant assistant. Pourtant l’université camerounaise avait préalablement rejeté sa candidature au cycle doctorat. Vous n’y voyez pas quelque chose de louche ? Si vous avez une bonne mémoire, vous devez vous rappeler que son ami Messanga s’était glorifié d’avoir pesé de son poids pour qu’on le recrute. Je rappelle qu’on ne recrute pas à l’université seulement sur la base du doctorat. Le département ou le comité de sélection examine la conformité de tous les diplômes et de tout le cursus. Souvenez-vous des problèmes qu’a eu Guy Parfait Songuè à l’université de Douala, bien que ces problèmes aient été évoqués longtemps après son recrutement.

Le recrutement de Charles était-il passé par un appel à candidature dûment communiqué au public ? Si la réponse est non, pourquoi le Monsieur Éthique avait-il accepté de se prêter à un mode de sélection non-éthique, violant la réglementation en la matière ? Comment l’université camerounaise avait-t-elle recruté un individu qui a eu moins de 12/20 au DEA et dont le dossier d’admission en doctorat avait été rejeté ? Combien de Camerounais peuvent-ils être recrutés de nos jours comme professeurs à l’IRIC, s’ils ne bénéficient pas du clientélisme et surtout si leur dossier contient une pièce problématique ?

À moins qu’on déteste le bon sens, on voit bien la trace du favoritisme dans le recrutement de ce frère qui était courageux, mais qui était aussi un peu démagogue sur les bords. Ne vous méprenez pas, j’aimais bien Charles, comme la plupart des Camerounais. Il se trouve juste que je fais partie de ceux et celles qui aiment sans fermer les yeux sur les dérives.

Donc, chers Camerounais/chères Camerounaises, méfiez-vous des gens qui fustigent la mal-gouvernance du régime de Yaoundé dans les radios et télévisions alors qu’en réalité ils bénéficient de cette mal-gouvernance. Le cas de ce militant dit de l’opposition est là devant nous, nous regarde et nous parle bruyamment !


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