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Opinions of Thursday, 29 November 2018

Journaliste: Kand Owalski

'Je vous demande de nous retirer cette CAN'

Monsieur,

J'aurais beaucoup aimé ne pas avoir à vous écrire cette lettre. Si vous étiez resté le même s'il y'a un an je ne l'aurais pas fait car certain de vos bonnes mœurs; mais ce n'est plus le cas. Monsieur Biya de connivence avec le footballeur espagnol Samuel Eto'o vous a corrompu avec l'argent du contribuable camerounais afin que vous ne retiriez pas l'organisation de la CAN au Cameroun malgré son incapacité formelle à l'accueillir. En prenant cet argent donc, vous avez trahi ces millions de Camerounais qui misèrent au quotidien n'ayant qu'à peine un dollar pour vivre. Vous avez trahi vos propres principes et êtes désormais prêts à ouvrir votre mandat sur un grossier échec. Fichtre, cela n'engage que votre conscience.

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J'ai voulu saisir cette occasion opportune où la dernière commission d'inspection de la CAF séjourne actuellement au Cameroun pour vous dire que notre pays n'est pas prêt à accueillir cette grande compétition de football, ô trop grande pour mériter ainsi de virer au ridicule en ruinant non seulement l'image du Cameroun, grande nation de football (il était une fois) mais aussi la vôtre et celle de votre auguste institution. Dans un récent point de presse tendancieux, démagogique et populeux, le ministre camerounais des sports, Bidoung Kwat vous aura fait savoir que le Cameroun abritera la CAN sur un total de 32 stades. Je voudrais vous rassurer de ce que lorsque ce gouvernement évoque le nombre 32 c'est qu'il y'a du faux en l'air; mais passons outre. Monsieur le Président, le peuple camerounais adore le football mais a d'autres problèmes qu'il faut urgemment résoudre avant de songer à l'organisation de la CAN.

Le premier problème c'est la crise qui secoue l'Ouest anglophone de notre pays depuis deux années déjà et que le gouvernement camerounais a laissé pourrir pour des raisons qu'on ignore. Un génocide y est organisé par l'armée qui continue de tuer les populations civiles et de brûler leurs villages. Nous disons qu'il est impossible d'organiser une compétition au Cameroun dans un contexte pareil. Elle ne servira qu'à distraire le reste des populations pour mieux tuer silencieusement nos frères et sœurs et à mettre en danger la vie des étrangers chez nous.

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Et il me semble, monsieur le Président que parmi les stades sélectionnés pour abriter la CAN figurent les stades de Limbé et de Buea, deux villes actuellement menacées par l'insécurité due notamment à cette crise. Prendre le risque de faire jouer cette compétition là-bas c'est mettre en danger la vie de footballeurs d'autres pays et de supporters venus de loin avec l'intention de rentrer chez eux vivant et en un seul morceau. D'ailleurs vous aurez certainement appris qu'un missionnaire américain a récemment été assassiné par l'armée camerounaise dans cette zone en crise. Je vous parle d'une région qui est actuellement vidée de 90% de sa population.

À côté de ce problème il y'a bien évidemment les problèmes infrastructurels. Les professionnels du passage en force ne vous diront jamais que les axes routiers Bafoussam-Yaoundé, Bafoussam-Douala, Douala-Yaoundé, Ngaoundéré-Garoua sont de véritables tombeaux ouverts, de véritables pièges humains qui avalent chaque jour des vies de nombreux voyageurs. Si vous demandez à votre commission d'effectuer le voyage routier entre Yaoundé et Bafoussam ce matin elle n'arrivera pas avant demain. Si vous lui demandez de voyager par train entre Douala et Yaoundé elle ne pourra pas.

Il n'existe plus de train qui relie ces deux métropoles depuis que ce gouvernement eut jeté à l'article de la mort plusieurs centaines de Camerounais voyageant par ce chemin. La ville de Bafoussam qui abritera cette CAN ressemble à un champ de bataille terrassé par des obus. Pas un pas sans un nid de poule. Mais il ne s'agit pas seulement de routes; le Cameroun n'a pas d'hôpitaux. Si vous doutez demandez-leur pourquoi le président du Sénat est actuellement en Europe pour se soigner, pourquoi un ministre de la santé a dû voyager vers la Suisse pour se faire opérer la main. On pourrait multiplier ainsi des cas qu'on en finirait pas si tôt. Le Cameroun ne peut pas garantir la sécurité sanitaire des footballeurs et même des supporters.

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Monsieur le Président ce n'est pas tout. La semaine dernière, 47 personnes perdaient la vie à l'extrême-nord de notre pays de suite de choléra. Le Cameroun n'a pas d'eau potable, pas d'électricité et entre actuellement dans une crise généralisée qui durera jusqu'à ce que monsieur Biya et son groupuscule qui ont triché l'élection présidentielle pour se maintenir au pouvoir partent. Nous avons prévu de rendre ce pays ingouvernable tant que ce monsieur s'accrochera à un siège qu'il n'a jamais mérité.

Si Monsieur Biya aime le Camerounais qu'il remette le pouvoir qu'il a volé afin que nous puissions résoudre la crise anglophone, ramener la paix et la sécurité dans notre pays; c'est ce qui nous importe actuellement. Nous pourrons organiser d'autres CAN lorsque notre pays sera géré par des personnes légitimes et que nos frères anglophones seront revenus à la maison. Pour l'instant chaque journée dans notre pays est une journée de deuil et nous vous sommons de respecter çà.

Monsieur le Président vous avez dans vos poches des milliards de notre contribuable ; mais nous ne les réclamons pas. Nous vous demandons juste de respecter la réalité de la situation au Cameroun et de nous retirer cette CAN jusqu'à ce que la paix revienne. J'ai toujours le souvenir atroce de cette explosion du Bus des footballeurs togolais il y'a plusieurs années ; il ne faut pas qu'une chose pareille se produise sur notre territoire. Lorsque le tyran que vous avez félicité libérera notre pays on réclamera la CAN et peut-être même la coupe du monde. Pour le moment nous disons NON à une CAN sur le sang et la misère de nos frères. Ne faites pas honte aux Malgaches; soyez honnête envers vous-même !

Profond respect,

Kand Owalski