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Opinions of Friday, 9 July 2021

Auteur: Christophe Bobiokono

James Mouangue Kobila accusé d’amateurisme à la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun

Mouangue Kobila fait de  l'administration. Mouangue Kobila fait de l'administration.

James Mouangue Kobila président de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun a fait une sortie il y a quelques jours au sujet de l’affaire Malicka. Dans sa sortie, le garant de la défense des droits de l’homme au Cameroun s’est offusqué à la suite d’une vidéo pornographique qui a été diffusée sur les réseaux sociaux. Sans la moindre enquête, le président de la commission nationale des droits de l’homme s’est contenté de condamner à tour de bras les images en circulation tout en incriminant les auteurs supposés. Réagissant à cette sortie, Christophe Bobiokono pense que James Mouangue Kobila fait de l'administration au lieu de défendre les Droits humains. Voici en intégralité sa sortie.


M. le Président,
La lecture de votre communiqué laisse croire que vous vous êtes contenté de réagir en observant simplement les vidéos en circulation. Vous ne donnez pas l'impression que vos équipes ont mené la moindre enquête pour aller au-delà des images en circulation.

Maintenant que la Commission abrite le Mécanisme national contre la Torture, vous ne donnez pas l'impression que les cas qui laissent entrevoir l'implication des fonctionnaires ou assimilés, à l'exemple des gendarmes, vous préoccupent de façon sérieuse...
Le réflexe qui apparaît, le seul pourrait-on dire, c'est le recours et l'écho donné aux affirmations du colonel Cyrille Serge Atonfack, dont vous devenez curieusement la caisse de raisonnance... Même pas le ministre de la Défense lui-même...

À quoi servent donc toutes ces personnes qui travaillent avec vous ? Ces champions de l'enquête autoproclammés ? Ces antennes présentes dans la plupart des régions ?
Peut-on espérer que tous les cas portés à la connaissance de la Commission feront l'objet d'enquêtes sérieuses et de suivi efficace pour que les contrevenants à la Loi soient sanctionnés ?
Si les Camerounais doivent se contenter des communiqués superficiels, ils pourront comprendre et accepter que la Commission continue d'être la structure de l'Etat qui bénéficie du chapitre budgétaire le plus maigrichon de la loi de finances...

Pour moi, ce communiqué que je n'ai pas encore lu est tardif. M. le Président, vous faites de l'administration au lieu de défendre les Droits humains. C'est bien dommage pour l'image de l'institution que vous dirigez. Vous suivez la direction du vent...
J'ai saisi votre Celcom au lendemain de l'affaire Malicka/Mimb pour demander une réaction de la commission. Jusqu'à ce jour, je ne l'ai pas eue. Or, au regard de la tonalité de cette affaire, c'était l'occasion de réagir avec promptitude. Sans doute que les gendarmes de Bonamoussadi n'auraient pas fait ce qu'ils ont fait avant-hier.
Maintenant que le ministre de la Défense a fait interpeller les gendarmes de Bonamoussadi, vous êtes très confortable aujourd'hui de signer un communiqué et de vous retrouver vous même sur les réseaux sociaux pour en assurer la large diffusion. Pour moi, c'est de l'agitation. De la manipulation.
On ne vous attend pas dans les belles phrases que vous prenez le temps de fignoler. On vous attend dans l'action rapide, la pro-action, l'efficacité...

Maintenant que vous êtes entouré de Membres permanents, la Commission peut agir au quotidien. Chaque cas de violation des Droits humains doit être une occasion pour la protection des dits droits et la sensibilisation... Ce n'est pas un prétexte pour une autopromotion.
Il y a quelques mois, on a vu une vidéo tournée par des gendarmes qui montrait les visages de jeunes gens, des collégiens apparemment, qui venaient d'être interpellés alors qu'ils s'étaient enfermés dans une maison pour assouvir collectivement leurs instincts sexuels. Un problème social grave qu'on appelle vulgairement CHARTER. Je n'ai pas vu la Commission réagir, ni dans le sens de sensibiliser les Camerounais sur cette dérive, ni dans celui de condamner la large publicité que les gendarmes avaient faite avec les images de ces enfants...
Il y a quelques mois, des gendarmes ont filmé et diffusé des images de Mamadou Mota qu'ils venaient de brutaliser et de déshabiller après l'émeute organisée par les détenus de la crise anglophone à la prison de Kondengui. C'est à peine si le silence de la Commission en cette circonstance n'a pas encouragé la poursuite d'une telle dérive... Probablement qu'au regard de la couleur politique de ce citoyen, certains se sont dit que c'était bien fait pour lui.

Vous avez été informé que ces abus ont touché le même jour plusieurs autres personnes interpellées et maltraitées de façon ciblée par les gendarmes. Ce fut encore le silence de la Commission...
Vous avez été informé qu'au TPI de Yaoundé-Ekounou, plusieurs de ces prisonniers poursuivis suite à ces émeutes ont comparu en petite tenue. En audience publique. Ce fut le silence...

M. le Président, une telle récurrence de silence de la part de la Commission est une manière d'encouragement des abus. Il faut bien mieux qu'un communiqué tardif pour inverser la tendance. À vous de démontrer que vous êtes à la tête d'une organisation des Droits de l'Homme désormais et non d'une institution orientée vers votre marketing personnel.