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Opinions of Friday, 20 August 2021

Auteur: Sébastien Eloundou

'Il faut du courage à un Béti pour soutenir Kamto'

Biya et Kamto Biya et Kamto

Dans une tribune publié il y a quelques heures, Sébastien Eloundou explique aux Camerounais, les conséquences de la tribalisation de la vie politique au Cameroun et ce que subissent certains camerounais lorsqu'ils choisissent leurs partis politiques en fonction de leurs convictions. La rédaction de CamerounWeb vous propose la tribune de Sébastien Eloundou
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Beaucoup de Bamiléké l'ignorent sûrement, mais une bonne partie du peuple Beti épouse la cause de Maurice Kamto, et ses idées de développement. Mais subissent le poids d'une pression à l'uniformité tellement forte qu'elle vire même parfois aux intimidations et aux menaces ouvertes envers ceux qui voudraient s'allier au président élu.

Nos élites mettent la pression sur nos parents, sur nos familles afin que personne ne tentent de se rallier à la cause du MRC. Par conséquent beaucoup de Beti ne soutiennent pas Biya par conviction, mais plutôt par peur ou par intérêt.

Et les couples mixtes Bamiléké Beti subissent encore plus cette pression au point où cela abouti même à des séparations. Une amie à moi a dû quitter Sangmélima à cause des menaces constantes que lui proféraient ses frères parce qu'elle a épousé un commerçant Bamiléké qui pourtant la met aux petits soins. Car dit-on elle a épousé un ennemi. Elle n'en revenait pas et se demandait à quel moment cet homme qui était venu la doter à 7 millions de francs, était désormais depuis les élections présidentielles, devenu un ennemi.

Moi je vous parle donc de mon cas. Je suis depuis 2 ans fiancé à une fille Bafang rencontrée via une de mes cousines avec qui elles sont amies.
Jusqu'ici je n'avais jamais eu de problème avec qui que ce soit dans ma famille et d'ailleurs même mes parents l'aiment beaucoup et en particulier ma mère et ma grande sœur.

Mais mon engagement politique auprès du MRC est entrain de provoquer une vive tension au sein de ma grande famille paternelle, au point où je reçois quotidiennement des menaces de la part de ceux là qui venaient mendier de l'aide auprès de moi.

Mon inbox est saturé de menaces et d'injures de la part de mes cousins et de mes oncles qui me qualifient de traître, de parvenu, disant que ma fiancée m'a envoûté etc. Ils disent que comme j'ai décidé de m'allier aux guelefis et d'insulter ma propre tribu et le chef suprême Biya alors ils m'interdisent encore de mettre mes pieds au Cameroun sinon ils feront tout pour me neutraliser.

Je vous avoue que ma mère m'a appelé un soir pour me demander de faire un peu profil bas, même si au fond tout le monde sait que ce que je dis dans mes posts sont vrais. Elle m'a dit "fils les temps sont dangereux, ces gens du gouvernement sont aux aboies et s'attaquent à tout le monde".
Je lui ai dit "maman si vous m'avez envoyé à l'école et avez souffert pour nous donner une bonne éducation malgré la pauvreté c'était pour que soyons des hommes justes dans la société détestant le mal et aimant le bien. Alors je ne peux pas me taire devant les frasques du régime sous prétexte que je suis Beti".

Et voilà où nous en sommes déjà. Les autres tribus détestent les Beti et attendent seulement la moindre occasion pour nous régler notre compte car nos élites ont réussi à faire croire aux autres tribus Camerounaises que les Beti c'est à dire tous les Beti ont le pouvoir et supportent leurs frères. Ce régime pervers nous utilise comme bouclier tribal et se cache derrière nous pour jeter des pierres à leur ennemi dans les autres tribus.

Et ainsi, au lieu que les Bamiléké voient Fame Ndongo MEON, Claude abe, Meka, Zang, Paul Biya etc. comme des singularités, ils verront tout le peuple Beti qui pourtant souffre même plus qu'eux. J'ai dit "maman je peux pas me taire. Par ma voix il faut que les autres peuples comprennent que tous les Beti ne mangent pas de la Sardine et sont aussi impliqués dans le combat".

Après ma mère ce fut le tour de ma fiancée de me dire un soir dans nos marches, d'arrêter mon activisme sur les réseaux sociaux. Elle m'a dit qu'elle se sent flattée que je me pose en défenseur et soutient à Maurice Kamto qui est un Bamiléké, mais que si c'est par rapport à elle et notre statut de couple mixte alors je devrais laisser tomber.

Je ne lui ai même pas laissé le rebond pour lui dire qu'il y a une chose que si elle veut que nous continuons ensemble, elle ne devra plus jamais me demander cela, à savoir Laisser tomber mon activisme politique. Car ce n'est ni pour elle, ni pour Maurice Kamto et encore moins pour les Bamiléké dont certains sont même d'ailleurs des meilleurs Sardinards que certains Beti.

Mon activisme vise l'avènement d'une société Camerounaise plus juste où les hommes se verront avant tout comme des compatriotes avant de voir leurs ethnies, où le pauvre aura les mêmes droits que les riches et que la loi du "tu sais qui je suis" disparaîtra pour laisser place à celle du "tu sais ce que dit la loi"?