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Opinions of Wednesday, 24 February 2021

Auteur: Jean-Pierre Du Pont

Fin du régime Biya: le crépuscule d’un vieux tyran abandonné par les siens

Déconcerté par la nouvelle stratégie de Kamto, consistant à donner du temps au temps, et à éviter un affrontement inutile , qui servirait de prétexte et de caution au tyran, Biya multiplie à mi-mots des semblants d’ouverture, et s’active dans le noir pour faire des propositions indécentes, à plusieurs membres de la diaspora, et ainsi dérayer la lutte en faveur du changement qui est inéluctable.

Problème, les jours de ce régime qui commence à prendre de l’eau de toute part, sont désormais comptés, et les membres de la diaspora mieux que leurs compatriotes du pays, et pour cause, ne l’ignorent pas. Car, c’est à présent que les fruits de plusieurs mois d’initiatives diverses de lobbying international, commencent à prendre corps.

Le problème n’est plus de savoir si ce régime tombera effectivement, mais quand est -qu’il tombera précisément.

Le problème n’est pas davantage tant de savoir , si Paul Biya , dont la nouvelle administration américaine, celle de Joe Biden pour ne pas le nommer, à travers son téméraire secrétaire d’État Anthony Blinken, n’ignore absolument pas, indiscretions de Ngoh Ngoh savamment distillées dans des dîners en ville aidant, qu’il n’est plus aux commandes de rien, achèvera son septennat remporté au forceps, et au forcing du hold-up, mais plutôt à quel moment de l’année 2021 sonnera le tocsin, ou le glas.

Car selon certaines fuites concordantes, émanant des propres cercles centrifuges de la satrapie finissante, mais aussi des chancelleries occidentales de la capitale administrative et politique du Cameroun, le tyran conscient que la fin est inéluctable, chercherait une sortie en beauté, histoire de ne pas insulter l’avenir, et se ménager ainsi les bonnes dispositions de son successeur, dont lui - même , en dehors de ses vœux propres , ignore l’identité et l’obédience politique.
Car Kamto, par son efficace stratégie de boycott a créé un nouveau contexte, qui n’est pas loin de rappeler au tyran, les heures chaudes des villes mortes. Non pas pour ce qui concerne l’intensité des casses, ou du climat de violence, mais de l’anxiété que provoque chez lui l’incertitude de l’avenir du pays, qui se conjugue de plus en plus sans lui.

Malgré des postures consistant à donner le change , à la faveur de ses rares prises de position , à grand renfort de moult formules rhétoriques et sémantiques éculées , pour ne pas dire obsolètes , le locataire d’Étoudi semble très lucide et conscient de l’énorme défiance dont il est en proie , de la part de ses plus jeunes compatriotes, dont certains naissaient à peine , au moment de son accession à la magistrature, il y’a bientôt 40 petites années . Il sait aussi, que cette même jeunesse, dont le seul projet d’avenir pour son écrasante majorité, est un voyage sans retour vers l’étranger, ou en exil, se sent en déphasage complet avec ce qui lui tient lieu et place de pensum politique : à savoir la chimérique émergence à l’orée 2035, à des années de lumière de ses préoccupations immédiates.
Même si publiquement , le MRC et son président, qu’il désigne comme “ les génies du mal “ , en empruntant à la rhétorique d’Aimé César , qui veille d’élections en 1988 , évoquait “ le retour des forces du mal “ , pour dénoncer les dérapages du gouvernement de cohabitation , Chirac - Pasqua- Pandraud, Biya sait que cette jeunesse qui ne lui est absolument redevable de rien , et qu’il a sacrifiée est très sensible et réceptive au discours de Maurice Kamto , qui a su trouver la fenêtre de tir , l’angle et le ton juste , pour susciter une espérance et un rêve collectif , tenant lieu de projet d’avenir commun .

C’est conscient de tout cela , que Biya a lors de sa dernière allocution à la jeunesse, esquissé les pourtours d’un semblant de concession , lorsqu’il s’est mis à balbutier sur une étrange “ transition générationnelle”, qui nous rappelait curieusement le fameux concept de “ transfert de pouvoir à la nouvelle génération “ d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire , qui sitôt ces phrases prononcées, conditionnait son retrait ou sa non-candidature à un 3e mandat ( malgré le verrou de la limitation des mandats à deux ) , au retrait des anciens présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.
Alors question : sans vouloir pratiquer de la psychanalyse de comptoir à deux balles cinquante, en prétendant être dans la tête de Biya, entend-t-il par ce vocable de “ transition générationnelle”, lier intimement et intrinsèquement son sort, à celui du président du MRC? Mystère le plus absolu !
Quoi qu’il en soit, on a quelques jours plus tard, vu circuler une curieuse circulaire, semblant reprendre presque mot pour mot, et à la virgule près, des revendications et exigences qui constituent, chez Kamto comme du reste de la part des membres de la société civile camerounaise, le préalable à toute nouvelle organisation, ou tente de scrutin.

La grande méprise chez Paul Biya, se trouve dans sa surdité et son aveuglement sur le fait, que si les camerounais souhaitent certes la misère chantier, de ces réformes, ça doit se faire sans sa présence aux commandes du navire Cameroun.

Son seul visage, rappel trop aux camerounais, le lourd passé et passif qu’il incarne.
Ceux qui souhaitent prendre part à l’alternance, doivent préparer des équipes et se tenir prêts à parer à toute éventualité, histoire de n’être pas pris au dépourvu. Si le tyran ne part pas de lui-même, il risque de tomber non pas comme une mangue mûre, mais comme une mangue pourrie. Car, si chute brutale il doit avoir, elle sera plus à redouter dans son propre cercle, qu’ailleurs.

Les couteaux sont désormais aiguisés, et les uns et les autres se guettent en chiens de faïence ; mais quand les éléphants se battent, ce sont les herbes qui souffrent.

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