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Opinions of Wednesday, 25 August 2021

Auteur: Dieudonné Essomba

Fédéralisme : Dieudonné Essomba répond aux ‘ hypocrites’ de la République

Dieudonné Essomba répond aux ‘ hypocrites’ de la République Dieudonné Essomba répond aux ‘ hypocrites’ de la République

L’économiste et analystes politique camerounais, Dieudonné Essomba, grand défendeur du fédéralisme, répond à ses détracteurs qui font un lien entre sa thèse et les risques de sécession. Pour l’ancien chroniqueur de vision 4, ceux qui l’attaquent sont des hypocrites.

Le fédéralisme permet de mieux contrôler les Sécessions. Cela signifie qu’une Sécession anglophone dans un Cameroun fédéral est plus facilement contrôlable et moins coûteuse que la même sécession dans un Cameroun unitaire.

Le fédéralisme permet de mieux contrôler la Sécession à travers trois mécanismes :

-en accordant une autonomie de type fédérale, on rend la sécession moins attractive et une bonne partie de la population couverte se détourne du séparatisme, car le fédéralisme lui permet de garder son identité historique ou sociologique, tout en faisant partie d’un Etat plus grand qui prend en charge les besoins collectifs les plus coûteux telles que la sécurité, les affaires étrangères et les infrastructures structurantes. Or, l’Etat unitaire ne laisse comme alternative à une Communauté que sa fusion avec le reste et donc, sa disparition en tant qu’entité, d’où une plus violente résistance et un désir plus grand de se séparer.


-en second lieu, la lutte contre le séparatisme est plus efficace dans un modèle fédéral, puisqu’elle est menée de font par la police locale qui est formée des enfants du pays. Policiers locaux et séparatistes se connaissent, parlent la même langue, sont issues des mêmes familles et maîtrisent l’environnement géographique et humain. La lutte est facilitée, puisque les forces de défense et de sécurité fédérales viennent en appui de la police locale.

A contrario, dans un Etat unitaire, l’armée et la police nationales venues de toutes les parties du Cameroun affrontent directement les Séparatistes. Pour la majorité, ce sont des étrangers qui ne maîtrisent absolument rien de l’environnement local, et ils apparaissent rapidement comme une colonie étrangère qui vient mater les enfants du pays luttant pour leur liberté. Cette démarche directe conforte donc le sentiment d’une occupation coloniale. En outre, ne maitrisant pas l’environnement humain et géographique, ne parlant pas la langue locale, ils commettent trop de bavures, et multiplient les rancœurs et la haine ;


-en troisième lieu, l’Etat fédéral complique l’action déstabilisatrice des Sécessionnistes. En effet, dans un Etat fédéral, les infrastructures les plus nombreuses et les plus visibles sont les investissements de proximité, comme les établissements scolaires, les centres de santé, les ponts, les réseaux d’électricité, etc. Dans un Etat unitaire, toutes ces infrastructures appartiennent à l’Etat et seront attaqués par les Sécessionnistes qui savent bien que de toute façon, l’Etat central sera toujours obligé de les reconstruire au nom de son unité nationale. A contrario, dans un Etat fédéral, ces infrastructures appartiennent à l’Etat local et sont protégées par la population et la police locale, et il y a personne pour venir les reconstruire si elles sont détruites. Les infrastructures appartenant à l’Etat fédéral sont peu nombreuses, et stratégiques et celui-ci peut mieux les protéger en y concentrant sa police et son armée.


Voilà en gros l’apport du fédéralisme dans la luette contre les sécessions. Il ne sert donc à rien à dire que le fédéralisme n’est pas une panacée. Personne ne l’a dit ! mais c’est un optimum, autrement dit, une solution moins couteuse et plus efficace pour gérer les sécessions. C’est pour cette raison que les Etats les plus grands ou les plus diversifiés sont toujours fédéraux et maintiennent malgré tout leur unité, en dépit d’une multiplicité des sécessions.

Ceux qui citent compulsivement le Nigeria et l‘Ethiopie qui sont fédéraux avec des sécessions n’ont donc rien compris. Si le Nigeria n’était pas fédéral, il n’existerait même plus du tout. La seule expérience d’Etat unitaire au Nigeria, tentée par le Général IRONSI à la suite d’un coup d’Etat en 1965 a conduit le Nigeria au bord de l’épouvante et l’horreur, avec des coups d’Etat sanglants à répétition qui ont débouché à l’effroyable guerre du Biafra et aux massacres des Ibo! C’est le retour à la Fédération qui a ramené la paix et l’unité. Et depuis lors, le pays fonctionne.


Quant à l’Ethiopie, certains oublient que l’Ethiopie fut unitaire et que ce modèle l’a conduite au bord de l’abîme! Le pays était devenu le siège d’une instabilité politique permanente, des révolutions sanglantes, des massacres ethniques, des famines à répétition, sans compter la Sécession érythréenne. Pour la première fois dans l’histoire, on a vu des enfants squelettiques mourir de faim en temps réel à la télévision, suscitant pour la première fois dans l’histoire la notion de droit d’ingérence humanitaire. L’Ethiopie unitaire était devenue la honte de l’Humanité.


C e sont les tribus éthiopiennes qui se sont coalisées pour mettre fin à ce modèle démoniaque, en écrasant militairement l’armée unitaire de Mengistu et en imposant le fédéralisme ethnolinguistique.


Et depuis lors, l’Ethiopie est sortie des brumes de l’enfer pour prendre la tête du développement en Afrique, ayant entretenu le plus fort taux de croissance du monde pendant 25 ans, à savoir plus de 10%, supérieur à la Chine. Cela ne signifie pas que les choses sont parfaites en Ethiopie, mais il n’y a aucun Ethiopien pour regretter l’Etat unitaire. La guerre actuelle opposant le Tigré à la Fédération vient justement de la criminelle prétention du Premier Ministre fédéral à limiter l’autonomie des Etats, et notamment du Tigrée qui fut à la pointe de la lutte contre l’Etat unitaire. Et les Tigréens vont nécessairement gagner puisque c’est eux qui ont raison. Et le Premier Ministre sera renversé, et cela servira de leçon aux prochains dirigeants que l’Ethiopie ne rentrera plus jamais dans une dictature unitaire.
Pour revenir au cas de la crise anglophone, je le dis une fois, de plus, la seule solution est un retour rapide à un Etat fédéral. Le Gouvernement doit absolument cesser d’écouter tous ces bavards et idéologues imbéciles qui se perdent dans des théories fumeuses de l’Etat ou qui radotent sur l’histoire, alors que la réalité est là, terrible : les armes crépitent, les gens meurent et la fracture entre Anglophones et Francophones ne fait que s’élargir.


Nous ne sommes pas ici dans une salle de classe où on fait des exercices d’école. Les Anglophones sont armés, qu’ils ont commencé avec des machettes et que maintenant, ils sont des kalachnikovs et des engins explosifs improvisés. Nous ne sommes pas ici dans de stériles reconstructions historiques ou dans le verbiage philosophique, mais dans une épreuve de force sanglante entre une Sécession armée et le Gouvernement !


Et on ne mettra pas fin à cette sanglante réalité par le bla-bla des pseudo-intellectuels et des pseudo-patriotes qui opposent aux armes des mots creux. Il y aura aucune victoire au NOSO, et comme il n’y aura aucune victoire, le Gouvernement a intérêt à proclamer l’Etat fédéral par anticipation, au risque de se retrouver entrain de négocier une Confédération avec l’arme à la tempe ! Car les Amba Boys ne désarmeront jamais et le Gouvernement ne sera jamais capable de les désarmer ! C’est plutôt lui qui va s’effondrer s’il persiste dans cette voie sans issue !
Et il faudra bien qu’on s’assoie un jour pour négocier.


Et les Amba Boys vont négocier quoi ? Un Etat unitaire et ses statuts spéciaux ?
Certains intellectuels camerounais sont malades !
Dieudonné ESSOMBA