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Opinions of Wednesday, 10 April 2019

Journaliste: Boris Bertolt

Emouvant témoignage du premier jour de Marafa Yaya au tribunal

Le 16 juillet 2012, l’audience de Marafa Hamidou Yaya et Yves Michel Fotso a lieu au Tribunal de Grande instance du Mfoundi à Yaoundé. Depuis bientôt quatre années que ce feuilleton dure, c’est la première fois que ces deux figures de la politique et du milieu des affaires au Cameroun et en Afrique se retrouvent devant la barre.

Ce matin là, personne ne sait véritablement ce qui va se passer. Y compris les services de sécurité d’habitude prompts à la répression. A 10 heures et 30 minutes, lorsque la porte de la salle d’audience s’ouvre, elle est prise d’assaut et trente minutes plus tard, toutes les places sont occupées. A l’extérieur, la foule commence à se masser progressivement au point d’atteindre à midi près de 5000 personnes. Policiers et gendarmes sont débordés. Les différents accès sont bloqués, des citoyens, venus vivre l’évènement sont interpellés, des femmes violentées.

Lorsque Marafa Hamidou Yaya et Yves Michel Fotso arrivent à bord d’un car Hiace de marque Toyota, sous haute protection d’une unité spéciale de la gendarmerie, c’est la liesse totale. La foule scande « Marafa, président ! Libérez Marafa ! Libérez Marafa ! ». Du jamais vu au tribunal de grande instance du Mfoundi. Même les procès Atangana Mebara, Urbain Olanguena Awono et Gilles Roger Belinga n’ont pas attiré autant de personnes. George Alain Boyomo, du quotidien Mutations signe une chronique le lendemain intitulé : « comme la place Tahrir ». Une allusion à la grande place du Caire où des centaines de milliers d’Egyptiens s’étaient massés pour demander le départ de l’ancien Président Hosni Moubarak.

Mais la principale raison qui explique la liesse de cette foule, c’est la fascination qui est née pour l’ancien ministre de l’Administration territoriale, Marafa Hamidou Yaya. Depuis Kondengui, il a rédigé plusieurs lettres, toutes largement diffusées par la presse locale, dans lesquelles il met personnellement en cause le chef de l’Etat dans le dossier de l’avion présidentiel et un certain nombre de personnalités qui gravitent autour de lui. Du jamais vu au Cameroun. Jusqu’ici, les prisonniers de l’Opération épervier s’étaient recroquevillés sur eux-mêmes. Certes Jean Marie Atangana avait publié un ouvrage intitulé : Lettres d’ailleurs, dévoilements préliminaires d’une prise de l’Epervier au Cameroun dans lequel il livre sa version des faits. Mais, dans la majorité des cas, tous gardent l’espoir qu’un jour, ils pourraient être libérés du fait de la magnanimité du prince. L’effet miracle ne s’est pas produit. Ils oublient parfois qu’ils sont les « prisonniers du président ».

Parlant de cette affaire, dans sa première lettre ouverte, Marafa Hamidou Yaya souligne : « Est-il besoin de vous le rappeler, monsieur le président de la République, que c’est moi qui vous ai sollicité, par correspondance en date du 7 mai 2008 à vous adresser, pour être entendu par les instances judiciaires compétentes, afin d’apporter mon témoignage et contribuer à la manifestation de la vérité dans cette scabreuse affaire que vous connaissez mieux que quiconque parce que régulièrement informé de ce processus d’acquisition de votre avion, que vous suiviez au jour le jour. Vous savez bien que mon incarcération n’a rien à voir avec cette affaire pour laquelle je ne suis coupable d’aucun délit et surtout pas de celui que vous avez instruit que l’on m’impute »