Vous-êtes ici: AccueilWallOpinionsArticles2019 10 18Article 474280

Opinions of Friday, 18 October 2019

Journaliste: Alice Sadio

Emeutes à Sangmelima: les vrais sociopathes c'est la clique au pouvoir

J'ai voulu écrire à nouveau, mais je me suis rendue à l'évidence qu'il n'y a plus rien à ajouter à ma dernière Méditation ci-dessous, inspirée par la récente chasse meurtrière à l'homme noir par l'homme noir en Afrique du Sud.

Ma pensée n'a pas varié d'un iota.
Je persiste et signe: le tribalisme n'est pas anthropologique au Cameroun.
Il est institué et donc éminemment institutionnel, c'est-à-dire créé de toutes pièces depuis le colon jusqu'à ses suppôts encore en poste aujourd'hui...

...Les foules désœuvrées de Sangmelima n'étant à la réalité que le révolver entre les mains de cette élite kleptomane et antipatriote à souhait ("ils volent comme des rats" disait Akere T Muna en 2018).

Cette clique, qu'on peut qualifier d'antithèse des hommes d'honneur joue en effet à appuyer sur la gâchette lorsqu'elle est acculée, histoire de détourner les regards des misérables qu'ils vampirisent au quotidien vers l'ethnie souffre-douleur par excellence.

Histoire de dévier la véritable problématique, à savoir le BILAN des misères et des morts par milliers engendrées par ce régime, véritable monstre géant qui suce, suce, suce, mais tel un tonneau sans fond, ne se rassasie jamais...

Voilà la vérité !

MÉDITATION SUR LE PHÉNOMÈNE DE XÉNOPHOBIE DEVENU RITUEL DANS LA NATION "ARC-EN-CIEL" DE L'ONCLE MADIBA, À LA LUMIÈRE DE NOS PROPRES ERREMENTS LOCAUX:

La xénophobie que donne à voir le peuple frère d'Afrique du Sud, République arc-en-ciel qui a vu naître un esprit illustre de la trempe de Nelson Rolihlahla Mandela, esprit qui sut avec brio s'élever au-delà de la revanche, de l'émotion primaire pour penser la vie en société, la négociation en temps de conflits sanglant sous le quatriple principe du Pardon, de la Réconciliation, de l'Équilibre et de la Persévérance... m'inspire ceci.

Loin de moi l'idée d'inventer le fil à couper le beurre. C'est juste qu'un tel phénomène remette au goût du jour la nausée, le visage hideux de cette maladie que les psychiatres nomment le syndrome post-traumatique de masse chez un peuple qui a subi l'oppression et les humiliations pendant trop longtemps.

Dès qu'une marge de manœuvre s'ouvre à lui, il éprouve un besoin effréné, presque irrépréhensible de singer les oppresseurs en répliquant les pratiques dont il a lui-même souffert cette fois-là sur ses propres semblables.

Il est intéressant d'observer la violence de la chasse à l'étranger noir à travers non seulement la destruction des biens, mais pire, la mise à mort par des méthodes les plus cyniques qui plus est devant un public apparemment indifférent sinon consentant qui n'hésite pas à immortaliser et relayer la braise de l'homme... noir!

Aux lendemains d'une telle transe diabolique, des voix qui comptent en RSA s'élèvent et tentent de trouver des circonstances atténuantes tandis que les meurtriers promettent par vidéo interposées de n'être qu'à la première phase de ces exécutions ciblées.

Aussi, les visages des témoins de ces récents drames nous ont semblé paradoxalement paisibles, comparés aux visages tétanisés, meurtris et donc humains, des témoins qui assistèrent jadis aux exécutions sommaires des collégiens de Soweto par des suprématistes blancs lors des manifestations historiques de juin 1976.

Ce qui est remarquable ici, c'est qu'un tel basculement soudain de l'humanité vers l'animalité n'a jamais été perpétré avec autant de CALME sur l'oppresseur d'hier. Ici, sur les frères de sang et de couleur, on a l'impression d'avoir à faire à des meurtres de sang-froid, avec prémédication. D'où le CALME et le sentiment de se rendre "justice" qui se lit sur les visages des bourreaux.

Comment comprendre cela, si ce n'est sous le prisme des répliques du traumatisme du colonisé qui, ne s'étant pas remis du sentiment d'infériorité qu'il nourrit toujours secrètement vis-à-vis du maître d'hier, aggravé par les séquelles du sentiment de sa propre sous humanité, malgré les grands discours... Il semble voir en son semblable un sous-homme forcément comme lui-même et donc qui mérite exactement le même traitement qui lui fut infligé.

Les toutes donnes le théâtre macabre du noir qui dépouille aux yeux monde le noir, c'est-à-dire l'autre lui-même, de toute dignité, de toute sacralité en le reléguant au rang d'une simple viande pour barbecue.

Les psychologues disent que le faisant, ils ont l'impression d'être des égaux du colon qui les traita pareil jadis. Ils imaginent être à son image et donc croient l'avoir enfin puni par transfert sur les boucs émissaires expatriés qui leur sont plus accessibles.

Tabasser et brûler jusqu'à ce que mort s'en suive leurs semblables semble leur procurer une éphémère jouissance (au propre comme au figuré) du même pouvoir que l'oppresseur eût sur eux.

Et parce qu'une telle jouissance est éphémère, la récidive, comme dans les pathologies qui poussent aux meurtres en série est alors à redouter. Car l'envie de revivre cette extase est assimilable à l'effet que procurent les stupéfiants à un drogué qui, bien que sachant qu'il s'auto détruit, n'hésitera pas à recommencer encore et encore, jusqu'à sa totale et irréversible déchéance.

À moins bien-sûr que des esprits avisés ne les persuadent par un discours adéquat à visualiser leur propre descente aux "enfers" et accepter d'entrer dans la phase de désintoxication jusqu'à briser les chaînes de leur prison imaginaire dans laquelle ils croient devoir entraîner ceux qui sont noirs comme eux.

Émanciper le peuple noir en général de cette prison imaginaire, telle était la mission de l'élite politique Sud-Africaine. Hélas, celle-ci semble avoir pour la plupart choisi la fuite en avant si ce n'est le déni ou pire, le machiavélisme consistant à peindre en mal sous cape des noirs non Sud-Africains vivant en RSA comme ceux à cause de qui les sud-africains de naissance n'atteignent toujours pas le paradis existentiel espéré.

Cette démarche est le propre des politiques partisans du moindre effort. Les ennemis de la révolution innovatante que sont nos dirigeants Africains à quelques exceptions près. Ils sont eux-mêmes pour la plupart de grands malades, des psychopathes, sociopathes qui s'ignorent.

Or la liberté, la prospérité ne se donne pas, elle ne se décrète pas non plus. Tel un puzzle, elle est constituée de tant de pièces qu'il nous faut mettre en ordre par nous-mêmes pour donner un sens à notre existé. Si non, nous nous condamnons à vivoter tels des chiens errants au gré des conjonctures. Ce faisant, nous bradons notre statut d'entité libre parce-que pensante, contre le statut de sujets d'un théâtre sociétal dont nous ne sommes que des marionnettes, de vulgaires pièces d'un grand puzzle conçu sans nous.

Appliquons cette théorie aux praxis politiques de chez nous le Cameroun, et nous comprendrons pourquoi je dis souvent qu'il nous faudra une grande catharsis aux lendemains de notre propre émancipation du joug colonial et néocolonial, mais aussi du joug de l'autoritarisme mimé par ceux qui ont hérité du pouvoir colonial et qui éprouvent ce besoin effréné, quasi irrépréhensible d'en perpétuer les reliques.

D'où cette soif de mettre un point d'honneur à être plus riches que ceux qu'ils gouvernent exactement comme le blanc l'était. D'avoir la plus belle maison que ses voisins du quartier, exactement comme étaient celles du colon sous "Tanga Nord et Tanga Sud" dans la Ville Cruelle de Mongo Beti. De s'habiller exactement comme s'habillait le colon, d'envoyer ses enfants dans des écoles spécialement conçues pour eux, de veiller à de ne point les mélanger aux autres enfants de sa propre race alors perçus comme de la racaille, exactement comme le blanc faisait. De ne pas se soigner dans les mêmes structures hospitalières que leurs semblables, de ne pas fréquenter les mêmes échoppes, ni manger à la même table que ceux-ci, etc. Bref, d'élever une barrière infranchissable dont les effets immédiats visibles sont la société de classes qui veut que chacun reste à sa place. Malheureusement, les peuples ne sont pas faits pour vivre en autarcie. Mobiles par essence, l'humain est permanament en quête de l'autre lui-même. D'où le besoin de voyage, de découverte et de réinvention de soi.

Voilà pourquoi un jour le mur s'écroule fatalement. Et ce jour-là, tandis que la rue crie famine parce-qu'un tel système balkanique, comme il fallait s'y attendre ne résiste jamais à l'épreuve du temps, parce qu'il n'apporte pas le développement, alors, le réflexe d'auto défense pousse les pontes du système à créer justement des théories "d'auto défense" dont le substrat est invariablement l'argument communautaire.

Le scénario est simple, presque caricatural. Les ethnies entrent en jeu et jouent le jeu, devenant le péril par excellence de la CITOYENNETÉ ACCOMPLIE sur laquelle repose pourtant tout Etat-Nation accompli.

Ici, comme ailleurs, le bourreau identifie premièrement la communauté coupable à jeter en pâture, même si dans cette communauté il y'a et des pontes et des laissés pour compte comme dans tous les autres groupes ethniques, on laisse opérer l'amnésie et l'aveuglement collectifs en ne faisant rien pour éclairer la lanterne, en gardant un silence complice.

Puisque l'élite gouvernante est très haut placée et donc inaccessible, naturellement, les pauvres diables laissés-pour-compte s'orientent comme il a été programmé vers la proie la plus facile : La communauté d'à côté, préalablement et subtilement décrite comme la tare sociétale par excellence. Lorsque les discours et actes a-sociaux franchissent le seuil de l'auto destruction globale, la même élite réapparaît, munie de messages "politiquement corrects".

Ici et là fusent alors des théorie-programmes bien curieux tels que le " VIVRE ENSEMBLE ", à enseigner à un peuple qui globalement a toujours vécu ensemble, ou qui ne demandait qu'à vivre ensemble. La vraie problématique qu'est la nécessité et l'urgence de créer de meilleures conditions de vie pour tous est une fois de plus noyée, mais tel un poisson, elle réapparaît épisodiquement, jusqu'à ce que l'abcès soit un jour percé et vidé de son pu.

En l'occurrence, à ces épisodes de transes collectives, ceux qui chez nous clament en toute sincérité qu'ils haïssent les bamiléké, les Beti, les Peuhl, les Baka, les Duala, les Bassa'a, ou encore les "anglophones" ou les "francophones" ne le font pas exprès. Ils ne sont que des marionnettes de leur propre inconscient de persécutés doublé du sentiment d'impuissance vis-à-vis du vrai persécuteur. Ils sont à la merci de leur propre inconscient, cette "boîte noire" qui représente plus de 70% de notre "cerveau".

Vivement donc une psychanalyse générale et profonde de tout le corps social négro-africain, communauté par communauté, pays par pays, classe sociale par classe sociale. Si non, on n'est pas encore prêts de "lier le bois au bois" pour nous auto construire. C'est à ce prix que nous réapprendrons l'art de préserver et défendre la dignité, les droits de l'alter-ego, parce-qu'ayant compris que le faisant, nous défendons tout simplement notre propre humanité qui est en chaque humain, nonobstant les circonstances conjoncturelles.

Faire le ménage dans nos subconscient, tracer une ligne de démarcation étanche entre la vertu et le vice, entre le permis et l'interdit à la lumière d'une Charte de Valeurs que nous nous devons d'écrire et d'assimiler en nous disant bien qu'on l'appliquerait à nous-mêmes une fois adoptée.

Penser l'Afrique majestueuse et respectée que nous voulons léguer à ce que nous avons de plus cher, nos enfants, en gardant bien à l'esprit que la Grèce qui aujourd'hui admire la France, l'Allemagne ou les USA fut jadis la Nation dominante, le pays Master dixit qui regarda elle aussi jadis de haut les autres nations. Ne perdons jamais de vue qu'avant le "Renouveau" il y'a eu l'ère du Tout Puissant El Adj Ahmadou Ahidjo, devant qui l'on s'inclinait. Ayons à l'esprit l'histoire des grandeurs et décadences des Nations, des régimes, des dirigeants... Car tout coule. On se baigne, mais on ne se baigne pas deux fois dans la même rivière.

Ménageons donc notre monture, en ayant à l'esprit le "global picture" qui invite à l'humilité, laquelle humilité nous garde sur le chemin de l'humanité.

Telle est la mission principielle de l'Afrique, si tant il est vrai que nous voulions aller loin.