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Opinions of Monday, 31 December 2018

Journaliste: Ndam Njoya Nzoméné

Discours de Maurice Kamto: vives réactions des Camerounais

Elu le 7 octobre dernier à la tête du Cameroun mais empêché de prendre le pouvoir au profit de son adversaire défait dans les urnes par le Conseil Constitutionnel et les forces de répression, Maurice Kamto a délivré lundi 31 décembre 2018, son premier discours de fin d'année en tant que chef de l'Etat. On aura noté dans cette adresse le bilan-vérité du Cameroun au cours de l'année 2018.

Un Cameroun qui s'effondre comme Etat et se déchire comme nation ; un peuple camerounais désemparé, qui se sent défait en même temps que s'installe dans son esprit le doute, le pessimisme et le cynisme… Autant de choses qui constituent des causes de meurtrissures pour celui qui devrait normalement avoir prêté serment depuis début novembre, et qu ne sait toujours pas si son adversaire qui a arraché le pouvoir à la suite d'un hold-up militaro-institutionnel aura la décence de revenir à la raison pour restituer aux Camerounais une victoire qu'ils ont remportée sur quatre décennies d'immobilisme et de désespoir.

Evidemment, comme nos lecteurs auront l'occasion de s'en apercevoir en regardant la vidéo ci-dessus, celui par qui le malheur des Camerounais est une fois de plus arrivé en 2018 s'appelle tout simplement Biya Paul ! Un homme qi se fait un point d'honneur à sacrifier le sort de ses compatriotes sur l'autel de son égo.

Le discours de fin d'année de Maurice Kamto, un événement qui a fait monter la tension au Cameroun

Le discours de Maurice Kamto président de la République était vivement attendu au Cameroun, et c'est donc avec un grand soulagement qu'a été accueilli en début d'après-midi son invitation adressée aux Camerounais, Africains et citoyens du monde qui s'intéressent à la vie de ce pays d'Afrique centrale, à le suivre dès 20 heures, (heure du Cameroun) sur la chaine de la résistance qu'il (ou plutôt son parti, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun) a lancé le 28 décembre 2018. Une invitation à écouter le discours de celui que la plupart des Camerounais considèrent comme le président légitimement élu, qui n'a pas laissé indifférent, tant l'ambiance qui a prévalu à quelques heures de l'événement, laissait présager que l'adresse de Kamto sera plus couru que n'importe quelle autre au Cameroun.

« Si Paul Biya veut que les Camerounais suivent aussi son discours, qu'il attende 23 heures ou minuit pour le prononcer, parce qu'avant nous serons en train de nous préparer à écouter le discours du vrai président. Ce n'est qu'après les commentaires de ce discours par les journalistes de Renaissance 237 TV que nous voudrions écouter ce que l'opposant Paul Biya a encore déblatéré ». Ces mots sont d'une dame rencontrée dans un cyber café de la ville de Douala, que nous n'avons pas pu identifier, mais qui est visiblement une partisane de Kamto, à défaut d'être une militante du MRC.

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Sauf que dans cette salle d'environ une trentaine de personnes, ce sont tous les clients qui se joignent à la dame pour prédire un sort peu enviable au discours du « président légal du Cameroun qui n'est pas le président de cœur des Camerounais » (Sic). Un discours qu'ils écoutent depuis 36 ans, très souvent d'une oreille distraite ces dix voire vingt dernières années, tellement il est déconnecté de la réalité vécue par le pays au cours de "l'année qui s'achève", et n'a non plus aucune prise sur "l'année à venir", faisant du discours présidentiel un un fatras de mots déclamés par son auteur juste pour s'entendre parler. En somme un amoncellement de promesses sans lendemain.

Pour les Camerounais déçus du discours biyaien qui subodoraient ainsi le service du réchauffé dans le discours de l'homme qui malgré tout tient les rênes du pouvoir et décide encore effectivement des affaires du pays –fut-ce symboliquement ou par personnes interposées-, le discours de Kamto présentait l'avantage de camper l'éventualité, mieux la possibilité d'une surprise agréable.

Même si Maurice Kamto n'a pas donné à voir la prestance solennelle du chef de l'Etat qui lui sied désormais, son débit trahissant plutôt un analyste politique qu'un discoureur politique maniéré, bon nombre de personnes réagissant à son adresse trouvent que leurs attentes ont été comblées. « Contrairement à celui qui trouve toujours que tout va bien dans le meilleur des mondes Cameroun, Kamto a le courage de dire que ce pays qui l'a porté à sa tête il y a deux mois ne va pas dans le ses souhaité, et que les Camerounais ont de bonnes raisons d'être honteux d'eux-mêmes », affirme S.A. rencontré dans une vente à emporter au quartier New-Deido à Douala, où il est reconnu comme un un militant du parti au pouvoir, donc un partisan de Paul Biya et par conséquent adversaire de fait de Maurice Kamto.
Et un de ses compagnons de circonstance partageant avec lui le pot qui les conduira au réveillon de la Saint Sylvestre de conclure l'affaire : « Huereusement que ce n'est pas à Kamto d'assumer la responsabilité de la dégradation permanente de la situation, puisque Paul Biya aurait dû depuis lui abandonner la patate chaude de ce pays détruit qu'il sera difficile à un autre président d'arranger en un ou deux mandats seulement, même avec toute la bonne volonté du monde ».

Elu à la présidence de la république avec 39,74% de voix contre 38,47% à son principal adversaire, le président sortant, Paul Biya (a85 ans au pouvoir depuis 36 ans), Maurice Kamto avait cependant déclassé à la deuxième place par le Conseil Constitutionnel dont 9 au moins des 11 membres (tous nommés par le le président Biya), sont des militants du parti-Etat au pouvoir, le Rdpc.

Depuis, l'universitaire et enseignant de droit puis avocat au Barreau de Paris en France, s'est engagé dans une résistance -pacifique mais déterminée- contre l'un des plus spectaculaires hold-up électoraux du 21ème siècle, en multipliant des sorties qui visent à mettre moralement à mal le régime. Une résistance qu'il promet de ne pas arrêter avant que le régime lui ait restitué ainsi qu'au peuple camerounais, la victoire électorale qui leur est due.