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Opinions of Tuesday, 15 September 2020

Journaliste: Dieudonne Essomba

Dieudonné Essomba: 'très peu de Camerounais expatriés peuvent faire confiance à la bureaucratie de Yaoundé

Dans une note, l‘Ambassade du Cameroun à Paris il est mentionné qu’un bureau est ouvert en France pour accompagner les membres de la diaspora désireux d’investir au Cameroun.

Ce projet relève incontestablement d’une bonne intention, car la mobilisation de la Diaspora nationale est un facteur décisif pour le développement dans les Economies modernes. Leur rôle est multiforme : stabilisation macroéconomique à travers les transferts nets des devises, transfert de compétences, extension internationale de l’Economie nationale, etc.

Certains pays sont aujourd’hui incapables de vivre sans leur diaspora. Aux Comores, les transferts de la Diaspora représentent 80% de toutes les ressources extérieures ! Elle représente un point central dans le développement des pays comme le Sénégal et le Mali et elle a joué un rôle décisif dans le décollage du Maroc.

Au Cameroun le rôle de la Diaspora a été reconnu dans la Vision du Cameroun Emergent en 2035, mais son impact reste encore très marginal puisqu’elle ne pourvoit guère 3% des recettes extérieures. C’est l‘une des Diasporas les moins dynamiques sur le plan économique même si elle se signale comme la plus agitée sur le plan politique.

L’objectif de drainer les ressources de la Diaspora à travers des projets réalisés dans le pays est donc louable.
Toutefois, le projet est abordé de manière essentiellement bureaucratique. Pour qu’un tel projet réussisse, il est nécessaire de procéder à une analyse soignée de la sociologie des acteurs de leurs motivations et des déterminants de leurs comportements. Et aucun projet ne peut marcher quand il ne répond pas aux comportements effectifs des acteurs.

De ce point de vue, il faut noter que les Camerounais à l’étranger ne vivent pas en une Communauté camerounaise. Dans leur vie quotidienne, ils vivent en groupes et associations organisés autour de leurs segments communautaires, lesquels peuvent être des clans, des tribus ou des groupes ethniques.
Le Camerounais qui se trouve à l’étranger se préoccupe d’abord de sa Communauté et il ne juge le Cameroun que par rapport à sa Communauté. Sa motivation porte moins sur le Cameroun envisagé comme pays que sur la manière dont le pays est ressenti dans son segment communautaire.

Et c’est cela qui explique que les clivages qu’on a à l’intérieur du Cameroun se retrouve tels quels dans la Diaspora. Si une Communauté X veut le pouvoir au Cameroun, alors sa Diaspora relaiera ce désir. Inversement, si une Communauté veut conserver le pouvoir sa Diaspora soutiendra cette posture. De même si la Communauté déteste l’équilibre régional, sa Diaspora va le détester également et inversement, si elle soutient l’équilibre régional, sa Diaspora également le soutenir
La Diaspora camerounaise apparait donc comme une reproduction à l’étranger du Cameroun.

Ce sont des faits rien que des faits, et en analyse économique, la seule chose qui tienne ce sont les faits. Vous ne pouvez faire aucune analyse réaliste contre les faits.
Et puisque ce sont les faits, il faut partir de là ! Cela signifie en clair que vous ne pouvez pas encourager efficacement la Diaspora camerounaise sur les bases d’un Etat unitaire qui ne reconnait pas et n’utilise pas le seul paramètre fonctionnel des comportements, à savoir la segmentation sociologique du pays. La seule solution consiste à encourager la Diaspora de chaque Communauté à développer sa Communauté et c’est le « développement de chacun chez lui » qui va emporter le développement de l’ensemble
La bonne organisation consiste à avoir un Consulat général du Cameroun avec des sections spécialisées, chacune pour chaque segment communautaire. Chaque section encadre sa Diaspora, les mobilise, les pousse à investir, à chercher des partenaires et des financements !

L’Etat Central n’est là que pour encadrer, arbitrer, orienter.
En définitive, on ne peut obtenir un résultat probant dans la Diaspora camerounaise en ignorant la réalité sociologique du Cameroun, et en s’arc-boutant sur des considérations spéculatives d’unité nationale qui en l’occurrence sont faiblement opératoires.

En imposant ses « unités nationales », l’Etat unitaire transforme sa Diaspora en une image de ses propres tares, et celle-ci, faute de régulation, reproduit exactement les mêmes tensions qu’entretiennent leurs Communautés-mères.
Dans ces conditions, la diaspora ne peut jamais jouer son rôle de vecteur du développement. Elle se transforme en un relais international des frustrations de ses Communautés-mères.

Ce modèle étatique unitaire du Cameroun ne peut conduire à aucun développement. La Diaspora représente un potentiel gigantesque pour un pays qui veut se développer, mais il faut la gérer en fonction de ce qu’elle est et non suivant des considérations idéologiques.

Tel que conçu par l’Ambassade de France, le Bureau créé à Paris ne donnera rien sinon des dépenses absolument inutiles. Outre que le modèle est antagonique la sociologie, il y a très peu de Camerounais expatriés qui peuvent aire confiance à la bureaucratie de Yaoundé.

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