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Opinions of Sunday, 22 December 2019

Journaliste: cameroonvoice.com

Destitution de Sa Majesté Biloa: Atanga Nji se fait engueuler par un ami de Biya

Décidément le ministre Paul (Peter?) Atanga Nji ne recouvrera pas le sommeil avant d’avoir fait boire jusqu’à la lie la coupe de l’humiliation qu’il a préparée pour le chef de Messa Nkoba’a, Paul Marie BILOA EFFA, qui a accueilli vendredi à son domicile des flics venus le déposséder de tout ce qui faisait de lui un chef. Visiblement sur instructions.

Monsieur le ministre de l’Administration territoriale avait récemment décidé de destituer cette autorité traditionnelle (investie dans ses fonctions il y a 32 ans par un Arrêté préfectoral du 11 mars 1987, portant homologation de la désignation de Biloa Effa en qualité de chef de 3ème degré), en représailles du soutien de celui-ci à Maurice Kamto, dont il est par ailleurs le Conseiller Spécial au sein du directoire du parti politique Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).

En toute démocratie avancée puis apaisée, faire payer à Effa Biloa, le crime de soutenir autre chose que le biyaisme quarantenaire
En destituant cet homme qui a notablement grandi dans l’estime des Camerounais à la suite de son arrestation en juin, le ministre avait porté contre lui les griefs d’Instigation et Incitation à l’insurrection – Insubordination caractérisée à l’endroit des autorités administratives – Participation active à une manifestation publique interdite.

Des prétextes abracadabrantesques selon une opinion avisée de la volonté du ministre d’en découdre avec le chef traditionnel opposant. « Il s’agit de faits qui se seraient déroulés sur une planète que cette âme damnée du régime qu’est Atanga Nji est le seul à connaitre, mais dont il semble vouloir qu’ils ont eu lieu au Cameroun », avait réagi au lendemain de cette décision de destitution, Atenga Céline, militante du parti au pouvoir (le Rdpc) à Yaoundé 2ème, mais préférant pour la circonstance la casquette de « sujet de sa Majesté effa Biloa »(Sic).

N’empêche que malgré la remise en cause de sa décision que de nombreux observateurs estiment simplement partisanes, politiciennes et basées sur des arguments spécieux, le membre du gouvernement a décidé de poursuivre l’épreuve de force avec son subordonné qu’il entend humilier à la face du monde.

C’est sous ce prisme en tout cas que l’on croit percevoir la descente musclée des éléments de la force publique vendredi au domicile du chef Effa, pour le forcer à leur remettre les cachets et autres emblèmes en lien avec sa fonction, ainsi qu’à descendre le drapeau national, et, enfin, à signer le procès-verbal de restitution, pour acter sa destitution.

En procédant ainsi par hold-up comme à son habitude, Atanga Nji a passé deux messages clairs à Biloa Effa :
Quand le che Effa Biloa renvoyait Atanga Nji faire des cours du soir pour apprendre le droit

1. Tous ceux qui prendront ouvertement le parti de Kamto contre celui de la dictature sont des ennemis à abattre par tous les moyens et de différentes façons dont les arrestations illégales, tortures et emprisonnements arbitraires ne sont que des exemples bénins ;

2. C’est toujours lui, Atanga Nji, qui a le dernier mot, et les choses se feront comme il l’aura décidé et non comme le veut le droit, ou les traditions établies.

Apprenant sa destitution au début du mois, en effet, le chef Effa Biloa avait réagi par une pique à l’intention de son bourreau, dans des termes qui ne voilaient pas son rejet de la décision ministérielle inique : « Ce torchon (larrêté de destitution, ndlr) relève de la farce. Je suis le chef coutumier des Mvog-beti du clan Mvog Tsoung Mballa, le 5è de la dynastie. Ce n’est pas un acte administratif qui fait de moi ce que je suis. C’est par dévolution héréditaire que je suis chef Coutumier. Le ministre de l’administration territoriale Monsieur Paul ATANGA NJI gagnerait à réviser ses cours de droit administratif. C’est pénible pour un personnage comme celui-là. Il n’échappe à personne, le rôle que joue ce personnage dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest ».

Célestin Bedzigui en colère contre un membre de son groupe politique d’affiliation.

A la suite du chef Effa Biloa dont la destitution rappelle celles des chefs coutumiers indigènes d’Afrique au temps de la colonisation par les administrations coloniales européennes, un autre chef traditionnel Béti, et non moins homme politique, Célestin Bedzigui, allié cette fois-ci de Paul Biya, s’en est pris au ministre de Paul Biya, en dénonçant le caractère sectaire de la décision, non sans alluder très implicitement des origines… allochtones de monsieur le ministre “desti-tueur” : «Cette limite par cet acte ignoble est franchie. Messieurs Atanga Nji et Dion Ngute peuvent-ils de manière aussi désinvolte destituer un Fon du Nord-Ouest, un Chief du Sud-Ouest, un Lawane, un Djaoro, un Lawane, un Lamido du Grand Nord? »

Puis pour montrer le et mépris recelé par cette décision, le chef Bedzigui pose la non moins pertinente question de savoir si en leurs temps, des ministres emblématiques de l’administration territoriale du Cameroun auraient pu se comporter pareillement : « De tels actes auraient-ils été pris par les grands MINAT qu’ont été Enoch Kwayeb ou Andze Tsoungui? La réponse est NON».