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Opinions of Monday, 6 May 2019

Journaliste: Georges Alain Boyomo

‘Dans la tête du président Paul Biya’

L’enchaînement des évènements fâcheux depuis le lendemain de l’élection présidentielle 2018 offre à se demander comment le chef de l’Etat vit ces secousses de l’histoire du Cameroun et comment il envisage remettre le pays sur les rails de l’apaisement et du développement.

Dans son discours de prestation de serment, le 6 novembre 2018, Paul Biya a promis de consacrer l’essentiel de son temps et de son action à la résolution de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, crise qui perdure depuis bientôt trois ans.

Les mesures prises depuis lors ont achevé de prouver qu’elles sont inefficaces, du moins insuffisantes. Les deux régions anglophones sont toujours en proie à une violence paralysante.

A la crise anglophone est venue se greffer l’affaire MRC, Mouvement pour la renaissance du Cameroun.

L’embastillement du leader de ce parti, Maurice Kamto, classé deuxième à l’élection présidentielle, et de plus de 200 de ses militants, a fait monter l’adrénaline au sein du landerneau sociopolitique. La fébrilité compulsive du régime l’a manifestement poussée à aller plus vite que la musique…

Sur ces deux dossiers, crise anglophone et Mrc, la pression nationale et internationale ne faiblit pas, mais le pouvoir de Yaoundé reste ferme sur ses options. L’aile radicale portée par des faucons à la présidence de la République et au sein du gouvernement, continue de tirer de manière forcenée sur la corde sociale au risque de la rompre définitivement, avec des conséquences qui ne se limiteront pas qu’aux familles de ces jusqu’au-boutistes.

Recroquevillé sur lui-même, entre ses villégiatures à Mvomeka’a et le confort de ses appartements au palais de l’Unité, le chef de l’Etat souffle le chaud et le froid. Paul Biya semble beaucoup compter sur les dissonances prégnantes entre les grandes puissances sur le cas Cameroun et sur la diplomatie de couloir qu’il a souvent bien su activer lors de ses courts-séjours privés en Suisse, pays où il ne s’est plus étrangement rendu depuis plus de six mois.

Plus étrangement encore, le président de la République ne cesse de tweeter pour appeler le peuple au patriotisme ou disserter sur la promotion des valeurs qui fondent le vivre-ensemble. Dans l’attitude de Paul Biya, on perçoit qu’il veut s’attirer la sympathie et les faveurs du peuple souverain, qui, pour une bonne partie, le trouve distant et trop lent à impulser les actions susceptibles de transformer son quotidien.

L’offensive virtuelle présidentielle constitue-t-elle la recette-miracle pour se donner un bol d’air face à l’étau international qui se fera étouffant au fil des jours ? Dans sa tête, le président Biya est-il convaincu qu’il gagnera à l’usure cette bataille, qui survient après d’autres ayant jalonné son magistère vieux de près de 37 ans ? A-t-il encore toutes les cartes pour discipliner et tenir ses troupes, des troupes au sein desquelles les grenouillages entre des personnalités occupant des postes névralgiques débordent des salons lambrissés, parallèlement à une situation sociopolitique difficile ?

Garde-t-il un œil sur les caisses de l’Etat qui ne font que s’anémier, réduisant les marges de manœuvre du pays à faire face aux défis qui l’interpellent ?

Les jours et semaines qui arrivent seront éclairants sur la résilience du régime en place à pouvoir se tirer de ce qui apparaît comme une quadrature du cercle. Dans son entourage, il se susurre que le chef de l’Etat a un ou des scénarios dans sa tête.

Reste à les dérouler.