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Opinions of Saturday, 4 April 2020

Journaliste: Édouard Bokagné

Défaillance de Paul Biya: Maurice Kamto commet un pustch

En parcourant le fil de mon actualité Facebook, je suis tombé sur un texte si invraisemblable que j'ai de la peine à croire que l'auteur réel soit vraiment le personnage mentionné. D'où ma réserve: serait-ce le Pr. Kamto qui a écrit ça?

Il vous souvient qu'il y a une semaine, un texte du même, s'adressant "au peuple camerounais" dont chacun de nous fait partie, mettait en demeure le Président de la République, accusé d'avoir perpétré un " hold-up électoral"...

D'assumer effectivement ses fonctions dans la lutte contre le covid-19. Faute de quoi, le Sieur signataire, (ci-devant "Président Élu", sur le document portant le logo d'un parti politique), prendrait ses responsabilités.

À l'échéance du délai, un autre texte est venu lui faire suite, plus ubuesque que le premier, avec au moins le bon goût de ne plus engager la formation en utilisant son logo. Même si le signataire en est apparemment le président.

Ce deuxième courrier est long. En voici juste les idées force.

1) L'auteur constate la défaillance du chef de l'État

2) Il appelle le pays à "s'auto-organiser"

3) Il crée une initiative de lutte personnalisée dotée d'un fonds.

4) Il décide des mesures d'alléviation qui s'apparentent fort à des actes de défiance à l'autorité. Tout ça, l'auteur les engage sur sa bonne foi et son indéfectible amour pour sa Nation. Bien : voyons ce que ça donne...

D'abord, je commente sur l'amour. Ce mot ne veut strictement rien dire. On connaît des gens qui tuent par amour. Ce n'est pas à vous de dire votre amour pour la Nation. C'est celle,-ci qui le constate d'une évaluation de vos actions.

I. La défaillance du chef de l'État

La défaillance du Président de la République est une chose possible, puisqu'elle est inscrite dans la constitution. Mais qui a le pouvoir de la constater, si le cas échait ? Un chef de parti (même autoproclamé Président Élu) ?

Le Président de la Cour Constitutionnelle ? Celui de la Cour Suprême ? Ou quelque autre institution ? Nous avons 300 partis. Imaginez que chacun mette le Président en demeure et aussitôt après, constate son incapacité !

Le Pr. Kamto est, dit-on, juriste. Que dit la constitution dans ce cas ? Dans son esprit, de toute évidence, l'État du Cameroun se ramène à deux acteurs : celui qu'il nomme le Président de fait (qu'il décrète incapacité parce qu'il refuse de lui répondre) et lui...

Le reste n'existe pas. Il n'y a pas de Conseil Constitutionnel, (on se demande devant qui il est allé faire le cinéma du contentieux post-électoral qu'il a d'ailleurs perdu. Ça pose même la question : qui l'a autorisé à compétir ?

Toutes les institutions abilitées à constater l'ineffectivité du Président fonctionnent et sont silencieuses sur ce cas. Le gouvernement qui relaie et prolonge son action se trouve à pied d'oeuvre. Lui seul y trouve à redire !

Si même il avait persuadé un parti d'opposition d'épouser ses thèses, on aurait parlé d'une fronde de l'opposition contre le pouvoir central. Mais là rien. Don Quichotte est désespérément seul contre ses moulins à vent.

Si l'administration n'avait pris aucune mesure, on l'aurait dite ineffective. Certes, on peut en critiquer des aspects et en proposer des améliorations. Mais il n'y a rien dans cette pandémie pour créer une crise d'État. Rien.

Il eût été souhaitable que le chef d'État s'exprimât sur la question. Certains l'ont suggéré. Il n'est pas exclu qu'il le fasse si la chose dépassait l'évaluation des spécialistes. Mais sa prise de parole - qu'on sait rare - n'est pas un must. Tant que des mesures sont appliquées... Et elles le sont !

II. L'auto-organisation du pays

Quand quelqu'un appelle le pays à s'auto-organiser, il commet un pustch. Il n'y a pas d'autre mot pour le dire. Auto signifie soi-même. Mais l'initiative du soi-même part toujours d'une tête qui lance le mot d'ordre.

À titre de comparaison, le mouvement rebelle du NOSO avait pris pour prétexte l'auto-défense. Cela partait d'un État dont on récusait l'autorité. C'est devenu une rébellion armée qui a déstabilisé et appauvri ces régions.

Il y a 300 partis politiques au Cameroun. Qu'on imagine que chacun appelle à s'auto-organisation, suivant un modèle que chaque dirigeant définirait. Et la question de fond : les forces de l'ordre obéiraient à qui ?

Rien que les mesures de préservation que les autorités ont prescrites ont établi combien le peuple est indiscipliné, la nécessité d'une coordination unique et le besoin des forces de l'ordre pour en implémenter le respect.

Avions-nous besoin d'un anarchiste qui vienne donner un coup de pied dans la fourmilière ? Le mot auto-organiser est un mensonge intellectuel. Il cache en fait cette idée : rangez-vous sous mon organisation.

Ce qui veut dire en d'autres termes : je prends le pouvoir grâce au covid-19. Le Pr. Kamto ne croyait pas un instant que M. Biya (à la parole rare) se donne le mal de lui répondre alors que politiquement, il n'existe plus.

Il ne lui reste que le passage en force, à la faveur d'incidents susceptibles de créer le buzz. C'est un cérébral et un habitué des schémas complexes et tordus. Cet aspect en est la vivante démonstration.

III. L'initiative de lutte personnalisée

Dans son schéma étriqué où l'ensemble du Cameroun se ramène à la meute d'injurieurs publics du "où Kamto dit va, je va", il crée un effet d'embolie qui va saper l'action gouvernementale par un double emploi.

Le mécanisme de riposte à un danger d'une envergure nationale fait appel à une organisation forte qui possède des démembrements jusqu'au niveau local : une administration en somme.

Ce n'est pas faire injure au MRC qui est encore en cours d'implantation au niveau national, (il n'a même pas pu avoir des scrutateurs dans tous les bureaux de vote), que de lui dire qu'il ne peut se prétendre une administration.

Même le RDPC ne le peut pas. Seule notre administration le peut. À elle, doivent se greffer les collectivités décentralisées, la société civile et les autres. L'initiative du Pr. Kamto est un terrible son de cloche discordant.

IV. Les actes de défiance à l'autorité

Dans une situation critique comme celle que cause le covid-19, l'État qui coordonne la lutte est amené à prendre des mesures dures qui impacteront des secteurs d'activité. Il doit, à cet égard prendre des mesures alléviantes.

Certains pays les ont prises tout de suite. Le nôtre - avec d'autres - procède graduellement en évaluant progressivement. Il est possible -probable même - qu'on en vienne à des mesures d'exemption catégorielles.

Mais jamais, au grand jamais, il n'incombe à un citoyen lambda - se crût-il Président Élu - ou fût-il leader d'une formation politique, de décréter des actes de gouvernance et d'exemption qui relèvent de l'autorité de l'État ou des collectivités dûment mandatées.

C'est d'autant plus aggravant que le perpétreur de cet acte de désobéissance est un juriste dont la trace se voit dans notre code pénal et dans la constitution. Et qu'il a publiquement refusé de compétir aux élections locales.

Sans représentant dûment mandaté à quelque niveau : local ou national, celui-là n'a non seulement aucune vocation à parler de choses de gouvernance, mais seulement de la prétention s'il se hasardait à le faire.

La prétention est soeur de l'orgueil. Les deux sont les géniteurs de la vanité, ayant eux-mêmes été engendrés par la stupidité. C'est connaissant un tel atavisme que, voyant de telles actions, je questionne leur lien avec le Pr. Kamto. Se peut,-il qu'il ait fait cette ânerie ?

Ce qui caractérise l'autorité, c'est justement sa conscience de savoir ce qu'elle est et sa forte propension à en faire usage. Hier, les réseaux sociaux avaient relayé l'image d'un quidam molestant un militaire en s'exclamant :

Kamto nous a ouvert les yeux. Il se trouve à présent quelque part où il jouit de sa vue retrouvée. Si c'est ce même Kamto qui a signé ce document dont je parle, j'ai peur qu'il ne tarde pas à l'y retrouver.

C'est le cas de dire : ils vont voir...
Nous autres préférons la cécité !

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