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Opinions of Sunday, 1 December 2019

Journaliste: Me Me YONDO Black

Crise socio-politique: 'les Etats-Unis ne peuvent plus rester neutres'

De quoi est fait l’homme camerounais. On a beau se tourner sept fois la langue sur le sujet, on revient toujours sur cette question qui demeure sans réponse: De quoi est fait l’homme camerounais.

Je sais que j’ai atteint l’âge où il faut passer le témoin, où les jeunes générations pressés de vous voir débarrasser la scène ne loupent pas une occasion pour vous rappeler que vos gloires d’hier ne sont pour eux plus que de vagues souvenirs. Mais c’est avec le passé que l’on projette l’avenir.

J’ai longtemps pensé que nous avons prouvé au reste du monde que le peuple camerounais ne veut plus être inféodé comme par le passé. Le combat que nous menons depuis nos ancêtres jusqu’à nos jeunes générations, est presque gagné à 95%, mais ce n’est pas pour cela que nous devons lever le pied pour crier : On a gagné ! On a gagné !

Le marathon se gagne lorsque l’on franchit la ligne d’arrivée. Si l’on se comporte de la sorte, nos adversaires nous voleront notre victoire en nous damant le pion, sans que nous nous en rendions compte. Vigilance ! vigilance donc.

Le partage du monde qui s’est fait à Berlin a vécu. Un nouveau partage a commencé, chacun y allant de ses intérêts. Et dans ce nouveau partage, la France n’y a toujours pas sa place. Elle a perdu ses marques. Les acteurs principaux sont désormais la Russie, la Chine, les Etats-Unis, et l’Afrique qui fait l’objet de toutes les convoitises des Grands.

Les Etats-Unis ne peuvent plus rester neutres sachant que la France a cessé d’être cette Grande Puissance de l’époque coloniale. Les Russes sont au Tchad, ils sont en Centre-Afrique. Bientôt, ce sera le tour du Cameroun. Dans cette nébuleuse, c’est à nous qu’il revient de savoir choisir nos partenaires au mieux de nos intérêts.

Pour ce qui est du Cameroun, l’adversaire premier a pour nom Paul BIYA.

Et pourquoi Paul BIYA ? A lui tout seul, ce magnat des promesses non tenues est atteint d’une pathologie profondément contagieuse dont les meilleurs médecins du monde n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le traitement à lui infliger, et qu’il a transmis sans coup férir à son peuple pour lequel toutes les thérapies sont restées sans effets.

A la tête du pays depuis le 06 novembre 1982, à la faveur d’une loi fondamentale conçue sur mesure par celui là-même qu’il appelait respectueusement son illustre prédécesseur, toute gratitude à l’appui. Tout a été dit sur l’état dans lequel se trouvait le pays qui lui était légué. Un pays, de son propre aveu, riche, vivant dans l’harmonie, la concorde et dans la paix, le vivre ensemble y allait de soi.

Aujourd’hui, si on fait le bilan, c’est une Catastrophe.

Et pourtant, et pourtant au Cameroun tout semble aller comme sur des roulettes. Le train des ministres n’a guère changé d’agendas, aménagement des drains, règlement de la circulation routière, pose d’une première pierre par-ci, remise des clés des logements sociaux par-là, remise d’urgence des fonds aux familles endeuillées de Gouache à Bafoussam, fonds provenant, soit dit au passage, de la générosité d’un Chef d’Etat qui a les morts en aversion, et surtout malheur à celui qui ose porter atteinte à l’ordre public, force restera à la loi , martèle l’artiste en herbes en charge du ministère de l’intérieur. Pendant que des fieffés zélés louent le sens humain et la générosité du Roi Paul Barthélémy, nous apprenons d’une autre oreille que sa fille Brenda mène à Dubaï la vie d’une grande princesse au Pays des Merveilles, location d’une voiture qui, en valeur marchande vaut plus d’un milliard de francs CFA, repas au restaurant dont un plat coûte 700.000 francs CFA, sans compter les frais d’entretien du cortège des amis qui l’accompagnent et des agents chargés de sa sécurité. Pendant ce temps, tel compatriote meurt au pays pour n’avoir pas de quoi honorer une ordonnance médicale parce qu’il lui manque 50 francs.

Pourquoi ne tirons-nous pas de leçons de l’histoire. Le peuple tunisien, en son temps, a délogé de son piédestal le Grand Habib BOURGUIBA, tout simplement parce qu’il avait décidé d’augmenter le prix du pain de 30 centimes, seulement de trente centimes. Plus récemment, le peuple algérien, comme un seul homme, est descendu dans la rue pour dire à son Président, Bouteflika, qu’il ne disposait plus de toutes ses facultés physiques et intellectuelles pour présider aux destinées du pays, ainsi l’a-t-il chassé du Pouvoir, cloué sur sa chaise roulante.

En sommes-nous si éloignés avec le Roi Paul Barthélémy ? Ce Roi qui n’a jamais honoré de sa présence les grandes catastrophes que le pays a connues- le lac Nyos - le train de la mort à Eséka - le glissement de terrain à Gouache à Bafoussam avec sa cinquantaine de morts - le crash de l’avion de la Camair causant la mort de la quasi-totalité des passagers, sans oublier l’équipage, pour ne citer que ces cas, l’homme répond toujours aux abonnés absents. Jamais un face à la Presse, jamais une adresse à la Nation au sujet des grands événements qui appellent la position du pays… Mais ce Roi-là va répondre présent à l’invitation du Président français, je devrais dire à la convocation qui, somme toutes, n’a rien apporté au Cameroun, hormis le spectacle désolant, toute honte bue, et l’humiliation de tout un peuple, le peuple Camerounais.

Mais ce faisant, le Président Macron nous a rendu service et la sagesse populaire nous l’enseigne ‘’à quelque chose, malheur est bon’’.

En 24 heures et surtout pour les incrédules, Paris, grâce au concours de la Brigade anti-sardinards (la Bas) nous a permis de découvrir un autre Paul Biya, le vrai Biya livré par lui-même sans le fard et l’arrogance du protocole d’Etat.

En 24 heures nous avons découvert un Président qui a du mal à sortir de la voiture, un Président qui, ne pouvant seul se vêtir de son manteau, a dû subir le froid de Paris par ces temps qui avoisinent la période hivernale, un Président qui a du mal à marcher, un Président qui a du mal à monter de lui-même les marches de l’escalier au Palais de l’Elysée, un Président qui, ayant du mal à comprendre l’anglais, une langue qu’il doit pourtant maitriser depuis plus de 60 ans aux affaires dans un pays bilingue qu’il dirige depuis 37 ans, fait appel à la Secrétaire générale de la Francophonie pour lui servir d’interprète, un Président qui a du mal à suivre les débats, et pour cause, visiblement il dort, et le comble, on découvre un Président qui ne connait pas l’histoire politique de son pays, un pays qui n’a jamais été une colonie, ni sous le protectorat allemand, ni sous la tutelle de la France, ni même sous la tutelle de la Grande Bretagne ; plus attristant est ce spectacle qu’il offre quand on lui pose des questions, il sort carrément du contexte, esclave qu’il est du bord que ses services lui ont préparé, et qu’il se croit obligé de lire à tout prix, à son niveau l’improvisation n’est pas de mise ; mais agacé, il est constamment et bruyamment rappelé à l’ordre par le Président de séance comme pour lui signifier que chaque intervenant ne dispose que de deux minutes en temps de parole et qu’il ne saurait y avoir deux poids deux mesures, l’heure est à l’égalité parfaite.

L’honneur et la considération du Cameroun en prennent un coup sous le regard médusé des télévisions du monde entier, face surtout à cette partie de cache-cache que livre son Président jusqu’à sa fuite de l’hôtel Meurice afin d’échapper à la colère de ses compatriotes de la diaspora.

Que penser de ce Président, sinon dire tristement qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion, le pays ne se reconnaît plus dans son Président qui semble davantage privilégier ses intérêts personnels et ceux des lobbies qui l’ont installé à la tête Cameroun. Ainsi à défaut d’actions de la part de la représentation nationale (Assemblée Nationale et Sénat), c’est au peuple souverain qu’il revient de tirer les leçons qui s’imposent pour éviter que le pays ne vole en éclats. Dans cette partie de cache-cache avec la BAS, notre illustre Président serait parti de son hôtel par un trou de souris, une humiliation que les brigades et les amazones de la diaspora lui ont infligée. Alors que les gorilles de Paul BIYA, bien formés étaient convaincus qu’ils allaient remporter l’épreuve de force comme à Lyon, ils ont été surpris de se retrouver face aux combattants experts en arts martiaux. Quelques coups ont suffi pour mettre les 17 éléments de la garde rapprochée de BIYA en débandade. Contraints de battre en retraite en hurlant de douleur, ils se sont réfugiés à l’hôtel qui a dû baisser les volets pour contenir l’assaut des combattants déchaînés.

Une partie de ces informations proviennent du journaliste J. Rémy NGONO, une source fiable donc, qui n’hésite pas à révéler les trahisons dont le Président Biya a fait l’objet dans son propre camp, aussi bien du côté des services de l’ambassade du Cameroun à Paris que du parti RDPC dans sa section parisienne qui n’ont pas hésité à verser dans les détournements de fonds, le mal camerounais, au point d’exposer à la vindicte populaire le Président qu’ils étaient supposés protéger.

Maintenant si nous passons en revue la situation politique et économique du Cameroun depuis la crise du NOSO, les morts qui s’en sont suivis, les déplacements de populations, dont 500.000 au moins ont trouvé refuge au Nigeria voisin tans dis qu’une autre bonne partie ont regagné d’autres villes de l’intérieur du pays où elles vivent dans des conditions inhumaines et dégradantes, des écoles fermées depuis plus trois ans au cours desquels les enfants ont été sevrés de scolarité, des villages entièrement rasés et les fonctionnaires affectés dans ces régions ont ostensiblement refusé de regagner leur poste d‘affectation en raison de l’insécurité qui y règne, où la CDC, premier employeur privé après l’Etat, a fermé ses portes en envoyant au chômage des centaines de milliers de camerounais, que l’incendie d’une partie de la SONARA ne permettra pas à cette société de se relever de si tôt ; quand on regarde les vidéos relatant la sauvagerie dont les camerounais s’entretuent, crimes dont certains sont dénoncés comme perpétrés par des hauts cadres du parti au pouvoir dont certains seraient même membres du gouvernement, on est en droit de se demander où se trouve le Président Biya pour initier des procédures appropriées en répression, ce Président dont il est dit aujourd’hui qu’il serait agacé par les grandes puissances qui l’ont contraint à tenir ce qu’il a été convenu d’appeler le Grand Dialogue National (G.D.N) qui en définitive n’aurait accouché que d’une souris, le retour au respect la Constitution du Cameroun de 1996, dans ses dispositions qui prévoient des régimes spéciaux à certaines régions. Fallait-il saigner les caisses de l’Etat de tant de milliards de francs pour un si piètre résultat ?

De quoi se demander si le Pays n’est pas gouverné par des irresponsables qui n’ont pour boussole politique que la défense de leurs intérêts égoïstes et de ceux des puissances étrangères qui ont favorisé leur accession au pouvoir. Le constat est alarmant, car visiblement la nouvelle politique du gouvernement c’est de projeter le vivre ensemble comme le remède miracle qui par lui tout seul permettrait de retrouver la sérénité et la paix dont le Cameroun a besoin pour son développement A croire qu’à son accession au pouvoir en 1982, les camerounais vivaient en mésintelligence, les uns par rapport aux autres et que 37 ans après, la tribu est devenu un obstacle du vivre ensemble au point à initier un article nouveau dans le Code pénal pour réprimer les atteintes à la tribu, un article manifestement inutile, qui constitue une diversion face à l’incompétence d’un gouvernement qui n’a jamais nourri de rêve pour le pays dans le souci d’assurer le bien-être des citoyens, la juste répartition des fruits de la croissance, l’équilibre régional, l’égal accès de tous aux soins médicaux, hospitaliers et pharmaceutiques qui implique une politique sociale transparente, l’entretien de nos villes et de nos campagnes par une démocratie participative qui implique une réforme constitutionnelle restaurant l’Etat fédéral qui ne porte nullement atteinte à l’unité de la Nation, une et indivisible.

Le Président Biya aurait donc dû ‘’inviter’’ ses compatriotes à une réflexion sur cette forme de l’Etat, à la place de maintenir ridiculement l’Etat centralisé jacobin qui ne responsabilise pas le citoyen mais renforce la personnalisation du pouvoir face à un peuple dont la culture politique reste à désirer. Cette réflexion aurait épargné le pays d’inutiles bains de sang et l’on aurait tôt retrouvé le chemin de la concorde propice au vivre ensemble.

Le Cameroun est dans une situation extraordinairement difficile. Sans être un prophète de malheurs, si nous participons aux prochaines élections telles qu’elles se présentent, avec les règles de jeux controversées et l’insécurité qui prévaut,, je suis certain que rien ne changera en rapport avec ce que nous vivons actuellement et les choses risquent même de s’empirer, car on ne change pas de politique avec les mêmes règles de jeux controversées et l’opposition ne devra alors s’en prendre qu’à elle-même pour avoir accepté de jouer sans balises sur le terrain miné du Pouvoir.

Le pays va mal, dans son ensemble et aucune bourgade ou ville n’est épargnée. Cette situation ne fait vraiment pas honneur au Président Biya, en commençant par son propre village à M’VOMEKA ; en effet, si les 4 ou 5 villas qui avoisinent sa résidence ressemblent à quelque chose, le reste n’est que misère et désolation. Le maire de la localité en appelait dernièrement à la Première Dame du pays, la priant d’intervenir auprès de son Président de mari pour ouvrir une maternité dans la localité évitant ainsi aux femmes en couches de faire 50 kms pour aller accoucher à SANGMELINA.

Faut-il parler l’Est du pays, la situation n’est guère meilleure bien qu’ayant ses enfants bien placés dans le cœur de la Première Dame. L’état des routes constitue un calvaire et un véritable frein au développement sans parler de la place que les pontes du pays ont concédé aux chinois.

Quant au Nord du pays, ils en sont encore à l’école sous l’arbre, en plein air, à l’ombre des fromagers et à avoir des parpaings pour bancs d’écoles. J’aurais honte, si j’étais ministre de la République ou même simplement élite originaire de ces régions où 50 francs ont valeur de 500 francs au Sud. De véritables irresponsables, sans conscience de ce que le peuple est en droit d’attendre de ses représentants dans une démocratie. L’élite dans ces régions se trouvent plus au service de celui que l’on nomme allègrement ‘’le père de la Nation’’ qu’au service d’un intérêt général. Là-bas, la honte ne tue pas.

Après tant de sacrifices imposés au pays ces dernières années ,et qui les acceptait comme un passage obligé pour le changement souhaité, aller aux élections sans balises, comme si nous n’attendions que cela, c’est accompagner le Pouvoir qui n’avait plus d’offre politique dans sa marche qui se veut triomphale. J’en reste sans voix et les bras m’en tombent.

Fallait-il livrer à la boucherie tant de Compatriotes, laisser l’insécurité gagner nos villes et nos campagnes, laisser le tribalisme gagner nos cœurs et en faire une arme politique pour le gouvernement à court d’idées et dont certains de ses membres ont été à l’origine de cette dérive. C’est un aveu d’échec et j’en reste sans voix. Oui, j’en reste sans voix et comme nous avons ainsi renoncé à nos droits, ne nous reconnaissant plus que devoirs au service du Roi Paul Barthélémy, j’en déduis que l’opposant au Cameroun n’a pas pour adversaire Paul Biya et son régime aux dérives monarchiques, mais plutôt les autres opposants ; C’est pourquoi, il brille plus dans la critique des autres opposants que dans la lutte contre le régime qu’il est censé combattre. C’est aussi pourquoi l’opposition camerounaise n’a jamais réussi à sortir le peuple dans la rue comme un seul homme, comme cela se fait ailleurs pour exiger du pouvoir la plénitude de ses libertés et droits fondamentaux.

L’histoire nous jugera, chacun en fonction de ses actes.

A bon entendeur, salut !