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Source: Le Messager

Crise anglophone à quoi rime la restriction du visa américain ?

Restrictions de visas aux personnes impliquées dans des violences Restrictions de visas aux personnes impliquées dans des violences

En réaction au rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la situation en Afrique centrale en date du 1er juin 2021, notamment au Tchad et en RCA, deux pays en proie à des remous sociopolitiques, les Etats Unis se sont précipités de pondre un communiqué laconique pour annoncer la restriction de visas aux personnes impliquées dans des violences dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest Cameroun.



«Annonce de restriction de visas pour ceux qui compromettent la résolution pacifique de la crise dans les régions anglophones du Cameroun». C’est le titre donné au communiqué de presse publié récemment par la diplomatie américaine. Les personnes ciblées ici, faut-il le préciser, peuvent se recruter autant dans le camp gouvernemental qu’au sein de l’armée, tout comme au sein des bandes armées qui commettent des crimes et des exactions dans les deux régions. Antony J. BLINKEN, secrétaire d’Etat américain, précise dans sa sortie, qu’il s’agit des «personnes soupçonnées d’être responsables ou complices de l’entrave à la résolution pacifique de la crise dans les régions anglophones du Cameroun». Il faut donc avouer que le spectre des personnes visées peut être vraiment large.


Privilégier le dialogue

Il suffit d’être soupçonné actif sur le terrain de guerre, d’être dans le circuit de la guerre, de manifester ou faire la promotion de la guerre dans les deux régions, pour tomber sous le coup de la sanction américaine. Cette réalité est déjà actée car il s’agit de la nouvelle politique américaine mise en place par le nouveau patron de la diplomatie de ce pays. «Cette décision reflète notre engagement à faire avancer un dialogue pour résoudre pacifiquement la crise anglophone et soutenir le respect des droits humains. Les Etats-Unis soutiennent fermement le peuple camerounais et nous restons déterminés à travailler ensemble pour faire progresser la démocratie et la prospérité mutuelle pour nos deux pays», lit-on dans la suite de ce communiqué de presse.

La grande nouveauté de ce communiqué vient de l’invitation de Washington à convier à la table des discussions la diaspora. Elle a toujours été taxée par Yaoundé comme la main criminelle ou terroriste qui finance la guerre dans les deux régions du pays. «Nous exhortons toutes les parties prenantes concernées au Cameroun et dans la diaspora à s’engager de manière constructive et à rechercher une résolution pacifique de la crise», lit-on in extenso. Sur l’opportunité de ce communiqué, une seule question revient à l’esprit : la lettre de Kah Wallah et Me Alice Nkom envoyée au Conseil de sécurité des Nations Unies le 04 juin dernier aura-t-elle été pour quelque chose ? Rien n’est moins sûr. Mais toujours est-il que ce communiqué trahit à l’évidence les yeux de convoitise que le gouvernement américain jette particulièrement sur le Cameroun, pays au sol et au sous-sol très riche, terre bénie des dieux et promise à un avenir radieux.

Suspicion

«Pourquoi les Américains ne s’intéressent-ils qu’au Cameroun alors qu’en Afrique centrale, la situation politico-sécuritaire de l’heure est encore plus préoccupante au Tchad et en RCA», s’interroge-t-on du côté de Yaoundé où cette nouvelle est pour le moins applaudie. L’interrogation se justifie d’autant que de par son contenu et la virulence de son ton, le pays de l’Oncle Sam est monté d’un cran dans sa stratégie de contraindre toutes les parties prenantes à s’asseoir autour d’une table afin de résoudre définitivement la crise qui s’enlise depuis plus de quatre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La position américaine sur la situation au Cameroun est désormais lors entachée de suspicion du moment où sur le même sujet, la Russie est toujours restée muette et la Chine n’y voit rien d’autre qu’une affaire interne à l’Etat souverain du Cameroun.


La suspicion est d’autant plus méritoire que dans la gradation des sanctions usuelles en vigueur au sein de la diplomatie américaine en pareille circonstance, figure en bonne place le gel des avoirs à coté de cette interdiction de fouler le sol américain. Comme on le voit, les Etats-Unis sont entrés dans une sorte de bras de fer avec les acteurs de la crise anglophone.

Pour autant, précise le communiqué, Antony J. BLINKEN continue d’appeler le gouvernement camerounais et les groupes armés séparatistes à mettre fin à la violence et à engager un dialogue sans conditions préalables pour résoudre pacifiquement la crise. «Nous condamnons ceux qui sapent la paix en se livrant ou en incitant à la violence, aux violations et abus des droits humains et aux menaces contre les défenseurs de la paix ou les travailleurs humanitaires», a ajouté sentencieusement le chef de la diplomatie américaine.

Traquer les financiers du terrorisme

Toute proportion gardée, on voit mal l’intérêt que les Etats Unis ont à blacklister les personnes qui compromettent la résolution pacifique de la crise dans les régions anglophones du Cameroun. Surtout que la restriction de visas est aujourd’hui dépassée, elle est une moindre mesure par rapport à la décision de traquer sur le sol américain toutes ces personnes accusées de soutenir et de financer les actes de terrorisme et de barbarie qui continuent d’endeuiller plusieurs familles et de causer tant de torts dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

«Si les Américains veulent monter en puissance dans leur engagement et leur détermination à résoudre définitivement la crise anglophone, ils feraient mieux d’interpeller en vue de leur extradition, toutes ces personnes qui financent les terroristes ambazoniens et qui sont tapies dans leur sol. Tout le reste, ce n’est que de la fumée aux yeux», croit savoir cet observateur averti de la scène politique nationale pour qui les Etats-Unis, aux côtés de la France, multiplient des manœuvres souterraines pour faire main basse sur le Cameroun. Pourtant, ajoute-t-il, ces deux pays perdent suffisamment du terrain au Cameroun et dans plusieurs autres pays africains, en RCA, au Tchad et au Mali notamment, au profit de la Russie et de la Chine.

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