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Opinions of Wednesday, 11 December 2019

Journaliste: Michel Biem Tong

Crise anglophone : Maurice Kamto sévèrement recadré


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En plus d’être un juriste de haut vol doublé d’un avocat internationalement reconnu, vous incarnez l’espoir du peuple camerounais qui a soif de changement. Mais ne compromettez pas votre carrière politique en défendant la position qui est la vôtre concernant le problème anglophone. En effet, dans une interview accordée à des confrères de Jeune Afrique, vous avez déclaré concernant cette question : « Je ne suis pas, je n’ai jamais été et je ne serai jamais pour la partition du Cameroun. Ce n’est même pas envisageable. Notre pays doit rester uni ».

En tant que professeur de droit et pape en la matière, vous avez une parfaite connaissance du principe de droit international du « uti possidetis juris » (Cf Affaire Burkina Faso/Mali devant la Cour internationale de justice) qui voudrait que chaque Etat respecte les limites territoriales qui sont les siennes au moment de son indépendance. De quelle partition parlez-vous donc alors que vous êtes sans ignorer que lorsque la République du Cameroun obtient son indépendance le 1er janvier 1960 et qu’elle est admise aux Nations Unies comme Etat membre le 20 septembre 1960, ce qui est alors appelé Southern Cameroons (les régions actuelles du nord-ouest et du sud-ouest) n'était pas compris dans cet espace territorial ?

En déclarant que « notre pays doit rester uni », qu’il n’est même pas question d’un quelconque retour au fédéralisme de 1961, il y a lieu de craindre que vous vous soyez inscrit dans la logique des régimes Ahidjo et Biya qui a consisté à annexer puis assimiler le peuple anglophone à des citoyens de la République du Cameroun alors qu’avant le 1er octobre 1961 (date de son indépendance à lui), il avait une vie politique, économique, sociale et culturelle sur son territoire bien différente de la nôtre en République du Cameroun.

En déclarant que « notre pays doit rester uni », c’est donner l’impression que le Cameroun est né le 20 mai 1972 et qu’il faille faire table-rase des faits historiques antérieurs à cette date. Pourtant, c’est en reconnaissant que les Anglophones se sont joints à nous non pas comme une partie de nous mais comme un peuple indépendant et souverain comme nous que nous apporterons une solution à cette guerre qui dure et perdure.

En tant que juriste de gros calibre, pouvez-vous nous dire au nom de quel texte ou principe de droit international le 1er octobre 1961, les Anglophones du Southern Cameroons avait obligation de bannir leur parlement, leur House of Chief, leur gouvernement, leur Premier Ministère pour devenir des citoyens à part entière de la République du Cameroun alors que tant l’article 76 (b) de la Charte des Nations Unies que la résolution 1608 du 21 avril 1961 votée par l’ONU en faisaient un peuple indépendant et souverain ?

Monsieur Maurice Kamto, auriez-vous eu l’opportunité de prôner cette unité à tout prix si le 16 octobre 1959, l’Assemblée Générale des Nations Unies avait entériné le choix effectué à 67% par le peuple du Southern Cameroons lors de la conférence pré-plébiscite de Mamfe du 10 au 11 août 1959 de ne subir que deux options de plébiscite : l’intégration au Nigéria ou l’indépendance totale ? Savez-vous que c’est de manière opportuniste que le rattachement au Cameroun a été introduit lors de l’AG de l’ONU du 16 octobre 1959 pour remplacer l’option de l’indépendance totale, l’Angleterre ayant estimé de manière fallacieuse que « le Southern Cameroons n’était pas économiquement viable pour être totalement indépendant » ?

Attention à ne pas commettre les mêmes erreurs que les précédents régimes que vous avez combattus et que vous combattez en voulant effacer d’un coup de gomme l’histoire de tout un peuple. Attention à ces générations entières sacrifiées sur l’autel des intérêts de l’impérialisme français, de peur de traîner éternellement cette bombe socio-politique qu’est le problème anglophone tel un boulet. Votre intégrité et votre virginité politique sont en jeu.

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