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Opinions of Tuesday, 6 July 2021

Auteur: Roland Tsapi

Covidgate : voici les failles de supercherie

Selon le journaliste Roland Tsapi, les cadres de l’administration publique dans leurs tentatives de camoufler les nombreuses irrégularités qui ont entaché la gestion du fonds spécial Covid-19, se sont embrouillés dans les calculs. C’est ainsi que sur certains documents, les gestionnaires, n’ont pas été en mesure d’effectuer des additions qui sont pourtant une opération simple en mathématique.


CamerounWeb vous propose la tribune de Roland Tsapi


« Je ne cesse de dire ma conviction qu’un grand destin attend le Cameroun, pourvu que chacun veuille bien assumer sa part dans le travail immense qu’il nous reste à accomplir, pourvu que chacun trouve sous l’inspiration de son patriotisme les réponses les plus justes aux questions : pourquoi sommes Camerounais, qu’est ce qui nous rend fiers de l’être, quel Cameroun voulons nous pour nos enfants ? »

Ces phrases sont du président de la république Paul Biya, qui on peut dire, reprenait ainsi avec ses mots le pasteur noir américain Martin Luther King « Si votre mission est d’être balayeur de rue, vous devez balayer les rues dans le même esprit que Michel-Ange lorsqu’il peignait ses toiles, que Beethoven lorsqu’il composait ses symphonies, que Shakespeare lorsqu’il écrivait ses drames. Vous devez balayer les rues d’une façon tellement parfaite que chaque passant puisse dire : « Ici, c’est un grand balayeur qui a travaillé ; il a bien accompli sa tâche ! » Les enfants, ou les jeunes, copient plus qu’ils n’obéissent. Autant de réflexions, de citations, d’affirmations et de conseils faites par des hommes chacun en son temps, à des époques différentes, mais tout cela dans le même objectif, d’aider les générations futures à travailler pour un monde meilleur pendant leur existence ou après eux.

Méconduite de trop

La synthèse du rapport d’audit de la Chambre des Comptes de la Cour Suprême sur les fonds covid au Cameroun, amène à se poser la question de savoir si les acteurs, les dirigeants ou ceux en charge de la gestion de la chose publique ont conscience qu’ils laissent un héritage à la postérité, que leurs agissements sont observés par la jeunesse. Il est vrai qu’ils se débrouillent par divers tripatouillages pour échapper à la vigilance de la justice, mais leurs actes laissent fatalement des marques indélébiles sur le chemin qu’ils tracent. Comme l’écrit l’évangéliste, tout ce qui est caché sera révélé au grand jour. Mais c’est comme si bon nombre de dirigeants mettaient de l’énergie pour être la honte de leurs familles, de leurs communautés, de leurs pays. Dès l’entame de ce rapport, les auteurs relèvent la manipulation des chiffres et des factures :

« la Chambre souligne que les documents comptables bruts que lui ont fournis les comptables publics sont le plus souvent entachés de graves erreurs ou approximations, qu’elle a identifiées en recoupant les informations comptables avec les documents contractuels, notamment les marchés publics, et avec les informations recueillies à l’occasion des contrôles sur place : erreur d’addition et de reporting, non prise en compte de certains marchés, non prise en compte des dépenses faites par mise à disposition de fonds etc. Les documents comptables émanant de plusieurs sources officielles sont souvent contradictoires. »

Insouciance totale

Cela semble anodin, mais il y a dans ce que relève la Chambre des détails graves, qui rendent le Cameroun ridicule à la limite. Quand elle parle d’erreur d’addition, cela veut dire en d’autres termes que les comptables publics ne sont plus capables de faire l’opération 1+1 et trouver 2. En jonglant de manière aussi élémentaire dans les chiffres, de qui se moquent en réalité les auteurs de pareils actes. Imaginent-ils un seul instant leur petite fille adossée affectueusement derrière leurs dos, regardant avec admiration comment papa ou maman travaille, et qu’elle voit comment ils sont en train d’additionner 1+1 et avoir comme résultat 8, qu’elle dise papa/mama il y a erreur, et qu’il ou elle réponde « laisse on va corriger, va te coucher », tout en sachant pertinemment que l’enfant qu’on éduque était dans le vrai ?
Que penserait cette fille, si jamais elle voyait par la suite son parent interpellé avec des menottes aux poings, parce qu’il a fait des « erreurs » de calcul, alors qu’elle-même, la fille, pouvait l’aider à le faire avec son niveau de cours élémentaire première année. Au demeurant, comment les comptables arrivent-ils aujourd’hui à faire des erreurs d’addition, alors que ces opérations sont automatiquement faites et les résultats générés par des logiciels de plus en plus sophistiqués et sécurisés, dans lesquels il suffit d’introduire les données ? Wander shall never end, dit la langue anglaise.
…pourquoi sommes Camerounais, qu’est ce qui nous rend fiers de l’être, quel Cameroun voulons-nous pour nos enfants ? » demande encore Paul Biya.

Il s’adresse en premier à ceux à qui il a confié des charges, la gestion de la chose publique. Et les réponses à ces questions ne se trouvent pas dans la répétition à longueur de journée et de discours du nom du président, affublé de tous les superlatifs. Il ne s’agit pas non plus de le remercier à tout bout de chemin et prétendre même agir sur ses très hautes instructions, donnant de l’extérieur l’impression d’un loyalisme sans faille, alors que dans le fonds les agissements concourent à ternir l’image du pays. Le patriotisme ne se trouve pas dans la reprise systématique des mots « vive le Président Paul Biya » à la fin des allocutions, elle ne se trouve pas dans la grandeur de la photo du président de la république affichée dans son bureau. Le cultivateur de tomate de Foumbot n’a pas de photo du président Paul Biya dans son champ, mais il s’applique chaque jour à son travail avec assiduité, conscient de son devoir.

Martin Luther King une fois de plus, disait « Lorsque quelqu’un a découvert pourquoi il a été créé, il doit mettre tout en œuvre pour réaliser au maximum le plan du Créateur, suivant ses propres possibilités. Il doit essayer de réaliser quelque chose de façon telle que personne ne soit capable de le faire mieux que lui. Il doit le faire comme s’il s’agissait d’une mission spéciale que lui aurait confiée le Créateur, à lui personnellement, et à ce moment précis de l’histoire du monde. Personne n’est capable de réaliser quelque chose d’exceptionnel s’il n’a pas le sentiment d’avoir été appelé spécialement pour cela, en un mot, s’il n’a pas la vocation. »


L’une des phrases chocs du rapport d’audit de la Chambre des comptes est celle-ci : la gestion du fonds spécial a privilégié l’opacité. Si les gestionnaires de ce pays n’ont aucune vocation et aucun amour pour le pays, qu’ils pensent au moins à l’image qu’ils laisseront à leurs enfants ; celle d’un parent fossoyeur des biens de la république, ou celle d’un serviteur noble et loyal, qui pourra dire fièrement dans ses derniers jours : j’ai fait le bon combat, j’ai fini la course, j’ai gardé la foi…. Désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur juste juge me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition. (Bible, 2 Timothée 4, 7-8)