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Opinions of Sunday, 30 May 2021

Auteur: Roland Tsapi

Covidgate : une véritable mafia sicilienne

Une véritable mafia sicilienne Une véritable mafia sicilienne

L’éditorialiste camerounais Roland Tsapi compare l’affaire Covidgate à la mafia sicilienne. Il indique que les principaux ministres cités dans ce scandale se sont organisés pour ne rien signer. Ils ont délégué leurs compétences à certains de leurs collaborateurs qui sont aujourd’hui présentés comme les véritables auteurs des malversations financières.

Les mordus du cinéma ont connu dans les années antérieures un film intitulé Le Parrain, de son titre original en anglais The Godfather, que l’on pourrait traduire autrement « le père dieu ». Sorti en 1972, il relate une histoire centrée sur la famille Corleone, une des plus grandes familles de la mafia. Il aborde le sujet de la succession du patriarche de la famille Don Vito Corleone qu’on appelle le parrain, et l’ascension de son plus jeune fils Michael Corleone, qui initialement souhaite rester en dehors des activités criminelles de la famille. Mais à cause d’un enchaînement de circonstances tragiques, Michael finit par en devenir le membre le plus impitoyable. La construction du scénario met surtout en exergue une pratique criminelle très étudiée, qui a l’avantage d’être en même temps efficace et transparente. Les crimes sont systématiquement perpétrés sur les ordres d’un chef qu’on ne voit jamais et que tout le monde redoute, ce qui donne du fil à retordre à la police qui se contente le plus souvent d’arrêter les exécutants. Par exemple, à la mort du père, le fils qui reprend en main les affaires reste fidèle à la technique. Pour garder le contrôle des affaires, il commandite l’assassinat des chefs des autres familles de New York et de Las Vegas. Tous ces meurtres sont commis pendant qu’il assiste à une cérémonie de baptême. En 1990, ce film a été sélectionné par le National film registry des Etats unis pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès pour son « importance culturelle, historique ou esthétique »

La main invisible

L’affaire du Covidgate au Cameroun rappelle ce film dans son déroulé tel que révélé par le rapport 2020 de la Chambre des Comptes de la Cour suprême, à la différence que la version camerounaise s’est jouée avec plusieurs parrains, chacun dans son domaine de compétence. En rappel, les anomalies relevés par ce rapport, qui ne concerne que deux ministères, celui de la Santé publique et celui de la Recherche scientifique et de l’innovation, sont de plusieurs ordres : le dépassement des lignes budgétaires, l’absence de la détermination préalable des besoins à satisfaire, la non détermination des dates de début des travaux, des contrats sans liasse de pièces justificatives, des procès-verbaux de réception signés avant la fin des travaux et l’absence de garanties, l’absence d’une convention de mise à disposition de l’ancien bâtiment Orca à Yaoundé au ministère de la Santé par le propriétaire de ladite structure, des irrégularités dans la composition des commissions de réceptions, les commandes en trop et les doubles paiements, les surfacturations et les défauts de conformité des prestations, les absences des procès-verbaux, la gestion opaque des stocks de médicaments, la non tenue des documents de comptabilité matière.
Tous ces faits étaient bien pensés, structurés et mis en œuvre par des groupes de personnes qui de manière analogique fonctionnent comme les familles de la mafia avec des crimes organisés. Chaque famille ayant un chef ou le parrain, ou ces chefs de départements ministériels concernés par le rapport 2020.


Au ministère de la Santé comme au ministère de la Recherche scientifique, les ministres s’étaient arrangés à ne rien signer, ou presque. Manaouda Malachi avait mis en place un groupe de travail chargé d’étudier les offres, et à sa tête il avait désigné celui qui devait porter le chapeau. Au ministère de la Recherche scientifique, Madeleine Tchuenté avait presque tout délégué aux structures sous tutelle, comme l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales. Et pendant que ces structures opéraient des trafics de toute nature sur les Fonds Covid, les deux ministres s’occupaient à autre chose, présidaient des réunions ou assistaient à des cérémonies comme s’ils n’étaient au courant de rien, exactement comme Michael Corleone dans le film le Parrain, qui assistait à une cérémonie de baptême pendant que ses hommes de mains exécutaient à sa demande les chefs des autres familles de la mafia.

Généralisation

La situation ne devait pas être très différente dans les autres ministères, mais le rapport indique « l’indisponibilité des informations à jour à la fin de la période sous revue ne permet pas à la juridiction financière de dégager une situation exhaustive, non seulement sur les obligations relatives à la désignation du point focal et du chargé des opérations de comptabilité matières, ainsi qu’à la production des rapports d’activités, mais également sur la situation réelle des engagement des dépenses effectuées au 31 décembre 2020. » Comme pour dire que beaucoup de révélations restent à être faites concernant les 19 ministères en plus des ministères de la Santé et de la Recherche scientifique qui ont fourni des informations lors de l’enquête, car comme précise le rapport, « le ministère de l’Education de base et le ministère de l’Elévage, des pêches et des industries animales n’ont pas répondu aux demandes de la Chambre, alors que le ministère de l’Administration territoriale s’est contenté de relever que son département ayant totalement réalisé les actions qui lui incombaient dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, il avait retourné au ministère des Finances les fonds du cas covid 19 correspondants pour être redéployés. Cependant, le Minat n’a pas fourni à la chambre les détails sur les actions et les crédits concernés. »

En tout état de cause, les fonds Covid ont permis à l’administration camerounaise de démontrer une fois de plus sa capacité à se transformer en un réseau tentaculaire, capable d’opérer de sang-froid, parce qu’on s’est aménagé des positions d’autorité. Mais le pouvoir corrompt, et c’est ce que retient comme l’une des leçons du film le parrain un critique d’art dans le site internet booska-p.com, en expliquant : « Tout comme son père qui pour s’extirper sa condition sociale s’est autorisé tous les écarts (intimidation, racket, meurtre…) jusqu’à devenir l’incarnation du mal absolu, Michael Corleone dérive de la même manière à compter du jour où il prend les rênes de la Famille. Le jeune homme idéaliste qu’il était à ses débuts se mue en effet au fil des événements en être arrogant et calculateur qui sous couvert d’une rationalisation de façade selon lequel le crime est une activité comme une autre, les autorités sont tout aussi corrompues, ne vit que pour assouvir ses ambitions, quitte à sacrifier en chemin celles et ceux qu’il souhaitait initialement protéger (sa femme, ses enfants, son frère…). »

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