Vous-êtes ici: AccueilWallOpinionsArticles2019 02 09Article 455924

Opinions of Saturday, 9 February 2019

Journaliste: Will Foss

Combat politique: les vérités de Kamto résumées dans un livre

Publié en 1993, cet essai philosophico-politique conserve toute sa valeur. On peut si l’on veut, questionner et condamner l’acerbe et objectif Maurice Kamto, pour avoir siégé au gouvernement dont il a combattu l’irrationalité dans ses écrits. On pourrait, si l’on souhaite, s’interroger sur sa vraie ou fausse appartenance au sérail du Cameroun. Au terme de cet exercice de fouine inutile, il va rester une constance. Le message de son essai politico-philosophique, « L’Urgence de la pensée » garde toute sa validité

Réflexion à une précondition du développement en Afrique.

Quelques extraits:

« Le plus dur reste à faire: prendre toutes ces bastilles qui peuplent nos têtes, car nous n’avons cessé d’être les fossoyeurs de nos propres espérances. Ce qui désespère, c’est l’inconsistance de nos convictions démocratiques, c’est la légèreté de notre engagement pour la cause de la démocratie, c’est cet attentisme calculateur de quelques-uns, ce ponce-pilatisme paresseux et révoltant de quelques autres. Ce qu’il faut vaincre, c’est la peur, c’est cette incroyable torpeur qui en chacun de nous fait barrage à la démocratie. Ce qui urge, c’est le démantèlement des structures mentales de la résignation.
Nous avons vécu dans le mensonge et la fourberie: nous avons menti pour survivre, pour nous enrichir, pour conquérir une position de pouvoir, pour régner, même sur des cimetières. Nous avons besoin d’une dépollution des esprits, d’une purification morale. Nos âmes transies de mensonge et figées dans la peur de tout et de rien doivent ressusciter. Sinon il n’y aura pas de démocratie.»

Bien pensée en afrique c'est savoir couler ses élucubrations dans le moule du discours officiel." p.14

"notre plus grand triomphe est d'avoir su bâtir une civilisation de l'immédiat et du provisoire." p.15

"Comment expliquer que tant d'aides déversées sur nos terre depuis une trentaine d'années n'aient pu servir d'humus à notre développement?" p.15

- En définitif, la survie d'une civilisation dépend... de sa capacité à se renouveler par la pensée.
?- La pensée est, partout et toujours, le moteur de la dialectique sociale, ainsi que le levier et le levain de la démocratie.
?
LIRE AUSSI: Arrestation de Kamto: voici les 'puissances' derrière le leader du MRC

?"Tout progrès commence par une abolition, toute réforme s'appuie sur la dénonciation d'un abus, toute idée nouvelle repose sur l'insuffisance démontreée de l'ancienne." - Pierre Joseph Proudhon

.... Je prétends des lors que le désert de la pensée qui gagne l’Afrique singulierement depuis les indépendances, est la cause essentielle de la déliquescence de ses cultures, de la ruine de ses civilisations, de son enlisement matériel. Plus qu’une urgence d’aide financière, il y a, pour ce continent sinistre, urgence de pensée, par ce quelle seule peut accomplir l’indispensable révolution des esprits et libérer le génie embastillé de nos peuples. (p.18)

… La prouesse prodigieuse de l’état africain postcolonial, c’est d’avoir pu faire regretter la période coloniale. Tragique performance qui nous réduit à rêver nostalgiquement d’une ère que nous vomissions hier a pleine gorge.
Sais-t-on le prix des colères contenues, des cris ravalées, et des humiliations tués? Sait-on ce qu’il en coute d’assister au spectacle poignant de l’effondrement de son pays sans pouvoir susurrer même ce que l’on en pense.
"Si la réligion est, comme l'a prétendu Marx, l'opium du peuple, alors le parti unique est la cocaine des nations. Avec la particularité qu'il tue sans overdose." p.25

- Victime de a bêtise... le peuple ...se grise de la drogue dure des slogans politiques, il se nourrit des mots.

On ne peut avoir une saisie parfaite de la capacité destructrice de tels régimes, du tort qu’ils ont faits à l’intelligence, des dommages qu’ils ont causes à la pensée. 25
?

Il faut s’abstenir au nom d’une morale de la nécessité, comme s’il y avait plus nécessaire a l’existence que la pensée. 29

Ce qui heurte en Afrique ce n’est pas le tiraillement de l’intellectuel entre le travail de l’esprit et l’attention qu’il porte a sa condition existentielle ; ce n’est pas l’affrontement entre le générique et le génétique. C’est le parti pris (définitif ?) pour la quotidienneté ; c’est le triomphe (irréversible ?) du sens de l’esprit ; c’est l’absence de mise en perspective. Si nous en avions je dirais que nous ne vivons que de pain. Mais en fait nous ne vivons de rien. Nous vivons de manque et nous rêvons (tous ?) d’avoir le plus possible. Toujours plus et a n’importe quel prix. 32
?

Mais Socrate nous met en garde : « Je vous dis que ce n’est pas de la fortune que nait le vrai mérite, mais que c’est le vrai mérite qui fait bonnes les fortunes. »32

Penser et Dire (p.36)

- La parole est manifestation de la pensée.

- La parole a une fonction de déchaînement

LIRE AUSSI: Sérail: elle est placée en détention pour avoir refusé de 'mentir' sur Kamto

- Par elle la pensée est publicitaire et libératrice…

- A travers la parole la pensée noue l’existence a l’essence.37

- Elle nous délivre de nous même et de la dictature de l’Autre

- Elle nous délivre du silence, parce que le silence est carcérale et mortifère, vecteur de la mort lente de l’homme en désespoir et ne pouvoir dire.

La rationalité de la pensée doit se prolonge par la passion de la volonté. 45

"Il n y a pas de précédent historique d'une bureaucracie aussi antinationale, aussi cynique, aussi indifférente à la misère, qu'elle a fait germer alentour"
- Nos héros des indépendances et nos martyrs de la liberté et de la démocratie hantent nos nuits blanches et demandent justice à l'histoire.

- Perdre le sens du vrai au profit de l'illusion permanente. ?

L’erreur fatale des dirigeants de nos sociétés transitionnelles, c’est de croire que l’action doit emporter sur la réflexion… or, si l’action est, comme‘on dit, accoucheuse d’histoire, elle ne l’est que dans l’exacte mesure ou elle est pensée, sinon elle reste un fait divers. Elle ne saurait s’exécuter efficacement dans l’aveuglement de la nuit de l’esprit.45

Et voici qu’au complexe de la race s’ajoute le complexe de l’abandon, révélateur affligeante du stigmate la plus terrible et le plus durable de la colonisation : L’Infantilisation, d’un père tutélaire qui veille, régente, apprécie, note, mais qui rassure par ce qu’il secoure…

La Démocratie: prostituée des temps modernes... dévoyée, malmenée , violée sans remords... dans la plupart des pays, on emprisonne, on bannit, on tue en son nom.
... elle est sursaut du pluriel contre l'irresistible tentation de l'un.
Le Débat: Considérer les idées d'en face et les nôtres comme des vues relatives et partielles.
...Etre démocrate en définitive, c'est ... non seulement accepter les opinions divergentes, mais admettre que ce sont peut-etre vos adversaires qui ont raison.
- Les parties prenantes au pillage de la nation , pensent : "que vienne l'Apocalypse plutôt que de perdre le pouvoir" ?

"Le plus dur reste à faire : prendre toutes ces Bastilles qui peuplent nos têtes, car nous n'avons cessé d'être les fossoyeurs de nos propres espérances.
Ce qui désespère c'est L'inconsistance de nos convictions démocratiques, la légèreté de notre engagement pour la cause de la démocratie.
Cet attentisme calculateur de quelques uns.
Ce ponce-pilatisme paresseux et révoltant de quelques autres.
Ce qui faut vaincre c'est La peur, c’est cette incroyable torpeur, qui en chacun de nous fait barrage a la démocratie.

LIRE AUSSI: Affaire Jean Momo: le DG de la CRTV convoqué au CNC

Ce qui urge c'est Le démentellement des structures mentales de résignation... "de démonter un à un ... les mécanismes subtils de psychologie collective par lesquels tout un peuple intériorise progressivement les valeurs mêmes qui l'oppriment." - Paulin J. Houtondji

Nous avons besoin d'une dépollution des esprits, d'une purification morale.

Il y a urgence de la pensée par ce que rien n'est encore pensée, alors que tout est à penser.

Ouvrage à lire absolument, publié aux éditions Mandara en 1993, cet ouvrage de 209 pages du Professeur Maurice Kamto demeure actuel.