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Opinions of Thursday, 10 January 2019

Journaliste: Jean-Collins OYONO-ENGUELE

Cinglante lettre ouverte à Charlemagne Messanga Nyamding

Professeur,

Afin que je ne paraisse pas vouloir vous intimider par ma lettre, je commence par vous dire toute la fascination que votre prénom, à la résonnance historique, n’a cessé d’exercer, au fil des siècles, sur tous ceux qui, comme moi, sont très honorés de faire partie du monde des lettrés, des érudits et des savants. Professeur, la seule évocation de votre prénom ne rappelle-t-elle pas, à notre souvenir, la splendeur du règne de ce preux chevalier qui, en l’an 800 de notre ère, fut consacré Empereur d’Occident, par le Pape LEON III ? Toujours est-il que c’est CHARLEMAGNE, ce personnage de légende, qui, au pinacle de sa puissance, fonda la dynastie des Carolingiens et qui, divinement inspiré, inventa l’école dont les vertus, chaque jour qui passe, nous transportent sur les ailes de la connaissance. Et le Prophète OSEE d’insister : « Mon peuple périt faute de connaissance ».

Professeur, du remaniement ministériel du 4 Janvier dernier, les Camerounais retiendront sans doute une image : celle d’un régime inamovible soudé autour de son capitaine. Mais, ce qui reste incertain, pour l’avenir, c’est la façon dont sera interprétée cette image par les cocus du biyaisme dont vous êtes, à coup sûr, le plus meurtri, en ce moment. Cette image sera-t-elle le symbole d’une exemplarité gouvernementale ou, au contraire, le cliché d’une harmonie de façade, avant que le Cameroun ne bascule définitivement dans l’opposition, au cours des prochaines élections législatives et municipales ?

Professeur, vous voudriez bien me concéder ma frayeur, car, chacun de nous se ressent toujours de ses origines et de son passé. Plus concrètement, je suis né, 3 jours exactement, après le début, le 5 Janvier 1968, du Printemps de Prague, Cette année-là, la France, de son côté, fut, tour à tour, brûlée, saccagée et ravagée par la fureur volcanique des « Soixante-huitards ». Ce n’est pas Daniel COHN-BENDIT, l’une des figures emblématique de cette terrifiante déflagration, qui me dira le contraire. Comme quoi, la personnalité d’un homme aux idées audacieuses et au tempérament progressiste, ce précieux trésor qui me vaut une jalousie admirative, est l’image crachée de la toute première année de mon existence.

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Professeur, vous avez longuement disserté sur les causes endogènes et exogènes qui ont déclenché et amplifié la vague des contestations qui, dans les années 1990, ont ébranlé, voire, sapé les fondements du régime de Paul BIYA enfermé, jusque-là, dans la certitude d’œuvrer pour le bien-être des Camerounais. Professeur, vous avez tout dit sur les bouleversements de l’environnement international provoqués par l’implosion de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques et l’effondrement du communisme en Europe Centrale et Orientale. L’impétueux vent de l’Est, conjugué aux effets dévastateurs de la crise économique et de la thérapeutique de choc imposée par les institutions financières internationales, a incontestablement fragilisé le pouvoir de Paul BIYA dont les assises ont toujours reposé, au grand dam des populations, sur une redistribution sociale dominée par les prébendes, la corruption endémique et l’enrichissement illicite. Ayant perdu les moyens qui lui permettaient de financer les opérations d’achat des consciences et les actes d’allégeance, Paul BIYA, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, dut se résigner, par nécessité, au pluralisme politique. Toutefois, pour autant, je ne peux m’empêcher d’expliquer vos sempiternels atermoiements par cette pathétique relation, tout aussi sentimentale que politique, que vous avez choisie d’entretenir de manière unilatérale avec un Paul BIYA qui, pourtant, vous regarde avec une moue dédaigneuse.
Professeur, il y’a des jours où j’ai le cafard à force de me demander comment une tête couronnée comme vous peut se donner tant de mal, pendant autant d’années, dans l’espoir d’un utopique strapontin. Professeur, à votre avis, Paul BIYA considère-t-il vos diverses thèses sur le biyaisme comme des coups de génie ou plutôt comme des divagations d’un schizophrène ? Professeur, jusques à quand continuerez-vous à vous masturber avec votre intelligence, dans la seule intention de devenir l’esclave de celui-là qui est déjà esclave de ses propres obsessions ?

Jusques à quand continuerez-vous à grimacer, sur les plateaux de télévision, dans l’unique but de servir de paillasson à celui-là qui n’est que l’otage de ses propres fantasmes ? Professeur, ne vous sentez-vous pas personnellement tancé par ce passage des Saintes Ecritures : « Je détruirai la sagesse des sages, et je rendrai nulle l’intelligence des intelligents » ? Professeur, Maître Jean de Dieu MOMO, votre co-panéliste, à l’émission DUNAMIS F.M 98.0, pendant la campagne relative à la dernière présidentielle, vient miraculeusement de toucher le Saint Graal, alors même que tous les autres Trissotins du G20 broient du noir. Vous conviendrez, avec moi, que le prénom de cet Avocat, qui transporte les Camerounais du fantastique au sublime, est un savant mélange de surréalisme et de merveilleux. Autant dire, coup d’essai, coup de maître.

Professeur, je m’imagine aisément que Mathias OWONA NGUINI, le prophète inspiré du mimétisme, doit être blême de colère, après l’omission de son nom de la liste de ce gouvernement dont il avait tant rêvé. Professeur avez-vous des nouvelles de Célestin BEDZIGUI, ce margoulin ? Où sont passés Joseph OWONA, NTOUDA EBODE et Manassé ABOYA ENDONG qui, tels des chiens enragés, se sont rués sur leur proie, Maurice KAMTO? Professeur, où sont tous vos confrères qui, piqués par le virus de l’opportunisme, n’ont eu de cesse de soutenir des thèses d’Agrégation sur l’angélisme de Paul BIYA ? DIEU n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse de ces traîtres de la patrie ? Toujours est-il que Maître Jean de Dieu MOMO promène, aujourd’hui, un regard narquois sur vos torchons de Doctorats comme ce fut autrefois le cas de notre Seigneur JESUS-CHRIST sur le grand Docteur de la loi NICODEME.

Professeur, parce que je suis originaire du Dja-et-Lobo, ce département qui concentre les plus grosses fortunes extorquées à l’Etat, par la ruse, permettez-moi, une fois pour toutes, de vous dire mes quatre vérités : le biyaisme n’a rien de démocratique. Le biyaisme n’a rien de rationnel. Le biyaisme n’a rien d’humain. Le biyaisme est, ni plus ni moins, qu’un enchevêtrement de scandales et de crimes contre l’humanité. Le renouveau est la parfaite illustration d’un régime carnassier, assassin et meurtrier. Paul BIYA, lui-même, n’est rien moins que l’incarnation d’une malédiction primitive enracinée dans la nuit des temps. N’en déplaise à tous ces ignares qui feignent d’être émerveillés par la mégalomanie d’un dictateur.

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Il était une fois, sur les rives de l’Oubangui, un chef d’Etat qui rêvait du statut impérial. Le 4 Décembre 1977, avec l’approbation complaisante de la France, Jean-Bedel BOKASSA décide de faire de son rêve une réalité, en s’autoproclamant « Empereur de Centrafrique ». Coïncidence étrange, ce jour-là Chantal VIGOUROUX, née le 4 Décembre 1970, célèbre le premier septennat de sa vie.

La cérémonie, d’un faste grotesque, tente risiblement de correspondre au sacre de Napoléon 1er. Et ce jusque dans les symboles : tenue, couronne, sceptre, trône qui sont confectionnés par les artisans français mis à la disposition du despote. Qu’importe si tout cela a coûté près de 100 millions de francs français de l’époque (15 millions d’Euros), sa majesté impériale ne regarde pas à la dépense.
BOKASSA était pourtant considéré comme un homme du peuple, à son accession au pouvoir, par un coup d’Etat, en 1965. Ancien Officier Supérieur de l’armée française, décoré de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre, pour ses faits d’armes, durant la Seconde Guerre Mondiale, celle d’Indochine et d’Algérie, BOKASSA se veut réformateur. Mais, en 1979, le dictateur brutal envers son peuple, devient aussi impitoyable qu’impopulaire, par ses tortures et ses exécutions. Cette année-là, il fait réprimer, dans le sang, une simple manifestation de Lycéens. On l’accusera même d’anthropophagie, à cette occasion, réputation tenace qui lui vaudra le sobriquet « d’Ogre de Berengo ». C’est la répression de trop. Le 21 Septembre de cette année-là, alors qu’il se trouve en visite, en Libye, BOKASSA est renversé par les services secrets français, lors de l’opération « Barracuda ». A sa place, on installe son prédécesseur et cousin, David DACKO, qui rétablit la République.

« Seul BOKASSA a tué ? Les autres n’ont-ils pas tué ? Non vraiment, il faut être juste… On m’a présenté comme un monstre, en inventant cette histoire de cannibalisme, parce qu’on voulait ma peau. C’est cela la vérité », dira plus tard, en guise de défense, BOKASSA déchu. A bon entendeur salut !

Professeur, le procès en diffamation, qui vous oppose au Pr. Maurice KAMTO, s’ouvre aujourd’hui, 8 Janvier, jour de mon anniversaire. J’ose espérer que vous serez à même de produire les preuves à l’appui de vos diverses allégations. A quoi vous aura donc servi de construire votre mythe sur d’aussi grossières calomnies, juste pour vous attirer les faveurs de Paul BIYA qui, n’a d’yeux que pour Maître Jean de Dieu MOMO ? Quoi qu’il en soit, François RABELAIS disait : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Yaoundé, le 8 Janvier 2019

Jean-Collins OYONO-ENGUELE

Président de la Renaissance Pour le Développement du Cameroun /Tél : 656 64 65 32