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Opinions of Sunday, 24 May 2020

Journaliste: Joselin Paulin Ouambo

Cameroun : on ne naît pas tribaliste on le devient !


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À l’entame de ce texte, il me convient de dire que cette réflexion m’a été inspiré suite à un évènement malheureux ou j’ai été personnellement victime d’acte de tribalisme et ceci venant d’une personne insoupçonnée. Voici très brièvement l’histoire :

Il y a de cela 3 mois, je suis allé rendre visite à un ami chez lui, arrivé à son domicile, j’ai trouvé uniquement sa copine mon ami s’était absenté ; le premier contact avec la maitresse des lieux a été très froid elle n’a pas daigné répondre ni à ma salutation ni à aucune de mes questions à vrai dire elle n’a même pas prêté attention à ma personne. Ne comprenant pas ce qui pouvait justifier pareil comportement je me suis juste mis à l’égard le temps d’appeler mon ami pour lui signifier mon mécontentement.

Par la suite mon ami m’a demandé de laisser cette histoire disait-il la fille était de mauvaise humeur, j’ai donc passé l’éponge mais après m’être promis à moi-même de ne plus jamais avoir à faire à ladite fille.

Cette histoire semblait terminée jusqu’à ce qu’il y a une semaine ce même ami me fait une confession comme quoi sa relation avec la fille battait de l’aile et l’épineux problème qui était en train vraisemblablement de détruire leur couple était que cette dernière est tribaliste.

Cette confession venait enfin répondre à une multitude de question que je m’étais posé notamment pourquoi avait-elle manifesté autant d’animosité à ma personne ! pourtant on ne se connaissait pas, on ne s’était jamais vu avant ? mais paraît-il qu’après que je me sois présenté et à l’intonation de ma voix, la bonne dame avait imaginé toute suite mon appartenance sociologique.

Dans ce cas spécifique ce qui me gêne le plus n’est pas tant le fait qu’elle soit tribaliste mais plutôt de qui ce sentiment provenait. Elle avait déconstruit une certitude que j’avais depuis toujours : « les tribalistes sont des personnes peu instruites et peu cultivées ». Cette jeune dame d’une vingtaine d’années, mère d’une jolie petite fille, sur le plan professionnel semble épanouit car avocate exerçant dans son propre cabinet et inscrite au barreau du Cameroun. Voulant pousser ma curiosité jusqu’au bout, mon ami me dit que la fille nourrit une haine atroce contre le père de son enfant qui semble-t-il serait du même groupe ethnique que moi pour des raisons que lui-même ignore. Voilà donc la source de mon malheur, j’ai payé le prix pour une probable faute qu’un supposé ressortissant de mon groupe ethnique aurait posée.

Je profite donc de cette petite mésaventure pour donner mon avis global sur la question !

Tribu et tribalisme

Georges Montandon, médecin et membre de la société d’anthropologie française auteur en 1935 d’un célèbre ouvrage intitulé, l’ethnie française définissait la tribu en tant que groupe social, comme un regroupement naturel comprenant la totalité des caractéristiques humaines. La tribu est avant tout une entité culturelle et sociale qui permet l’identification d’un peuple. L’instrumentalisation de la tribu en Afrique généralement à des fins hégémoniques, de positionnement individuel et de conquête du pouvoir étatique a fait naitre l’un des plus violents maux qui minent le continent et constitue un frein considérable dans sa longue marche vers la consolidation de son vivre ensemble : le tribalisme !

Le tribalisme, ce sentiment d’appartenance à une tribu c’est-à-dire à un groupe sociologique humain ayant en partage une même culture fondée essentiellement sur la langue est un phénomène culturel ancien. Il traduit en chaque homme la conscience de l’identité qu’il porte et des devoirs culturels et moraux liés à cette identité. L’usage du terme tribalisme est très largement péjoratif, la sémantique qui lui est le plus souvent associé est négative, dépréciative et réductrice.

Dans le présent article, je vais élaborer une argumentation sur le socle de cette pensée de Spinoza mentionnée au premier chapitre de son traité politique « je me suis soigneusement abstenu de tourner en dérision les actions humaines, de les prendre en pitié ou en haine : je n’ai voulu que les comprendre ».

Depuis toujours je me suis abstenu de porter un jugement critique sur ce phénomène qui commence à prendre une tournure démesurée dans notre société du fait que les défis qui interpellent le continent noir sont tellement énormes qu’en ce 21e siècle prendre du temps pour épiloguer sur la question du rejet de l’autre sur le simple motif qu’il serait d’une autre tribu me paraissait une véritable perte de temps. Mais seulement, au moment où ce phénomène prend de plus en plus d’ampleur nous nous voyons dans l’obligation d’essayer de comprendre les tenants et les aboutissants et surtout de tirer la sonnette d’alarme afin que la ligne rouge ne soit pas franchie.

Le tribalisme primaire !



Tout part de la maison base de socialisation, en Afrique ou au Cameroun en particulier le tribalisme commence le plus souvent dans les familles. Il est fréquent que des ainés et parents désapprouvent l’union de leur progéniture à un tiers avec pour seul motif que l’autre partie serait d’un groupe ethnique différent du leur. Les stéréotypes sur une ethnie par rapport à une autre sont monnaies courantes « pour ne pas blesser la sensibilité des uns et des autres nous n’allons pas en citer ici ». Ses considérations dévalorisantes sur la personne ressortissante d’une autre ethnie ont pour conséquence l’accentuation du repli identitaire. Mais seulement, il serait important de noter ici que tout ceci a toujours existé sans jamais réduire à néant les mariages inter-ethniques ou alors les amitiés entre personnes ne bénéficiant pas d’une certaine proximité sociologique.

En plus faut noter que le tribalisme n’existe pas seulement entre personne de catégorie sociologique différente suivant le découpage fait par le colon pendant la période d’occupation, J’ai grandi dans un quartier de Douala 3e qui regroupait dans son immense majorité les ressortissants d’une même ethnie pourtant cela n’empêchait pas que les parents nous disent toujours : « ne marche pas avec tel ou tel car il n’est pas du même village que toi ». Tout ceci me fait dire comme A.CH.TAYLOR, in dictionnaire d’anthropologie et D’ethnologie que « L’ethnie est un objet de manipulation ».

Les principales causes du tribalisme au Cameroun

Ce fléau semble être alimenté par plusieurs facteurs entre autres :

- L’instrumentalisation des tribus à des fins de conquête de pouvoir

- Le manque d’éducation de la masse

- Le besoin d’affirmer l’hégémonie de son groupe d’appartenance

- L’intolérance

- Un ethnocentrisme mal placé

Le lien social est prioritaire !

Adopter une ou plusieurs langues Camerounaises qui seront enseignées dès le plus bas âge est en mon sens le meilleur moyen de prôner le nationalisme et par ricochet lutter contre le tribalisme, le penseur Français Albert Camus disait : « j’ai une patrie, c’est la langue française » en parlant de cette langue comme vecteur du lien social en France ; comme Camerounais, j’irai dans le même sens en disant : « j’ai une patrie ce sont les langues Camerounaises ». Ces langues vectrices culturelles et porteuses d’idéal seront en somme notre patrimoine commun.

Les médias ont un rôle capital à jouer dans la conscientisation des populations en ce qui concerne le changement de mentalité sur la question du tribalisme, cette phrase prend tout son sens dans un contexte ou en longueur de journée des personnes nourrit d’une haine viscérale vis-à-vis d’autres groupe ethnique sont sans gêne invités sur des plateaux de télévision et radio pour débiter des âneries sans curieusement être inquiétés pourtant depuis le 29 Novembre 2019, le projet de loi qui sanctionne les discours haineux et les actes de tribalisme a été adopté à l’assemblée nationale.

En guise de conclusion, il me convient de rappeler les drames comme ceux du Rwanda, du Congo Brazzaville, des Grands Lacs, de Côte d’Ivoire… pour interpeler la conscience collective et mettre chacun devant ses responsabilités. Les défis qui interpellent le peuple Camerounais dans son entièreté sont tellement grands (accessibilité à l’eau potable, aux soins de santé digne, formation de la jeunesse, lutte contre la corruption, bonne gouvernance …) que nous ne pouvons-nous permettre dans l’espace public un discours qui serait de nature à compromettre la cohésion sociale, le vivre ensemble et la sécurité de notre peuple.

Est-ce que si l’autre en tant que moi qui n’est pas moi pour reprendre l’expression de Martin Heiddeger, n’est pas de mon ethnie ou ma tribu constitue une raison valable pour le détruire ?

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