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Opinions of Wednesday, 22 April 2020

Journaliste: Christian Ntimbane Bomo

Cameroun : lettre d’un avocat condamné par le régime Biya

LETTRE OUVERTE À MA FAMILLE
J’ai préféré vous écrire cette lettre ouverte pour parler aussi aux familles des autres défenseurs et combattants de la liberté et de la démocratie originaires de notre pays et peut-être d’Afrique.
Chers membres de ma famille,
Vous êtes en ce moment très, je dis, très préoccupés, voire inquiets non seulement pour ma vie, mais aussi pour les vôtres, du fait de mon engagement public à critiquer et à dénoncer les actes de mauvaise gouvernance, antidémocratiques et liberticides dans notre pays.


Vous tenez des conseils de famille, vous vous concertez pour trouver le mot ou l’angle juste pour me parler directement ou indirectement à travers des personnes pour lesquelles, vous savez que j’ai grande écoute .
Tout simplement parce que vous voulez que j’abandonne ce combat que vous trouvez à juste titre très risqué face à un pouvoir qui considère la critique du management de son leader comme une atteinte à sa vie.

Certains d’entre vous, militants du parti au pouvoir le Rdpc dans lequel vous êtes très actifs, m’évitent de plus en plus. Je vous comprends et ne vous en veux pas.
Dans mon village et dans mon département d’origine qui est celui d’origine du Chef de l’Etat, je suis devenu pour plusieurs un paria, surtout parce qu’ils ont peur de montrer quelques accointances avec moi.
Ma maman dépassée est même souvent interpellée par des individus qui lui en- joignent subtilement d’exiger mon silence :” Dis à ton fils de faire très attention”


À toi chère maman , je veux ici dire que ton fils a choisi le chemin de non retour : celui du sacrifice pour les autres.
Chers membres de ma famille
Peut- être qu’ils vous frapperont à cause de moi.
J’en suis bien conscient et j’en mesure le risque.
On pourrait légitimement dire que je mets les vies d’autrui en danger.
Vous êtes vraiment en danger à cause de moi.
Les pontes, agents et autres profiteurs du pouvoir sont prêts à tuer à cause de toutes les critiques qui menacent leurs avantages materiels. Pour les richesses, ils peuvent tuer.


C’est dans un tel contexte que le sacrifice pour la cause juste et pour les autres devra prendre tout son sens.
Notre maître spirituel dans la foi, Christ fut aussi confronté à cette nomenklatura de pharisiens , jalouse de ses avantages.
Mais tellement déterminé dans sa vision , il tiendra grâce à cette parole :
” Il n’ y a pas plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime”
Cette parole si vraie, devra aussi vous réconforter.
Car nous aussi, nous devons ce Cameroun “indépendant” dans lequel nous vivons au sacrifice des autres.


Des centaines de milliers d’enfants du Cameroun, pour la plupart trentenaire ont accepté de couler de leur sang et perdre leur vie parce qu’ils avaient décidé de combattre l’oppression coloniale et post coloniale de l’époque allemande, française et anglaise.


Des familles entières ont été décimées, tout perdu et comble de l’ingratitude, nous qui profitons de leur lutte ne sommes même pas reconnaissants.
Qui se soucie aujourd’hui de leurs descendance en leur disant simplement : Merci. Personne.
N’a t-on pas vu la pauvre veuve de Roland Moumié ou la fille d’ Ernest Ouandie finir dans la désespérance totale comme le vit en ce moment la veuve de Ruben Um Nyobe?
Quid des descendants de ces multiples autres anonymes, mais farouches combattants de notre liberté ?


Je suis bien évidemment conscient que la patrie camerounaise pourrait ne pas aussi être reconnaissante , mais le désir de liberté qui a animé ceux qui luttaient pour l’avoir, dépassait toutes sortes de reconnaissance.
Il ne s’imaginait plus vivre dans la domination.
Comme eux j’ai décidé de mener ma petite part de combat, fut-il minime.
Je suis las de vivre et de voir l’esclavage et la colonisation perdurer en Afrique et particulièrement au Cameroun.
Après de nombreuses lectures et observations, j’ai compris que j’étais encore esclave et colonisé.


Nous ne sommes pas encore libres.
La traite négriere et la colonisation avaient tout au moins l’avantage de la sincérité, on les voyaient se mouvoir .
L’ esclavage et la colonisation modernes sont pernicieux.
Ils opèrent cyniquement sous les apparences d’une indépendance, mais en réalité au travers d’une transposition de la domination par l’instauration des pouvoirs africains dictatoriaux despotiques,totalitaires que les maîtres occidentaux contrôlent.
Bref par la mise en place de sous traitants africains de l’esclavage et de la colonisation.


À la tête de nos États se retrouvent donc des serviteurs des maîtres occidentaux.
Notre pays le Cameroun est dans cette tradition de présidents placés par les occidentaux, notamment les par les présidents français.
Ainsi les Présidents Ahidjo et Biya conscients qu’ils doivent leurs avènements et maintiens au pouvoir par la France, n’ont jamais eu de compte à rendre à leur peuple, mais aux chefs d’Etats français successifs.
À la suite d’élections cadenassées, ils sont adoubés par eux.
Au Cameroun par le président français dont la lettre de félicitations à l’issue des élections contestées est souvent considérée comme la sentence finale.


Dans ce schéma, le peuple qui se lève devient l’ennemi à abattre.
Il doit se taire quand on l’exploite, le brime, le torture, l’appauvrit et le tue.
Le seul combat qu’il faille dès lors mener est celui d’avoir dans notre pays un chef choisi et voté par nous-mêmes.
Notre libération passe par là.


Sans un président libre, point de libération, point de developpement.
Ce président élu par nous,n’aura uniquement de comptes qu’à rendre au peuple.
Il mesurera le sens et la portée de la souveraineté du peuple, son maître.
Ainsi il ne gouvernera et ne dirigera que selon les aspirations de notre peuple.
Quand le peuple choisit véritablement son président, il n’ y aura plus de tortures, d’abus, d’accaparement des richesses par une caste d’individus. Car le peuple sanctionnera.


Le Président qui sait qu’il doit tout au peuple, le détenteur du pouvoir absolu d’adoubemement et de destitution, sera bien obligé de travailler avec acharnement pour son pays.
Voilà in fine le sens de mon combat.
Je le redis notre libération, notre développement, la fin des misères et des chômages massifs, les meilleurs hôpitaux, les bonnes retraites,.. passeront par le choix de notre Président et autres élus à la suite des élections libres et transparentes.


Avec un président issu de la volonté populaire, le Cameroun et notre peuple connaîtront, en quelques années, un essor illuminant.
A cet effet, j’ai décidé d’être libre ou de mourir pour cette liberté.
Je refuse de finir ma vie et de laisser ma progéniture esclave.


Chère membres de ma famille,
Je n’abandonnerais pas ce combat même au prix de votre rejet comme l’ont fait de nombreuses familles à l’égard de tous leurs membres qui luttent.
La liberté, la nôtre, celle de nos enfants est digne de mort.
Mourir esclave sans avoir combattu s’accompagne de regrets éternels et du legs de l’exploitation comme heritage à nos enfants et aux générations futures.
Bien à vous
Grande estime.
Christian Ntimbane Bomo

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