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Opinions of Saturday, 5 December 2020

Auteur: Mbatchou Djumez

Cameroun : 'la grève des avocat est légitime'

« La grève engagée par le barreau camerounais est légitime. Elle est légitime pour deux raisons au moins. La première est qu’elle recueille l’accord ‘d’une majorité d’avocats constituant cette catégorie professionnelle au Cameroun. La seconde raison qui fonde cette légitimité est que l’on a quand même vu le lieu d’exercice professionnel de cette catégorie professionnelle, que constitue les tribunaux, être pris d’assaut par les forces de maintien de l’ordre (Fmo). Cette seule action, si l’on en croit les réactions des avocats, a été considérée comme une sorte de Rubicon franchie par les FMO.

Il est d’ailleurs important de relever que cette raison s’intègre dans la dynamique d’un ensemble de griefs mis en exergue par les avocats. Il faut se rappeler que les avocats n’ont de cesse de se plaindre du manque de collaboration des FMO qui, selon eux, restreignent souvent l’accès à leurs clients et l’organisation de leur défense dans les conditions optimales.

Ces raisons peuvent ainsi être mobilisées pour légitimer l’organisation de cette grève.



De ce point de vue, la grève des avocats est donc légitime. Mais elle est aussi légale parce que le droit de grève est reconnu aux différentes catégories professionnelles au Cameroun.

Il est toujours difficile de prévoir ce qui va se produire même dans un avenir proche. Toutefois, nous pensons que les changements ne peuvent être que périphériques. Ils le sont parce que le Cameroun est une société globale. Le secteur des avocats ne pourra pas connaître des conditions optimales dans une société où les autres catégories professionnelles connaissent des difficultés similaires dans leurs domaines respectifs. Au-delà des avocats, le changement optimal engage aussi une volonté politique. Cette volonté politique ne pourrait pas être engagée uniquement pour la profession d’avocat. Elle devra alors toucher toutes les autres catégories professionnelles et un changement de paradigme chez les FMO, qui sont les partenaires des avocats.

Même si l’on pouvait s’attendre à une réaction prompte du ministère de la justice, l’on sait néanmoins que l’actuel ministre, n’est pas quelqu’un qui est habitué à prendre publiquement la parole. Mais l’on devrait s’attendre au déploiement de différents mécanismes à l’effet de parvenir à la fin de cette crise dans les prochains jours.

Aussi, au-delà du coût pour les justiciables, regardons le coût pour les avocats. C’est de ce côté que se situe l’enjeu. C’est peut-être aussi dessus que joue le pouvoir. Peut-être veut-il avoir le mouvement de grève par l’usure. Il sait que cette catégorie professionnelle relève du secteur libéral ; il sait que le secteur privé au Cameroun est globalement précaire. Les avocats n’échappent pas à cette réalité. L’on a déjà constaté que des points de friction apparaissent dans le mouvement. Et l’on sait que la plupart des grèves au Cameroun s’éteignent au bout de quelques jours, tuées dans leurs élans par les divisions internes. Il y a des raisons de croire que celui des avocats sera atteint par ce même syndrome, celui de l’éphéméralité ».

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