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xxxxxxxxxxx of Thursday, 28 January 2021

Source: Jeunesse de la communauté Fali (nimango)

Cameroun : la communauté Fali (nimango) interpelle Paul Biya

“Nous, filles et fils, femmes et hommes descendants des Tinguelin, des Kangou, des Bossoum, des Boyoum et des Peské-Bori qui formons la riche, historique et résiliente communauté Fali (Nimango), concentrés dans les Départements de la Bénoué et du Mayo-Louti, Région du Nord et parsemés dans toutes les 10 Régions du Cameroun et de la diaspora, constituant un effectif de plus de 800.000 âmes, et réunis au sein de l’Association des Fali (ASFA);
Après avoir constaté avec désarroi la déperdition de nos valeurs, de nos traditions et de notre identité ancestrales dans la Région du Nord;
Après avoir mesuré l’importance de revenir à la lettre et à l’esprit de la Constitution de la République du Cameroun qui dispose dans son Préambule que : « l'État assure la protection des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi ». Disposition de la loi fondamentale Camerounaise, renforcée par l’article 2 qui dispose que la République du Cameroun « reconnaît et protège les valeurs traditionnelles conformes aux principes démocratiques, aux droits de l’homme et à la loi »;
Après avoir pris acte de la reconnaissance de la traite des esclaves et de la colonisation comme crimes contre l’humanité en 2001 à Durban en Afrique du Sud par l’ONU lors de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, et la recommandation de Michel Bachelet, Haut-Commissaire de l’ONU en juin 2020 pour la réparation aux descendants des esclaves et des victimes du racisme en ces termes : « Nous devons faire amende honorable pour des siècles de violence et de discrimination au travers notamment d’excuses officielles, de processus de vérité et des réparations sous diverses formes ».
Après avoir pris connaissance du discours historique et quasi prophétique du Président de la République, S.E. Paul Biya, à la 38e session de la Conférence Générale et au 70e anniversaire de l’UNESCO, du 16 au 18 novembre 2015 à Paris, qui affirmait :
En effet, nous avons toujours pensé que la culture, au sens le plus large du terme, est le meilleur antidote contre la désunion et la violence. Les cultures, dont nous sommes les héritiers, sont toutes ou presque le résultat d’un syncrétisme entre de multiples influences (…) Pour ces raisons, je ne crois pas au choc des civilisations mais bien plutôt au dialogue des cultures, condition indispensable à l’avènement d’un nouvel ordre international juste et solidaire. Car c’est notre conviction que toutes les cultures recèlent et secrètent des valeurs positives qu’il convient d’explorer et de promouvoir au bénéfice de toute l’humanité. Méconnaître ces valeurs spécifiques, c’est faire le lit des préjugés, des malentendus et des intolérances, générateurs de divisions et de conflits ;
ADRESSONS SOLENNELLEMENT au Président de la République, Chef de l’État, Son Excellence Paul BIYA, un MEMORANDUM, dont la teneur suit :
CONSIDERANT que les Fali (Nimango) font partie des premières communautés à habiter les plaines et les montagnes des territoires connus aujourd’hui comme Départements de la Bénoué et du Mayo-Louti dans la Région du Nord-Cameroun depuis des époques lointaines remontant aux vagues successives de peuplement entre les Xe et XVe siècles, bien avant la conquête et les colonisations islamo-peules, allemandes et françaises (Cf. Dictionnaire Universel) ; et qu’ils cohabitaient dans une relative harmonie et symbiose avec la nature et leurs semblables, vivant de l’agriculture, de la chasse et de la cueillette comme le démontrent les travaux de Jean Paul Lebeuf (1954) et de Jean Gabriel Gauthier (1995);
CONSIDERANT que les Fali (Nimango) avaient des us et coutumes, des langues, une organisation politique, sociale, économique et religieuse spécifiques, les distinguant et les différenciant des autres communautés; et que toutes ces structures ont été renversées et substituées ou déformées par la conquête et les colonisations islamo-peules, allemandes et françaises au point où les Fali (Nimango) vivent aujourd’hui comme des étrangers sur leurs terres ancestrales n’ayant aucune visibilité symbolique, politique ou traditionnelle dans une ville comme Garoua censée être le berceau de leur identité;
CONSIDERANT que la subversion de leurs structures socio-culturelles et politiques originelles et originales s’est souvent opérée avec violence par des actes inhumains comme l’esclavage, le servage, les brimades voire la castration comme l’attestent les travaux de plusieurs chercheurs à l’instar de Gustav Natchigal (1880), de Jean Boutrais (1984), de Saibou Issa (2005), de Tidiane Ndiaye (2008), d’Adam Mahamat (2013), d’Idrissou Alioum (2013), d’Alain Beauvilain (2017);
CONSIDERANT d’une part, que la situation d’acculturation avancée de la communauté Fali (Nimango) s’était posée depuis le lendemain de l’indépendance du Cameroun comme l’atteste d’ailleurs André Michel Podlewski (1971) :
(…) ce groupe se distingue nettement des principales populations « païennes » de montagne que nous avons rencontrées, en ce sens que la plupart de ses membres paraissent avoir perdu, depuis longtemps, les pratiques et les vertus que l’on rencontre auprès des représentants de la civilisation de l’ancienne Afrique (…)d’autres indications montrent également que les Fali semblent avoir beaucoup perdu de leurs vertus ancestrales, et tranchent avec les autres groupes « païens » de montagne. (pp. 139-140),
et d’autre part que les attitudes comme le développement insuffisant de l’estime de soi, accompagné de sentiments de désespoir, de dépression, de perspectives générales autodestructrices, de l'antipathie ou de la répugnance pour les membres de son propre groupe culturel / ethnique, les mœurs et les coutumes associés à un patrimoine culturel / ethnique, les caractéristiques physiques du groupe culturel / ethnique , telles qu'observées chez plusieurs membres de la communauté Fali (Nimango), sont des symptômes de ce que la psychologue clinicienne Dr Joy DeGruy appelle "Syndrome de l'esclave post-traumatique" suggérant que le passé particulièrement douloureux et atroce qu’a traversé la communauté Fali (Nimango) dû aux conquêtes et aux colonisations récentes auraient des impacts néfastes sur certains membres de la communauté de nos jours;
CONSIDERANT que le sentiment de fierté et d’estime de soi est renforcé chez les communautés qui voient certains de leurs membres pris en compte dans la haute administration publique du pays et quand leurs chefferies traditionnelles sont valorisées (Dahl, (2012), Goodman, D. (2011), d’un côté, et que la communauté Fali (Nimango) depuis qu’elle existe n’a jamais vu un de ses fils émerger dans les hautes sphères de l’Administration centrale camerounaise du niveau de Secrétaire Général d’un Ministère ou de Ministre, encore moins de chefferie de 2e ni de 1er degré, de l’autre côté;
CONSIDERANT que les efforts importants consentis par la communauté Fali (Nimango) pour la revitalisation de son identité ethnique à travers l’organisation d’un festival culturel, d’Assemblées générales, d’initiatives communes de développement sont restés insuffisants pour sa prise en compte en tant qu’une entité ethnique autonome et spécifique parmi les communautés autochtones de la Région du Nord;
CONSIDERANT que nous ne pouvons pas changer le passé, mais nous pouvons créer un présent plus équitable et préparer un meilleur avenir consensuel avec toutes les autres communautés voisines et amis de la région du Nord d’une part, et étant convaincus que nous pouvons réaliser l’unité dans la diversité d’autre part;
CONSIDERANT que nos Ancêtres, mus par leur pacifisme légendaire, après avoir résisté aux envahisseurs par légitime défense, ont accepté de se retrancher sur les monts et les villages reculés à l’époque où régnaient l’obscurantisme, la barbarie et le droit de la force, sont progressivement revenus dans les centres villes grâce à l’éveil des consciences, par le retour de l’État de droit, de la justice et de la convivialité parmi les communautés camerounaises, souhaitent à présent retrouver l’héritage culturel et terrien multigénérationnel qu’ils ont gardés depuis des temps lointains;
CONSIDERANT que depuis leur descente dans les plaines de la Bénoué et du Mayo-Louti, les Fali (Nimango) n’ont épargné aucun effort à l’édification de la nation camerounaise constituant l’une des principales forces productives de la culture du coton pour les succès répétitifs de la Sodécoton, fleuron de l’industrie camerounaise, et des cultures d’arachide, de mil, de maïs, de sésame, etc., nourrissant plusieurs milliers de Camerounais du nord au sud, de l’est à l’ouest du pays;
CONSIDERANT qu’en dépit de leur passé douloureux, les Fali (Nimango) sont doués d’une grande résilience, contribuant dans presque tous les secteurs de la vie publique camerounaise, et produisant le tout premier Professeur agrégé du Grand-Nord, en la personne d’ATCHOU Guillaume, médecin physiologue, ayant servi la République du Cameroun à plusieurs postes, notamment comme responsable du staff médical des lions indomptables du Cameroun;
CONSIDERANT qu’en dépit de leur poids historique, de leur tempérance légendaire, de leur contribution multiforme et de leurs savoirs locaux multiséculaires et multisectoriels, les Fali (Nimango) n’ont aucun de leurs fils dans la haute administration de la Sodécoton et leurs filiales la CICAM et l’Huilerie du Nord pourtant basées à Garoua, fief des Fali (Nimango), dans le Conseil Régional du Nord, dans le Conseil des Chefs Traditionnels du Cameroun, pour ne citer que ces quelques exemples;
CONSIDERANT le fait qu’aucun chef traditionnel Fali (Nimango) ne soit représenté au Conseil National des Chefs Traditionnels du Cameroun comme un acte manifeste d’exclusion et de marginalisation de la communauté Fali ainsi que des savoirs qui ont été protégés et transmis de génération en génération;
CONSIDERANT que le devoir de mémoire est essentiel, parce que le passé nous obsède, parce qu’il nous marque encore cruellement de ses stigmates, et parce qu’il importe de tourner au plus vite ses pages douloureuses et sombres qu’on ne peut malheureusement pas déchirer encore moins escamoter. Devoir de mémoire aussi pour confirmer notre rejet absolu et définitif des pratiques abjectes et de toutes ces idées qui ont déshonoré la communauté Fali (Nimango) et par conséquent, l’humanité. Devoir de mémoire enfin pour décourager, à l’avenir, toutes les tentatives de réanimation de la bête immonde qui pourrait encore sommeiller dans l’inconscient des hommes. Pour exorciser le passé et rendre justice au présent, il serait nécessaire d’évaluer – dans les dommages immédiats et les effets durables – ce qui a été subi par les uns et infligé par les autres, sans céder à la tentation de la rancune, ni aux simplifications péremptoires de la confrontation. Il faudra aussi savoir dépasser les visions timorées ou réductrices et s’élever au-dessus des égoïsmes étriqués;
CONSIDERANT que nul n'a le droit d'effacer une page de l'histoire d'un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme;
REMERCIONS le Président de la République pour sa conviction selon laquelle toutes les cultures recèlent et secrètent des valeurs positives qu’il convient d’explorer et de promouvoir au bénéfice de toute l’humanité;
DEMANDONS SOLENNELLEMENT au Président de la République, Chef de l’État, de prendre des mesures idoines dans la recherche des moyens utiles et nécessaires pour :
1)- La création d’une chefferie traditionnelle de 1er degré à la tête de chaque groupement Fali (05 au total) dans la Région du Nord,
2)-L’érection des chefferies Fali (Nimango) de 3e degré en 2e degré,
3)- L’introduction dans les programmes scolaires du Cameroun l’enseignement sur l’histoire des communautés du Grand-Nord dans sa globalité, en prenant en compte l’esclavage afin que de telles atrocités et inhumanités ne se répètent plus dans le passé et que les injustices et la marginalisation dont sont victimes certaines communautés autochtones soient réduites,
4)- L’érection d’une stèle dans la ville de Garoua en mémoire de toutes les victimes Fali (Nimango) tombées pendant les atrocités des conquêtes et des colonisations islamo-peules, allemandes et françaises,
5)- La construction d’un musée de l’homme dans une ville du Nord où les vestiges des époques douloureuses et de joie de la communauté Fali (Nimango) et des communautés voisines seront conservés et gardés par devoir de mémoire;
PRIONS le Président de la République, de bien vouloir protéger l’identité et la culture Fali (Nimango) par toute initiative susceptible d’aider à la revitalisation de cette communauté;
EXHORTONS le Président de la République, de bien vouloir:
1)- augmenter le nombre de chefferies traditionnelles Fali reconnues par l’État du Cameroun;
2)-substituer dans les registres officiels le nom honteux et moqueur de « Fali » donné par les prédateurs de nos Ancêtres par le terme « Nimango » que nous nous sommes choisis ;
3)- octroyer un soutien financier pour le fonctionnement et l’entretien des musées et de la stèle;
4)- œuvrer pour le rapatriement du patrimoine artistique, mémoriel, culturel et cultuel de la communauté Fali (Nimango) se trouvant dans les musées occidentaux notamment le Musée d'Angoulême qui a reçu en 2011, un important stock d’objets ethnographiques témoins de la culture Fali (Nimango). Cet ensemble exceptionnel tant par la quantité (plus de deux cents) et la qualité des objets présentés que par la densité de la documentation rassemblée : films inédits, photographies des œuvres en contexte, bande-son et l'ensemble des écrits collectionnés par l’ethnologue Jean-Gabriel Gauthier, est un riche héritage de la communauté Nimango qu’il convient de protéger;
DEMANDONS SOLENNELLEMENT au Président de la République, Chef de l’État de prendre des mesures idoines dans la recherche des voies et des moyens utiles et nécessaires pour:
1)-La prise en compte des fils et filles Fali (Nimango) dans les nominations dans la haute administration centrale de la République du Cameroun ;
2)-La prise en compte des fils et filles Fali (Nimango) dans les concours publics soumis à la politique de quotas régionaux ;
PRIONS Dieu Tout-Puissant de vous accorder longue vie, santé, abnégation et persévérance, pour vous permettre, de mener à bien votre politique, afin de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035.
Excellence Monsieur le Président de la République, en vous adressant aujourd’hui ce présent MEMORANDUM sur un sujet qui nous a toujours préoccupés, notamment la revalorisation de la culture, de l’identité Fali (Nimango) ainsi que ses potentialités;
Nous, filles et fils, femmes et hommes Fali (Nimango) avons fait le choix d'un recours direct à votre Excellence, pour faire porter à votre bienveillante attention, les cris de nos pleurs, de nos besoins et de nos légitimes revendications, lesquels nous ont sortis de notre légendaire silence, afin de présenter l’impérieuse urgence de notre situation, qui ne saurait être interprétée comme un repli identitaire, mais plutôt comme une initiative pouvant contribuer à la survie d’une communauté, et par conséquent à l’enrichissement culturel du Cameroun.
Nous sommes et demeurerons toujours défenseurs d’un CAMEROUN UNI ET INDIVISIBLE. /.
Copies :
- Services du Premier Ministre;
-Ministère de l'Administration Territoriale;
- Ministère de la Décentralisation et du Développement Local;
- Ministère de l'Agriculture et du Développement Rural;
- Ministère des Arts et de la Culture;
- Ministère du Tourisme et des Loisirs;
- Ministère des Petites et Moyennes Entreprises de l’Économie Sociale et
de l’Artisanat;
- Services du Gouverneur de la Région du Nord;
- Préfet du Département de la Bénoué;
- Préfet du Département du Mayo-Louti;
- Lamido de Garoua (Président du Conseil National des Chefs
Traditionnels du Cameroun);
- Bureau politique RDPC-Nord.”

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