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Opinions of Monday, 18 January 2021

Auteur: Me Amedee Dimitri Touko Tom

Cameroun : comment respecter les institutions d'une dictature?

Le débat qui traverse l'opposition sur le respect dû aux institutions dans une dictature, n'est anodin qu'en apparence...
En réalité, est questionnée ici la manière dont l'opposition politique, la société civile résistante, se structurent et se positionnent face à la négation des droits fondamentaux, face à la violence sociale et politique qui sont par essence, les modes d'expressions d'une dictature.


ON NE RESPECTE PAS UNE DICTATURE, ON SE SOUMET OU ON RÉSISTE...
On respecte des valeurs, un ordre social et politique qui intrinsèquement s'imposent à nous parce que notre sécurité, notre bien être social, notre épanouissement économique en dépendent. En revanche, on se soumet à un ordre qui nous contraint, qui nous interdit, qui nous violente, qui nous tue.
En clair, on ne respecte pas une dictature, on se soumet à une dictature.


L'EXPRESSION DU CLIVAGE ENTRE LES "INSTITUTIONNELS DE L'OPPOSITION" ET L'OPPOSITION DITE DE LA RUPTURE


Transparaît ici l'opposition entre deux démarches stratégiques, qui non clarifiées, ont pour conséquence de ternir les ardeurs militantes du peuple résistant : l'opposition entre les légalistes qui recherchent désespérément l'état de droit dans un État des lois ou de non droit et ceux qui ne s'accommodent plus de cette paix des cimetières, de cette légalité à tête chercheuse qu'impose la dictature au pouvoir à Yaoundé.


A vrai dire, un des facteurs stérilisant du peuple, c'est la tiédeur de la communication sur les choix stratégiques de l'opposition. On sait désormais ce qui ne marche pas : l'opposition d'accompagnement démocratique, l'opposition du décret de Paul BIYA, l'opposition des élus qui tiennent par leur mandat leur changement personnel et ne rêvent plus du CHANGEMENT, l'opposition qui inapte à changer le système, a cru devoir prendre sa place et sa part dans le système...
La soumission quasi-religieuse à l'ordre établi, renforce à la fois la dictature et installe dans le subconscient du peuple, l'idée de l'impossible changement et de la "légalité absolue" d'un régime usurpateur-multirécidiviste et fragilise la légitimité de l'action populaire pour le changement, dont la posture politique de "Président élu" est l'une de ses déclinaisons.


Le MRC et les forces du changement ne peuvent plus entretenir longtemps cette absence de clarté. Si un parti politique est par nature un espace dans lequel naissent et s'agitent en interne des idées, cette richesse intellectuelle ne saurait se réduire dans son expression publique à l'art du contre-pied politique.


?Est ce qu'on s'inscrit sagement dans la logique institutionnelle et on attend tranquillement la prochaine élection qui fatalement sera volée en espérant qu'au passage on grappillera quelques strapontins politiques ?
?Est ce qu'on "sort tous et on va tous en prison s'ils nous arrêtent" comme le conseille et le scande Olivier Bibou Nissack ?


RESPECTER LES INSTITUTIONS D'UNE DICTATURE, C'EST L'ACCEPTATION DE LA TOUTE PUISSANCE D'UN ÉTAT VOYOU


PAUL BIYA a fait du Cameroun, l'expression matérielle la plus patente de L'ÉTAT sans foi ni loi, de L'ÉTAT voyou de L'ÉTAT DJOUDJOU qui désormais, inapte à s'imposer sui generis, est réduit à faire peur, à intimider, violenter, tuer en dehors de tout cadre légal, pour exister.


Son drame, c'est qu' à force d'utiliser le fouet comme arme de dissuasion et d'expression, l'enfant a compris que s'il doit survivre à la violence parentale, il faut qu'il s'émancipe de la peur, de la douleur, et de la mort. Et là sonne le glas de L'ÉTAT SAUVAGE qui ne fait plus peur... Ce réarmement moral, cette capacité de résilience et de résistance existe déja dans le Peuple camerounais et arrivera bientôt à maturation. L'opposition ne doit pas avoir peur, elle doit y travailler, elle doit afficher son courage, sa détermination, elle doit le prouver... Cette posture s'impose face à l'imposture de la dictature.


Ce n'est pas avec l'idée de "l'absolue légalité" que des manifestants à Bafang exigent et obtiennent la libération de leurs amis injustement enlevés au cours d'une manifestation pacifique.
Répandre donc l'idée de la peur omniprésente, omnisciente procède du jeu du pouvoir.


Une réflexion profonde devrait être menée désormais sur la nature des rapports que l'opposition dite de la rupture doit entretenir avec la dictature crasse de Yaoundé : passer des journées à demander des "autorisations" de réunion ou de manifestation sachant qu'elles seront systématiquement refusées, n'aide pas à rendre lisible la démarche des acteurs du changement.


Le respect des institutions ou de la personne incarnant des institutions dans une dictature est une fumisterie intellectuelle qui fera mourir une deuxième fois les victimes du NOSO et déconcerter les activistes, dont la démarche militante tutoie par essence même l'ordre établi, considéré comme injuste.
Il faut néanmoins relever que sur ces questions, Maurice Kamto , a déja décliné en partie sa vision des choses : que chacun fasse sa part... La règle ici étant de se garder de retourner l'arme contre son propre camp. Il a donc choisi de poursuivre et d'intensifier les manifestations populaires.

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