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Opinions of Wednesday, 19 May 2021

Auteur: www.camerounweb.com

Cameroun : Pourquoi la télévision dégoute les téléspectateurs?

Un traitement assez désinvolte de ces sujets à la ramasse Un traitement assez désinvolte de ces sujets à la ramasse

Dans la plupart des cas, on a droit à d’improbables duos qui taillent des bavettes d’une vacuité désespérante, sur des sujets bidon du genre “Doit-on pardonner le mensonge d’un conjoint ?

Nos innombrables chaînes de télévision semblent s’être donné le mot pour nous proposer presque exclusivement des tranches de “ débats.

La plupart du temps ces mauvaises causeries cathodiques sont dirigées par des modérateurs d’un amateurisme affligeant

Cela se passe vraiment comme à la radio, sauf qu'ici, non seulement on entend des gens déblatérer, mais en plus on est obligé de les regarder faire ça. Double peine ! Dans ce registre des bavardages télévisés, il y a d'abord les “cafés” matinaux animés par des présentateurs, flanqués ou non d’un acolyte maquillé à la truelle. Dans la plupart des cas, on a droit à d’improbables duos qui taillent des bavettes d’une vacuité désespérante, sur des sujets bidon du genre “Doit-on pardonner le mensonge d’un conjoint ?” Exactement, comme quand on parle pour ne rien dire, ou quand on parle alors qu’on n’a rien à dire. Et même quand on ne devrait rien dire du tout ! On peut y ajouter un traitement assez désinvolte de ces sujets à la ramasse : souvent agrémenté de postures vraiment bizarres. Par exemple des rires gras, ou des gloussements à la moindre mauvaise blague sans une once de réel humour. Faux débats Ensuite, nos innombrables chaînes de télévision semblent s’être donné le mot pour nous proposer presque exclusivement des tranches de “ débats”. En principe, c’est une bonne idée, n'est-ce pas ? Mais ici, s’agit-il vraiment de débats, dans ce sens-là ? Franchement, c’est trop dire ! En on a plutôt généralement droit à n’importe quoi, entre crêpages de chignon et chamailleries de quartier, autour de thèmes sans grande originalité, genre “marronnier”, comme on dit en jargon journalistique pour parler de sujets éculés, convenus et sans grand intérêt qu’on explore quand on est en panne d’imagination.

Les mauvais modérateurs

De plus, la plupart du temps ces mauvaises causeries cathodiques sont dirigées par des modérateurs d’un amateurisme affligeant. En général, ils se contentent de laisser prospérer tous les salmigondis possibles sur le plateau, sans pouvoir faire quoi que ce soit pour recadrer une affirmation douteuse, ou même pour recentrer les échanges. Notamment quand, comme c’est parfois le cas, ceux-ci virent à la foire d’empoigne. Il suffit par exemple que l’invité le plus tonitruant postillonne à son intention une injonction du type “je n’ai pas encore fini ! ”, ou le ridicule “laissez-moi chuter! “, Pour que l’animateur se tasse. Surtout s’il a affaire à un monsieur d’une supposée notoriété, à qui le journaliste semble penser que l’on ne peut couper le sifflet même quand il dit n’importe quoi ou quand il manque carrément d’élégance ou de civilité. On en arrive ainsi souvent à un brouhaha indescriptible qui va dans tous les sens, de vraies engueulades durant lesquels des types énervés s’invectivent comme s’ils allaient en venir mains. Parlons d’ailleurs de ces “panélistes”.

Par un curieux hasard, il se trouve que les chaînes sollicitent pratiquement les mêmes gens tout le temps. À moins que ce ne soit le contraire : c’est eux qui feraient métier de démarcher au téléphone leur passage à l’écran. On n’oublie évidemment pas ceux qui sont recrutés comme “consultants” permanents— quelle idée ! Mais tous fonctionnent pareil : ils débitent doctement, ou férocement, d’un plateau à l’autre, les mêmes approximations gratuites. Le drame, dans ce casting malhonnête, est qu’ils sont souvent invités à s’exprimer sur des questions et dans des domaines où ils ont souvent un même degré de maîtrise que le premier venu. Un prof de droit qui parle des performances des Lions indomptables, un économiste qui définit à chaque apparition le nécessaire destin fédéraliste du Cameroun, un activiste politique qui s’appesantit à toute occasion, sur la “guerre asymétrique” au Nord-Sud-ouest, un membre de la société dite civile qui glapit sur les dangers du vaccin anti Covid, etc. En réalité, il est facile de comprendre que le choix de ces incontournables “experts” récidivistes est effectué par pure paresse éditoriale : trouver les bonnes personnes pour un débat pointu et civilisé est en effet un art, qui allie flair de bon journaliste, bon carnet d’adresses et effort constant dans la recherche des invités adéquats. Tout ceci n’est évidemment pas à la portée de n’importe quelle chaîne. Elles se contentent de croire, à tort, faire de l’audience avec des visages supposés connus. En commettant au passage l’erreur de penser qu’une certaine visibilité médiatique conférait la science infuse à qui que ce soit. On dira peut-être que les gens aiment bien ça. Faux : ils n’ont simplement pas le choix ! Faute des grilles de programmes accrocheurs, ils sont obligés de se contenter des merles de propositions insipides, voilà tout.

Pis-aller Au fond, la raison du marasme dans l’offre de programmes TV au Cameroun vient de ce qu’ils font en réalité, de la “ radio filmée”, alors que le principe cardinal de la télévision est de montrer ce dont on parle, au lieu de montrer des gens en train de parler de quelque chose. C’est même le B. A. BA de la télé ! D’un autre côté, on peut comprendre pourquoi ils s’accrochent tant aux pis-aller des discussions de plateau : produire de vraies émissions coûte cher en termes de conception et de production, et nécessite des compétences particulières, autant que des ressources financières conséquentes. Tout promoteur d’une télévision devrait au préalable apprécier ces contraintes avant de créer son joujou, et savoir avant coup si le jeu en vaut la chandelle. Voilà alors comment on fabrique des zappeurs frénétiques !

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