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Opinions of Wednesday, 9 September 2020

Journaliste: Zephirin Koloko, DP du journal L'Avenir

Cameroun : Elecam en décadence sous Erik Essousse

On peut le dire, les derniers chiffres des inscrits rendus publics par Elections Cameroon (Elecam), ne sont pas reluisants. Alors que les inscriptions sur les listes électorales pour le compte de l’année 2020 s’achèvent le 31 août 2020, l’on dénombre seulement quelque 5000 inscrits depuis le 9 avril 2020 au lendemain des élections législatives et municipales de février 2020. À la même période en 2019, Elecam enregistrait 433 873 nouveaux inscrits. Certes, les Camerounais depuis des lustres ne montrent pas un engouement particulier à s’inscrire sur les listes électorales, mais cette fois-ci on a touché le fond. Du point de vue des analystes politiques et même de l’instance chargée de l’organisation des élections au Cameroun, ce chiffre est loin de combler les attentes. Comment peut-on expliquer ce faible taux d’inscription ? C’est ici qu’entre en scène le directeur général des élections, Erik Essousse. Pour lui, la pandémie de la Covid-19 marquée par l’instauration des mesures barrières a largement impacté ce faible taux de mobilisation de potentiels électeurs. Il évoque également le début tardif des inscriptions à cause du double scrutin législatif municipal suivi des partielles dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. «Nous avons commencé les inscriptions en avril à cause du double scrutin municipal et législatif, suivi des partielles», a-t-il indiqué.

En plus, le Coronavirus n’a pas permis à Elecam et aux populations de se mobiliser pour des inscriptions conséquentes » a-t-il déploré. À présent, la chute de la courbe de propagation de la pandémie suscite de l’espoir à Elections Cameroon qui espère une amélioration substantielle du taux d’inscription d’ici le 31 août 2020. D’après Erik Essousse, il n’y a pas « une grande inquiétude à se faire, puisque les élections régionales annoncées disposent d’un collège électoral restreint ».


Par ailleurs, l’instance appelle à une implication effective des acteurs du processus. Par exemple, en vulgarisant des séminaires de sensibilisation sur la culture politique, l’engagement citoyen et l’importance d’aller voter ou d’opérer un choix réfléchi. Cela s’appelle mieux participer à la gestion des affaires de la cité et donc au développement de son pays.


Des arguments pertinents de la part d’un homme qui est au cœur de la température électorale au Cameroun, mais qui, malgré les enjeux et les tensions que charrient les élections au Cameroun, reste égal à lui-même.
Ce n’est pas un hasard s’il a été choisi par décret présidentiel le 28 mai 2018, par Paul Biya, pour cornaquer la chose électorale au Cameroun, alors que durant des années, Elecam a surtout été marquée par des querelles intestines dans son top management. Abdoulaye Babale, dont Erik Essousse avait été l’adjoint avait été viré pour « faute lourde ». Le Conseil, par la voix de son président Enow Abraham Egbe, reprochait à l’ancien directeur général son absentéisme, ainsi que sa « gestion opaque et calamiteuse des ressources humaines et financière d’ELECAM ». Des manquements qui auraient entraîné une « démotivation du personnel » avec des « répercussions sur l’image de l’organisation ». L’ambiance n’était vraiment pas à la sérénité.

L’on était pourtant à la veille de gros enjeux électoraux : présidentielle, municipales et législatives. Dans ce contexte, le nouveau directeur général a entrepris dès son entrée en fonctions de « faire le ménage » au sein de l’institution. Erik Essousse a notamment limogé plusieurs responsables d’ELECAM.


Par exemple, Tete Devert, chef de la division des affaires administratives et financières, a ainsi été remplacé par Ngolle III Patrice, ancien préfet du département de l’Océan. Au sein de la même division, la cheffe de la cellule financière, Anavai Françoise épouse Tagne, a été remplacée à la caisse par Ossubita, précédemment cheffe du courrier. Erik Essousse, qui avait d’ores et déjà défini sa stratégie, affirmera à la télévision nationale que l’objectif poursuivi est qu’« ELECAM retrouve tous ses fondamentaux dans la gestion du personnel, qu’il faut remobiliser et remotiver », à l’approche des échéances électorales.

En avant toute


Il fallait un redresseur de barque. Et la barque, Erik Essousse l’a redressée. Notons bien qu’il a occupé le poste d’adjoint du directeur général des élections pendant au moins 10 ans. C’est dire s’il connaît bien la maison. Un climat plus apaisé anime désormais les rapports entre le directeur général des élections et le président du conseil électoral. On est désormais loin des querelles qui opposaient les anciens patrons de la maison.

Ibrahim Sani Tanimou et Samuel Fonkam Azu’u nous avaient habitués à ce type de spectacle.
Mais encore, Erik Essousse a eu à gérer avec maestria l’une des élections présidentielles les plus périlleuses de l’histoire du Cameroun, celle de 2018, durant laquelle le mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) de Maurice Kamto a tenté de saborder le travail effectué par Elecam en jetant le discrédit sur l’institution. Décidément, en politique, il n’y a aucune limite.
Dans le même sillage, alors que le 9 février 2020 (date retenue pour la tenue des élections municipales et législatives au Cameroun) approchait, le directeur général des élections s’est une fois de plus personnellement impliqué dans les préparatifs du scrutin. Sa capacité à garder le contrôle sur le recyclage de ses agents, sur toutes les opérations et sur la logistique a été beaucoup plus significative. Le style c’est l’homme; et il est vrai que le natif de Yingui dans le département du Nkam se conforme à ce qu’exige sa fonction.

Aujourd’hui, alors que les régionales sont déjà dans le pipe, il va sans dire qu’une fois de plus, il aura à jouer sa partition.
Notons aussi que c’est sous le magistère d’Erik Essousse qu’Elecam a demandé la modification du code électoral.


Essousse en bref


Docteur en relations internationales (Sorbonne Paris 1), ce fils du Littoral connaît les méandres de la haute administration. Il aura été entre autres, sous-directeur des libertés publiques au ministère de l’administration territoriale (1985), directeur adjoint des affaires politiques dans ledit ministère (1990), sous-directeur des élections dans le même ministère (1996) ou encore chargé de missions dans les services du premier ministre. Il a aussi enseigné à l’Enam et est auteur d’ouvrages.

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