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Opinions of Friday, 27 November 2020

Auteur: Patrice Nganang

Calixthe Beyala sait-elle même le crime qu'elle a commis en emprisonnant Paul Chouta?

Ce matin, Djaili Amadou Amal a enchante mon cœur. Devant le texte de Bergeline Domou qui lui rappelait un épisode ancien - la vente de son livre a crédit, elle a dit ceci, 'entre nous les Camerounais on fait ça, et je vais continuer de le faire.' Il y'a plusieurs choses qui entrent dans cette réponse, et je ne vais pas insister sur le cote honnêteté qui est évident ici. Ce qui est fondamental cependant, c'est le principe communautaire: 'entre nous les Camerounais on fait ça.' Mais surtout, son engagement à continuer de le faire - après son succès parisien. Je répète, après son succès parisien. Paris est vaste, et sans doute, Amal n'est pas la première écrivaine africaine, noire, a y avoir du succès. Ils sont nombreux qui sont passés devant les caméras des Français avant elle. L'enjeu est cependant, que deviennent-ils après que les cameras se soient éteintes, mais surtout, que deviennent-ils ou elles avec leurs frères et sœurs? Ce cote cuisine est invivable, je peux le dire, et de mémoire de mon aine sénégalais, Boubacar Boris Diop, depuis Sony Labou Tansi, tous les écrivains africains qui ont du succès à Paris l'ont échoué. Boubacar Boris Diop avait d'ailleurs une phrase: 'les Blancs nous ont hélas pris notre frère.' Il parlait de Sony Labou Tansi. Et ce qu'il voulait dire, je peux de ma propre expérience le décrire: droit de cuissage, arrogance, mépris, vantardise, violence cachée dans des gants de velours, par l'auteur devenu célèbre, par rapport à ses propres frères et sœurs. Cela est d'autant plus dommage que les victimes africaines ne réagissent pas encore - comme c'est le cas pour les auteurs blancs, et de plus en plus pour des auteurs noirs américains ou latino-américains comme Junot Diaz.

Des auteurs qui vont aussi loin que ne plus saluer leurs amis en public - eh oui, je l'ai vécu! Ces scènes sont d'autant plus désolantes, qu'elles se passent le plus souvent devant les mêmes Blancs qui ont rendu l'auteur africain célèbre! Extraordinaire! Je répète: extraordinaire! Loi de la jungle véritable! Mais évidemment rien n'est aussi extraordinaire que le fait que Calixthe Beyala, de retour de son succès parisien, vienne au pays incarcérer Paul Chouta - et depuis un an le pauvre est en prison. Ah, si les Blancs étaient aussi méchants, je vous jure qu'ils auraient incarcère Beyala pour plusieurs raisons! Mais je suis convaincu qu'elle n'a pas encore compris le crime qu'elle a commis au pays, en incarcérant notre propre frère - Chouta. Elle ne l'a pas compris, comme sans doute les auteurs africains devenus célèbres soudain ne comprennent plus le principe communautaire - Achille Mbembe menace de me trainer au tribunal à New York, sans blague. La célébrité rend fou, il faut le dire, mais pour nos compatriotes, ce qu'elle fait surtout et avant tout, c'est les couper de leur communauté, de la communauté publique de leur origine. C'est les faire en fait, ne plus regarder leurs propres frères et sœurs que comme des rates, des gens inutiles, en fait, de la pègre. 'Les nègres publient à Présence africaine', disait Beyala, de ma propre mémoire. Eh oui! Ils se croient arrives, dirait-on, parce qu'ils ont quelques invitations, ou alors quelques apparitions publiques, ou sont publiés par des maisons que les Blancs leur disent 'grandes', alors que nos, leurs propres pays, sont plombes dans le génocide, dans les guerres civiles, dans des maladies absolument absurdes en 2020!

Je suis content de lire que pas à pas, un nouveau principe est en train de prendre pieds dans la littérature camerounaise: le principe communautaire. Il ne peut s'y inscrire que si le sommet n'est pas cancéreux, si donc au sommet, le culte du mépris de ses frères et sœurs ne prend pas, ne prend plus jamais pied, et est donc remplace par le mentoring. La littérature est aristocratique, et pas démocratique, et justement ici, la grandeur de celle-ci, et de l'auteur, se mesure dans la manière avec laquelle il ou elle traite les petits, les cadets, et déjà sa propre communauté - ses frères et sœurs de son propre pays donc. Il y'a toute une culture qui est nécessaire ici, tout un entrainement, tout un mentoring surtout parce que notre pays n'avait pas encore la capacité de fabriquer une culture publique de portée internationale. Cela est cependant en train d'avoir lieu pas à pas avec Djaili Amadou Amail, doucement doucement, et nous devons être heureux de voir qu'une nouvelle tradition de la politesse s'inscrit dans la relation des auteurs avec leur communautés. Je le dis toujours, je n'ai jamais porté plainte a des gens, parce que je crois en la liberté d'expression, y compris en celle d'offenser. Le faire devant mon visage n'est pas nécessaire, mais de la a emprisonné une personne parce qu'elle m'a offense, il y'a un pas qui ne devrait jamais être traverse. Le bloquer est plus simple, tout comme regarder ailleurs. Les jeunes écrivains - je reviens sur Chimamanda Adichie, qui justement vit aussi dans son pays et aux USA -, heureusement nous montrent ce que c'est que la grâce. Moi j'essaye de leur donner le mentoring que je n'ai pas reçu des ainés car comme on peut voir avec Beyala, ils ne comprendront hélas jamais.

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