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Opinions of Sunday, 13 June 2021

Auteur: Célestin Bedzigui

Célestin Bedzigui fait la part entre tribalisme d’Etat et le népotisme au Cameroun

Le tribalisme d'Etat n'existe pas au Cameroun Le tribalisme d'Etat n'existe pas au Cameroun

Dans une tribune qu’il a publiée sur sa page Facebook, le chef traditionnel, s’appuyant sur un débat qui fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux, pense que le tribalisme d’Etat n’existe pas au Cameroun. Il s’agit selon lui, du népotisme.

Un débat court les réseaux sociaux à travers un libelle égrenant un chapelet de noms pour en déduire que l'appartenance de ces patronymes à une aire culturelle Ekang serait la preuve avérée d'une pratique de tribalisme d’Etat au Cameroun.

A l'appui de la démonstration présentée, il est évoqué un quotient électoral qui favoriserait certaines régions au détriment d'autres. Une analyse plus fine révèle une autre réalité qui conduit à la conclusion que ce qui s'observe au Cameroun tient plutôt au népotisme qu'au tribalisme d'Etat.

Je suis la preuve vivante de ce que le tribalisme d'État n'existe pas au Cameroun, objet d'un ostracisme manifeste depuis des décennies...en dépit d’une expertise dont peuvent me gratifier certains et d'une légitimité établie.

Si on se réfère au recensement des postes dans l'administration pour justifier l'affirmation d'un tribalisme d'État, la vérité, en étudiant les mécanismes de promotion des individus est que les titulaires des postes énumérés les tiennent très souvent sinon toujours de l'influence d'une parenté familiale ou d'un parrain politique. Je ne m'éloignerai pas du sujet et me bornerai à citer la saga Cavaye Yegue Djibril de notoriété publique dont la progéniture truste littéralement une grande part des postes pouvant être recensés à l'Extrême Nord.

Et si on analyse le quotient électoral, il est établi que la disparité est grande et révèle un écart-type de 27 331 dans le poids électoral des députés. En se fondant la dotation démographique de chaque région selon le dernier recensement général de la population et en ajustant l'écart type qui serait ramené à 2436, soit un ajustement de 90 % du niveau actuel, on arrive aux résultats surprenants et fort instructifs que voici:
- Adamoua avec 5,2% de la population compte aujourd'hui 10 députés. Après lissage, elle devrait en compter 9, soit -1.

- Le Centre avec 18,2% de la population compte 28 députés. Après lissage, il devrait en compter 31, soit +3.
- L’Est avec 4,1% de la population compte 11 députés. Après lissage il devrait en compter plutôt 8, soit -3.
- L’Extrême Nord avec 19% de la population compte 29 Députés. Après lissage, il devrait en compter 32, soit +3.
- Le Littoral avec 14,8 % de la population compte 19 députés. Après lissage, il devrait en compter 25, soit +6.
- Le Nord- Ouest avec 9,3 % de la population compte aujourd'hui 20 députés. Après lissage, il doit en compter 18, soit - 2.
-Le Nord avec 10,6 % de la population compte aujourd'hui 12 députés. Après lissage, il devrait en compter 18, soit +6.
- L’Ouest avec 9, 2% de la population compte 25 députés. Après lissage il devrait en compter 18, soit -7.
- Le Sud avec 3,6% compte 11 députés. Après lissage, il devrait en compter 7, soit - 4.
- Le Sud-Ouest avec 7,1% compte 15 députés, Après lissage, il devrait en compter 14, soit -1.

Voilà la réalité du quotient électoral au Cameroun qui n’est pas fait au bénéfice d'une seule région comme pourrait le faire croire une certaine interprétation des choses.

De ces deux constats et au-delà des postures de confrontation politicienne, force est de constater qu'il y a un réel besoin l'aggiornamento politique sur ce sujet. C'est une des réformes fondamentales qui devra contribuer à consolider les bases de la démocratie au Cameroun.