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Opinions of Tuesday, 26 November 2019

Journaliste: Abdoulaziz Moundé Njimbam

Boycott des élections: 'quand Maurice Kamto laisse, quelqu'un prend!'

C’est quand même curieux, au Cameroun, que ce soit celui qui fait le choix de ne pas aller aux élections, qui fasse l’actualité. Un peu comme si Job au banc de touche faisait plus de bruit que le vibrionnant Eto’o ou à une autre époque Ekoule, plus tonitruant que Milla. Un pas de côté plus rythmé que le pas de danse dans la mêlée...

C’est pourtant si simple compte tenu des enjeux politiciens ou, de façon plus claire, de positionnement : Ce que Kamto perdrait, selon les analyses de comptoir et le fameux réalisme à la camerounaise, Libii, Osih, Ndam, Garga, Matomba et bien d’autres protagonistes pourraient donc le gagner. Ou bien ? Dans les courses cyclistes, autrefois, quand Nkono ou Ayissi se désistaient, Soya, qui venait souvent loin derrière, pouvait espérer...

Autrement dit, quand un concurrent qui avait des chances fait le choix de la villégiature, dans les rues poussiéreuses de Bafoussam ou du repos à Odza, le 9 février 2020, les autres devraient en « profiter » pour avoir des députés, des maires, des conseillers municipaux. Ce que se promettaient Célestin Djamen - de l'écrou à la croute -, sur une bonne lancée à Douala Ve ou cette fringante chef d’entreprise de Douala 3e à l’ambition aussi haute que ses escarpins. Ce qui causait courroux et chahut dans le Dja et Lobo, avec le psychodrame des investitures ou des angoisses à Cavaye Yeguie Djibril, l'un de ces australopithèques de la politique qui refusent de céder la place aux jeunes Homo Sapiens.

De bons points, donc, en contexte local : ils obtiendront tout ce qui permet d’exister, de devenir un grand quelqu’un - un macaron, une voiture, un personnel, un rab d'influence...bref d'être en haut, comme chantait Donny Elwood avant l’élévation de Kerozen - ; d’obtenir des financements sous la forme de micro-crédits aux députés ; des quotas de marchés publics généreusement octroyés à ces honorables qui arpentent les couloirs des cabinets ministériels ; de compter ou peser davantage sur l’échiquier politique. On appelle ça " le poids " comme les bouchers mesurent la viande fraîche à Tongo Gadima ou la chair du Goudali dans nos marchés. Bonus, au terme de l’article 121 du Code électoral, avoir des élus, permet surtout d’investir, moyennant parfois quelques arrangements, un candidat aux élections présidentielles, mère des batailles. Ce qui laisse une marge à ceux qui refusent d'aller en février 2020 pour l'échéance de 2025. Nkou Mvondo ou ces preux citoyens du FDP peuvent nous écrire mille tomes à ce sujet...

Cela laisse donc supposer que ceux qui avaient parié sur la « mort politique » de Maurice Kamto, après sa mise en détention à Kondengui, ont des prolongations en février 2020 pour cela. Après tout, avec la fin de la règle de la mort subite, il faut absolument plus d’un but, dans cette phase pour éliminer. Et puis, dans chacun de nos villages, près de Baham, Eseka, Foumban ou Nitoukou, l’on sait qu’il ne suffit pas de couper la tête du coq pour attester de sa mort. Paul Biya depuis 1984 nous en donne la preuve...

Depuis les législatives de 1992, boycottées par des cadors de l’opposition, il est admis comme aux Jeux Olympiques, que l’essentiel est de participer. Un peu comme ce nageur, frère, de Guinée Équatoriale, qui finit par arriver au bout, une heure après ses concurrents. Résultat, le RDPC, qui subit les torrents de la contestation en 1992, s’est remplumé. De 88 députés sur 180, cette année-là, score le contraignant aux rituels pesants des alliances, du serpent-Opep sur lequel Kodock avant Momo conseillait de s’accrocher et des gouvernements pléthoriques, il est revenu à 116 parlementaires en 97 ; 149 en 2002 ; 155 en 2007 et 148 en 2013.

Et pour cause ? L'opposition a travesti le mot pour être dans " l'oppositionnement " ou chacun se cherche ; veut une place non au soleil, mais sous l'arbre ; travaille pour un champion agissant comme un propriétaire de boutique ; combat davantage celui qui lui ressemble plutôt que le pouvoir ; change d'avis tous les 10 mois ; monte des G. pour obtenir un strapontin au Gouvernement et s'inviter à la table de la majorité ; cherche le fief électoral au village ; se contente de militants qui zigzaguent avec eux dans leurs changements incessants de positions...

Résultat : absence de tout cadre de concertation structuré depuis l'expérience de l'ARC-CNS et de l'Union pour le Changement, ce que pourtant ont réussi les Burkinabé ; échec systématique des tentatives de candidature commune, comme en 2004, ce que pourtant les Gambiens ont réussi pour s'adapter aux logiques de l'élection à un tour ; échec des initiatives de travail en commun sur le Code électoral, la répression et l'interdiction des manifestations, des questions citoyennes et structurelles ; inexistence de synergies avec la société civile jugée suspecte ; le refus de la réflexion sur les dénominateurs communs, ce qu'ont réussi Algériens et Soudanais. Pour retrouver des opposants camerounais autour d'une table, il faut attendre la visite de Jean-Yves Le Drian, un ministre français ou une personnalité occidentale voire internationale, par exemple. Chacun se contentant des hourras de ses partisans pour la meilleure photo avec le Tangan...

Le 9 février prochain, en l'absence regrettable de consensus national sur la nécessité de privilégier la RECONCILIATION aux ELECTIONS, certains partis obtiendront des députés. Comme le SDF ou l'UDC depuis 97, ils buteront sur la sur-majorité RDPC et ne seront pas en mesure de faire passer la moindre proposition de loi, telles celles sur le Code électoral, la double nationalité ou le débat sur la crise dite anglophone. N'auront pour outil de controle de l'action gouvernementale, d'évaluation des politiques publiques et de production de la loi, que les fameuses questions écrites ou orales aux membres du Gouvernement, sans la possibilité de mettre en place une commission d'enquête, d'auditionner un ministre ou un haut fonctionnaire. Il ne leur restera qu'une fonction tribunitienne à la Wirba, les talons de Patricia Tomaino Ndam Njoya et les pas de danse de Mbah Ndam et Nintcheu comme moyen d'expression.

Entre-temps, le spectacle qui inspirera le prochain Nyangono, sera malheureusement en scène : les déplacés et réfugiés du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n'auront de choix que de contempler la construction du nouveau siège de l'Assemblée Nationale ; Moumié et Ahidjo resteront calcifiés à l'étranger ; les replis identitaires et les stars de l'autochtonie animeront les plateaux du dimanche ; on scrutera le prochain déplacement de Paul Biya pour assister au stupide spectacle des bagarres entre " Patriotes " et BAS, compter ses pas sur le tapis rouge et attendre sa prochaine phrase en anglais ; l'économie, atone, restera nourrie par les sempiternels plans et relances de la stratégie d’émergence...Bref, il y'aura des députés et un peuple dépité !

Pour sortir de l'ornière, il faut pourtant des sacrifices : celui de ceux qui refusent le clinquant des ors de la République pour privilégier la profondeur de la réflexion, l'humilité de la main tendue et l'impératif d'un programme de réconciliation et de transition.