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Opinions of Monday, 14 October 2019

Journaliste: Wilfried EKANGA EKANGA

Atanga Nji porté disparu !

Souvenez-vous : la nuit du saccage des ambassades par la Brigade Anti Sardinards en janvier dernier, il n’avait pas hésité à abandonner son épouse dans le lit conjugal pour venir faire une conférence de presse sous fond de conseil de guerre à 23h 30. A ses côtés, René Emmanuel Sadi, le porte-parole du régime, était lui aussi aux avant-postes et en pleine forme.

Le discours avait été martial ; les mots avaient été durs ; il fallait absolument « défendre nos emblèmes et notre république contre une bande de terroristes ». C’était à 6 000 km de Yaoundé et ils ont réagi promptement. Le village de « si je savais » attendait les coupables. Le Cameroun devait rester debout, quoiqu’il arrive !

Chère Chérie.

Souvenez-vous encore : il y a deux mois, quand les représentants du RDPC recevaient leur humiliation quotidienne à la télévision, il s’est retrouvé à Douala à la vitesse d’une comète, a réuni une ribambelle de sous-préfets et les a instruits de neutraliser les chaînes qui « organisent sciemment des débats pour saper l’action gouvernementale ». Il a notifié ces chaînes de changer d’attitude « avant qu’il ne soit tard ». Oui, car il est le ministre de l’intérieur, donc le chef de la police, et donc ça doit se savoir !
Des siècles passèrent ...
Et puis, un beau jour, arriva Sangmelima.

On a tabassé des gens, on les a menacés à la machette, on a lâchement bastonné une pauvre femme parce qu’elle n’avait pas d’argent à voler ; on a pillé des centaines de magasins et cambriolé des sachets de NIDO, des bouteilles d’huile, des morceaux de pain, des boites de sardine (tout un symbole !), et des Parle-G. On a frustré des commerçants honnêtes en leur donnant le sentiment d’être étrangers dans leur propre pays. Ils ont lu avec effroi dans les yeux de leurs braqueurs de compatriotes, le message suivant :
« Le pays c’est nous. Nous avons le pouvoir. Nous pouvons vous faire ce qu’on veut et on ne nous fera rien !»
Et certains d’entre eux, paralysés de terreur, sont entrain de quitter la ville. C’est une hémorragie. Ça s’appelle l’exode interne. Quand un pays en arrive là, c’est qu’il a franchi tous les galons de la Honte.

Dans le même temps, il y a un homme qui est allé à Lyon parce que c’est en France qu’on va régler le problème du paludisme au Cameroun. Les mêmes qui vous disent « Viens ici au Cameroun au lieu de prétendre développer le pays depuis l’étranger » ont applaudi. Et dès son retour, vous et moi savons déjà (à 100%) qu’il n’ira pas à Sangmelima. Il va se barricader à Etoudi jusqu’au prochain voyage. C’est un prisonnier volontaire comme dans la chanson « Quand je t’aime » de Demis Roussos. Au pays des Crevettes, la logique est illégale.

Mais pour vous, le fait d’avoir pris une photo avec Emmanuel Macron (44 ans d’écart !) signifie qu’on est un « expert de la science politique ». Même si on est allé lui demander de l’argent et lui rendre compte comme tout bon domestique, de la Grande Hypnose Nationale qui a duré 4 jours en début de mois. Vous êtes vraiment spéciaux.
...

En attendant, où est Nji pendant que le territoire est en feu ? En l’an 64 de notre ère, Néron, empereur romain, jouait de la lyre sur le Mont Quirinnal pendant que Rome brûlait. 2 000 ans plus tard, le film reprend. Comment a-t-il été plus facile d’appréhender Maurice Kamto ( dont 9 mois de captivité n’ont pas permis à ses juges de fournir la moindre preuve de sa culpabilité ), mais il devient curieusement compliqué de faire un Statement fort à l’endroit des casseurs du Dja-et-Lobo ? Si ce sont les unités qui manquent, envoyons-lui du crédit !