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Opinions of Wednesday, 30 December 2020

Auteur: Michel Biem Tong

Affaire Mbock Matip: une détention qui cache les batailles de succession au sommet de l'état

Le procès d'Emmanuel Mbombock Mbock Matip aura t-il jamais lieu devant le tribunal militaire de Yaoundé? En effet, c'est depuis le 7 septembre dernier que l'activiste et défenseur des personnes défavorisées est détenu à la prison centrale de Yaoundé pour "propagation de fausses nouvelles". Une affaire sans plaignant toujours en instruction au Tribunal militaire de Yaoundé. En novembre dernier, Mbock Matip a saisi la présidente du Tribunal militaire, colonel Abega Mbezoa, d'une requête en récusation du juge d'instruction en charge de son affaire parce que jugé trop en faveur de ses bourreaux. Depuis lors, plus rien. Le temps passe, les jours s'en vont. Toujours pas de suite dans cette affaire orchestrée par des mains hautement puissantes.

Qui est Mbombock Mbock Matip ? Âgé de 50 ans, handicapé moteur depuis un accident de voiture dont il a été victime au début des années 1990, Mbombock Mbock Matip dirige depuis le 23 avril 2013 un journal appelé Climat Social. Il est également président de la Ligue de défense des droits des personnes défavorisées. C'est du moins sous cette casquette qu'il intervenait comme consultant dans les radios privés qu'il a écumées dans la ville de Yaoundé.
La dernière station de radio privée dans laquelle intervenait Mbombock Mbock Matip c'était Voice Radio, une radio qui était basée au lieu-dit Hôtel du Plateau au quartier Essos à Yaoundé avant de fermer boutique au 2e trimestre de 2019. Dans cette radio, l'activiste ne cachait pas son soutien à Paul et Chantal Biya. Mbock Matip était très lié au jeune promoteur de cette radio, Paul Daizy Biya. Après la fermeture de Voice Radio, Paul Daizy Biya devient l'un des administrateurs de la page Facebook Médiatik. Mbombock Mbock Matip s'y est illustré par des live show de soutien au couple présidentiel.

Beaucoup de Camerounais se montrent indifférents aujourd'hui au sort de l'activiste Mbock Matip à cause de son soutien assumée au régime Biya, son aversion pour l'opposant Maurice Kamto, ses piques contre la communauté bamileké et ses critiques acerbes envers la Brigade anti-Sardinards (BAS), un mouvement des camerounais anti-Biya basés en Occident. Tant que Mbombock le faisait, tout allait bien pour le commandant de la Division de la Sécurité Militaire (SEMIL) , le colonel Émile Bamkoui (que Paul Daizy Biya fréquente) ainsi que pour son indic, Hervé Parfait Mbapou. Jusqu'en mars 2020 où patatras ! Mbombock Mbock Matip annonce qu'il soutient désormais Maurice Kamto et que par conséquent, il est contre la gouvernance chaotique du régime dit du Renouveau. Du coup, Mbombock va se brouiller avec Parfait Mbapou et surtout le colonel Bamkoui qu'il allait souvent rencontrer à ses bureaux à Yaoundé. Puis, sans qu'on ne comprenne trop pourquoi, l'activiste va redevenir un soutien inconditionnel de Paul Biya. Entre temps, il a déjà été éconduit de Mediatik par son promoteur Tchebo Tchebo Bernard, après s'être brouillé avec tous les membres de la page Facebook.

L'arrestation de Mbombock Mbock Matip prend ses racines en mars 2020 au cours d'un rendez-vous entre Paul Daizy Biya et un certain Jordane Stéphane Ngah, homme d'affaire très introduit dans le sérail et les milieux du renseignement. Au bureau de ce dernier à Yaoundé, Stéphane Ngah présente à Daizy Biya ce qui tient lieu de preuves de préparation d'un coup d'Etat par le secrétaire général à la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh et par son ami l'israélien Eran Moas, commandant du Bataillon d'Intervention Rapide (BIR): une vidéo datant de 2013 montrant Ngoh Ngoh en train de recevoir des otages de Boko Haram libérés et des photos de prétendues caches d'armes découvertes à la périphérie de Yaoundé. Puis Stéphane Ngah appelle au téléphone le contre-amiral FOUDA, conseiller spécial de Paul Biya. Il dit à ce dernier qu'il est sur le point de mettre les journalistes sur le coup. Et Paul Daizy Biya de lui demander pourquoi lui, conseiller spécial du chef de l'Etat n'en parle pas directement à son patron ? Que viennent chercher les médias dans cette affaire ? ( Ils viennent mener une campagne contre Ferdinand Ngoh Ngoh bien entendu !).

D'après une autre version de cette affaire, le journaliste Paul Daizy Biya a plutôt subtilisé cette information de l'une des machines du bureau de Georges Stéphane Ngah. Puis il s'est rendu au cabinet du ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, pour lui faire part de cette information. D'après l'audio de 8'02'' d'un échange entre deux agents des renseignements en service à la présidence de la République, le colonel Bamkoui de la SEMIL a pris 10 millions de FCFA auprès du commandant du BIR pour étouffer cette enquête sur la préparation du coup d'Etat par Ngoh Ngoh et Eran Moas. Mis au parfum de l'affaire, Mbombock Mbock Matip, décide de faire un voice WhatsApp de 12' 20'' dans lequel il s'adresse au contre-amiral Fouda Joseph et au général Pierre Semengue. Dans ce voice, Mbombock Mbock Matip accuse le colonel Bamkoui, Paul Daizy Biya et Hervé Parfait Mbapou d'être impliqués dans une tentative de coup d'État contre Paul Biya et d'avoir reçu 10 millions de FCFA de l'israélien Eran Moas qui commande le BIR pour taire cette affaire. Mbombock Mbock Matip envoie ce voice mail à un certain Thierry Roland Enom qui lui a été présenté comme un agent de la DGRE (services secrets camerounais) proche du contre-amiral Fouda. Mal lui en prend puisqu'Enom, consultant média très bien connu dans les milieux sportifs au Cameroun, est plutôt l'un des indics du colonel Bamkoui. C'est plutôt à ce dernier que Thierry Roland Enom va envoyer la bande.

Hervé Parfait Mbapou qui a lui aussi reçu la bande sonore de Mbock Matip entre dans une violente colère. Dans une publication postée le 17 août 2020 sur son compte Facebook, Mbapou Parfait promet de jeter l'activiste en prison afin qu'une fois devant les tribunaux, il puisse apporter la preuve de ses déclarations. Dans ce post Facebook, Mbapou rappelle à Mbombock Mbock ses moments de galère au cours desquels il lui venait en aide financièrement. Le même 17 août 2020 au soir, des éléments de la SEMIL débarquent au domicile de Mbombock Mbock Matip au quartier Mimboman à Yaoundé, l'enlevent et le conduisent au bureau du colonel Bamkoui qui le soumet à de cruels sévices corporels avant de le faire conduire au secrétariat d'État à la défense (SED). Là-bas, il est placé en garde-à-vue.
Pour faire simple, l'actuel secrétaire général à la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, est pressenti pour remplacer Paul Biya à la tête de l'Etat. Il fait partie de ce qu'on appelle le clan pouvoiriste NANGA (tribu de la première dame Chantal Biya). En face, se trouve le clan pouvoiriste des BULU (tribu de Paul Biya) qui cherche à conserver le pouvoir et pour celà, à obtenir la tête de Ngoh Ngoh Ferdinand par tous les moyens. L'information sur la préparation d'un coup d'Etat contre Paul Biya est donc du pain béni pour le contre-amiral FOUDA, fidèle du clan BULU, qui cherche à faire tomber Ngoh Ngoh. Mbombock Mbock Matip est au parfum de cette information. Il cherche à mettre le contre-amiral Fouda Joseph au courant de cette affaire de coup d'Etat à travers un voice mail. Le colonel Bamkoui et Mbapou Parfait (proches de Ngoh Ngoh), mis au parfum du message de Mbombock Mbock Matip à leur ennemi juré, le contre-amiral Fouda Joseph, se sentent trahis et décident de faire la peau à Mbombock Mbock Matip. Rappelons que Mbombock Mbock Matip filait la parfaite entente avec le colonel Bamkoui et surtout Mbapou Parfait. Toutefois, si cette histoire de préparation de coup d'Etat n'est que fantasme et diffamation, pourquoi les concernés ne se constituent-ils pas partie civile au procès devant le Tribunal militaire de Yaoundé ? Pourquoi c'est Mbombock Mbock Matip seul qui est interrogé par le juge Misse Njone? où sont passés les témoins et les victimes de la "propagation de fausses nouvelles" que l'on reproche au défenseur des personnes défavorisées? Pourquoi le procès de l'activiste s'enliser t-il? Cela se saura un jour.

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