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Opinions of Friday, 20 September 2019

Journaliste: Patrice Nganang

Affaire MRC: le plan B de Maurice Kamto

Ces jours sont ceux de la mort d'une idée - celle du dialogue. La mort d'une idée, parce que, déjà rendue bancale par la position de Sisiku Ayuk Tabe, condamne à vie par le Tribunal militaire qui le déclarait un 'non évènement', il vient d'être rendu inutile par le texte de cinq pages de Maurice Kamto. Le texte de Kamto est pédagogique et a trois parties:

1) il présente le fait que l'initiative du dialogue ne revient pas à Biya qui, comme on sait avait plutot l'initiative de la guerre, lui qui l'a déclarée le 30 novembre 2017

2) il présente des garde-fous pour la république, qui consistent en la nécessite d'exclure les armes des discussions politiques (et donc de fait d'exclure les forces armées et les groupes armes eux-mêmes qui seraient représentés par le ministre de la défense et par les leaders politiques de groupes armes ambazoniens)

3) il recadre la substance juridique du dialogue, en parlant de la nécessite d'une médiation internationale.

Grosso modo, je dirai donc que depuis sa prison, Maurice Kamto corrige la copie du dialogue qui lui a été envoyée que, comme lui, nous avons tous reçue hier avec la nouvelle mouture des invitations et l'ordre du jour fixe pour le grand dialogue national de Biya. Maurice Kamto agit donc en professeur-politique, qui demande à son étudiant en droit, le tyran, de lui revenir avec une autre copie, plus claire, plus spécifique, plus sérieuse, de ce dialogue-là. Il est évident que Dion Ngute qui a déjà recopie l'ordre du jour de Biya du dialogue et l'a déjà publie ne reviendra pas avec une nouvelle copie, car ce serait une défaite politique majeure et une concession à Kamto. N'oubliez surtout pas que Biya n'a pas l'initiative du dialogue qui, au fond sert de subterfuge politique pour faire passer la solution politique martelée par la France depuis la visite de Emmanuel Macron au Nigeria en 2018 - la décentralisation. Et puis, même si le dialogue aboutissait à des propositions dont l'élargissement des prisonniers politiques, cette amnistie touchera difficilement Ayuk Tabe condamne à vie par le Tribunal militaire - peut-être amoindrirait-elle sa peine, mais son élargissement sera plus ou moins difficile avec Paul Biya au pouvoir.

Voilà résumée la situation politique qui remet Maurice Kamto au centre politique, car il a posé ce matin par l'entremise de ses porte-bagages - Noah et Nissack qui disaient que le MRC irait au dialogue -, un acte politique majeur. Il met un Nzolo à Paul Biya. C'est-à-dire quoi? C'est-à-dire qu'il refuse d'aller au dialogue de Ngute, tout en soulignant le fait que c'est lui, Kamto, et son parti, le MRC, qui avait l'initiative du dialogue. Le faisant, il retire a Biya la légitimité que celui-ci aurait eu de le présenter, lui Kamto, comme la personne qui rend le dialogue impossible. Et en même temps, il présente le fait qui est évident devant nous tous: le dialogue aura lieu sans aucun des trois présidents de république, qui sont au cœur de la guerre civile et de la crise qui secoue notre pays. Biya s'en trouve ainsi plante: il croyait avoir un pouvoir en étant absent (deus absconditus), et découvre que, avec trois présidents absents, c'est tout son dialogue construit dans la formule de la Tripartite qui perd sa substance. Les Nations Unies lui auraient donné la tribune pour présenter son succès - dans quelques jours. Maurice Kamto vient de lui enlever ce succès-là. Il ne pourra pas dire à la communauté internationale, que le dialogue est en cours et donc avec lui la résolution du problème. Il ne pourra pas dire que la paix est en train de revenir, parce que, avec Sisiku Ayuk Tabe en prison - et condamne à vie -, il est clair que les Ghost Towns ne vont pas cesser, ni d'ailleurs les Lock Downs. Les déclarations des leaders ambazoniens, Ayaba Cho, Akwanga, etc., sont claires de toutes les façons: la guerre continue comme si elle n'avait pas été interrompue, et la guerre civile bat donc son plein au Noso. Pour ce qui est du dialogue, il aura lieu dans la formule rétrécie, de Biya discutant avec les membres de sa coalition (les partis de Momo, de Tchiroma, l'UNDP, etc), qui sont ainsi les échos de sa propre voix, dans ce qui était en fait un piège a con. Avec des associations comme celle des jeunes, qui sont des succursales du RDPC, et évidemment on verra des faux Ambas comme ceux que Ngute avait déjà présentes au Noso.

Quel est le plan B du MRC?

Biya aura donc tue le dialogue en le sabordant, et Sisiku Ayuk Tabe et Maurice Kamto ce matin par son message de cinq pages, l'auront enterre. Pour ce qui concerne les Ambazoniens, il est clair qu'ils continueront la guerre, car après tout, il s'agit d'une guerre de libération, et l'histoire - Erythrée, Soudan du Sud, etc. - nous enseigne qu'elle dure parfois plusieurs décennies. Quel est donc le plan B du MRC, après la lettre très pédagogique de Maurice Kamto? Qu'est-ce qui va donc se passer, du point de vue républicain et francophone, dirait-on? Le plus rapidement le MRC à une repose à cette question, le mieux ca vaudra pour ce parti, car notre pays a besoin, dans la scène nationale, d'une voix partisane forte - à Gauche. D'une voix francophone. JSK a de l'avance ici, et deux choses sont importantes et devraient être mises sur la table,

1) les négociations sous la médiation internationale, négociations dans la lancée de ce qui avait déjà pris pieds en Suisse, sous l'égide du gouvernement suisse, et que Biya veut au fond trianguler par ce dialogue dont il n'a pas l'initiative, je répète, et d'ailleurs vide de substance. Il est salutaire de voir que dans son texte, Maurice Kamto fasse référence à la fin, a la substance de telles négociations, quand il voit la nécessite d'une médiation internationale qui impliquerait des pays occidentaux et des institutions internationales

2) une Commission d'Enquête Internationale sur le Génocide au Cameroun, évidement. Je suis très surpris, je dois le dire, que Maurice Kamto, juriste international, enseignant à l'Académie de droit de La Haye ou se trouve la CPI, ne mentionne pas celle-ci parmi ses demandes, ni ne mentionne le génocide - alors que Paul Biya, par contre a bel et bien mentionne le génocide dans son discours du 11 septembre pour s'en défendre, discours qui a prompte la réaction de Maurice Kamto et de sa coalition. Je trouve cela extraordinaire, parce que le régime du non-droit ne peut pas être remplace au bout d'un dialogue seulement, fut-il sous la formule que Kamto veut - correction de la copie de Ngute -, mais par la restauration du droit dans notre pays dont ni le Code pénal, ni le Code de conduite militaire, ne reconnaissent le génocide comme crime, ni d'ailleurs les crimes contre l'humanité comme des crimes. Vous comprenez que JSK renvoie très facilement le professeur de droit qu'est Maurice Kamto à sa copie, car il s'agit de la défense de la vie de nos compatriotes ici - et plus de politique. Question, le plan B de Kamto c'est quoi?