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Opinions of Friday, 13 August 2021

Auteur: Georges Dougueli

Affaire Enonchong : Georges Dougueli de Jeune Afrique expose les tares de la justice camerounaise

Georges Dougueli de jeune Afrique expose les tares de la justice camerounaise Georges Dougueli de jeune Afrique expose les tares de la justice camerounaise

Georges Dougueli se sent interpellé par l’arrestation de la femme d’affaires Rebecca Enonchong. Il estime que la justice camerounaise vient de prendre un coup et a besoin d’être restaurée. Pour lui, les magistrats aussi sont des victimes du système.

CamerounWeb vous propose la tribune de Georges Dougueli

Dans une société démocratique, le justiciable s'exprime librement devant monsieur le procureur. La liberté d’expression est un bien précieux. Un jour, à une autre époque, le droit pénal camerounais devra purement et simplement supprimer le délit d’outrage à magistrat. Pour se défendre, les magistrats devront invoquer l’injure ou la diffamation.
Ça, c’est pour la dispute intellectuelle.

S’agissant du contexte, tous les procès pour « outrage à magistrat » ne suffiront pas à restaurer l’image d’une justice en crise. Pour être respectée, l’institution judiciaire devrait être respectable. Or, elle est discréditée par les agissements de quelques-uns, brebis galeuses prenant prétexte des bas-salaires pour monnayer leurs décisions et actes. La précarité ne peut pas justifier l'infamie de la corruption. A la décharge des magistrats honnêtes mais susceptibles, c'est le pouvoir exécutif qui est à blâmer. Lui qui leur tient la bride haute par le chantage à la carrière (passage de grade aléatoire voire discriminatoire, affectations disciplinaires déguisées, etc.) et qui entretient la précarité (interdiction de se syndiquer et même de se constituer en mutuelle). Ne parlons même de toutes sortes de harcèlements … Il suffit d’entrer dans un bureau de magistrat pour constater le délabrement des lieux, l’aigreur des occupants, la lourdeur de l’atmosphère.

Les magistrats sont donc eux aussi des victimes du système gouvernant. Cela dit, il ne leur servira à rien de passer leurs nerfs sur les justiciables, que ces derniers soient connus ou non. Montrer ses muscles peut susciter la crainte mais pas le respect. Or, une société qui ne respecte plus les personnes dépositaires de l’autorité publique cesse d’être habitable.
Il faut libérer Rebecca Enonchong parce qu’elle n’est en rien la cause de ce climat de défiance entre justice et justiciables. Elle aussi est une victime.