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Opinions of Monday, 17 June 2019

Auteur: CHARLES KABANGO

Achile Mbembe, le mauvais oiseau

Le postcolonial, postintellectuel, postcamerounais, post-tout-ce-vous-voulez Achille Mbembe, a lâché une tribune sur sa page facebook en mai, dans laquelle il semblait indiquer ce qu'il fallait faire. Hélas, l'intellectuel qu'il peut être parfois, par inadvertance, a laissé place au perpétuel propagandiste post-machin ou enfumeur qu'il est véritablement.

La jeunesse africaine est seule, disais-je plus haut...Oui, cette solitude intellectuelle est la raison même de sa perdition, de son errance, de sa dégénérescence.

Que voulez-vous que cette jeunesse terriblement cassée par l'expérience fasse avec des Mbembe? Elle ne peut que se coucher, fatigue oblige, et rêver...ou alors se maintenir debout et rêvasser. Autrement dit, il existe un certain type d'intellectuels africains, les plus côtés en bourse, qui sont tout aussi nuisibles à l'émancipation du continent africain que les dirigeants qu'ils aiment "critiquailler" matin, midi, soir.

Pour justifier l'intervention de la "communauté internationale" qu'il souhaite dans sa terre natale, le Révérend Achille Mbembe argue que "Un tel niveau de saccage - en une période aussi courte - de vies humaines, de biens matériels, d'infrastructures et de ressources vitales, qu'accompagnent nécessairement maintes atrocités et de très graves violations de droits humains - tout cela ne relève plus d'une affaire intérieure." Mais le chômage massif des jeunes camerounais, la pauvreté générale dans le pays, tout cela bien sûr, ne relève que de la stricte compétence de Biya.

Achille Mbembe est très en retard. Il aurait devancé Bernard Kouchner, qu'on lui aurait trouvé quelques mérites. Le Cameroun n'est pas le seul pays au monde qui soit trempé dans les conflits. La Libye, n'est-elle pas devenue une véritable jungle du fait que, quelques savants ont affirmé qu’il ne s’agissait plus d’une "affaire intérieure" et qu'il fallait dépêcher les humbles serviteurs de l'OTAN?

Si Mbembe est vraiment scandalisé par le "saccage, les vies humaines, les biens matériels..." le cas du Cameroun devrait moins le préoccuper. Nous pouvons lui dresser une petite liste de Pays où il nous tarderait de lire, sous sa plume, ce qu'il y a lieu de faire : Somalie, Soudan, RCA, RDC , Palestine, Libye, Irak, Syrie, Afghanistan, Yemen....Le patrimoine mondial de l'Unesco n'a pas été saccagé au Cameroun mais en Syrie. Que de villes détruites en Irak! Que d’œuvres pillées en Syrie...Que de morts en RDC...Que de Squelettes au Yemen...Et le Révérend Mbembe n'a pas bronché. Pourquoi donc? Y a t-il commune mesure entre ce qui se passe dans ces pays et la réalité au Cameroun? Nein.

"Tout indique en effet, poursuit le postcolonial, que le régime de Yaoundé a perdu le contrôle exclusif (l'un des critères de la souveraineté) dans deux régions importantes du pays ou son autorité est désormais violemment contestée."

Le Cameroun, tout comme d'autres pays africains utilisent le Franc des Colonies Française d'Afrique (F Cfa). Ce volet de la souveraineté semble moins agacer l'Afro-intellectuel Mbembe. Tout comme la sur-présence des militaires américains, français..dans le Golfe de Guinée semble ne pas le gêner.

Le Nigéria, première puissance économique en Afrique, a t-il le contrôle exclusif de son territoire? N'héberge t-il pas le siège de Boko Haram? N'a t-on pas capturé et perdu de vue plus de 200 jeunes filles en 2014 du côté de Chibok au Nigéria ?

Ce ne sont pas deux régions qui contestent l'autorité du régime de Yaoundé. Il y a des mercenaires qui ont enfin décidé de passer aux actes. Ce sont ces mercenaires (qui ne représentent qu'eux-mêmes) qui contestent l'autorité de l’État du Cameroun. Alors, que des mercenaires installent un climat de chaos dans ces deux régions ne veut pas dire que "deux régions" (la majorité de la population) contestent le régime. C'est imbécile de ne pas faire cette petite distinction. D'autant plus imbécile que la quasi totalité des déplacés de ces deux régions, qu'on appelle "anglophones", se déplacent à l'intérieur du pays, en direction des zones plus stables et calmes. Où migrent, où se réfugient les populations de ces deux régions? Dans ce que certains pourraient appeler la partie "francophone" du pays. La majorité de la population est en quête de protection de l'Etat. Et il n'y a qu'un Mbembe pour penser qu'il faut un "dialogue intégral" lorsqu'en face on a des gens qui ont pris des armes, précisément parce qu'ils n'ont rien à avancer comme argument, leur seule voie de prospérité ne pouvant être que le chaos.

Et, ne nous voilons pas la face, si l'Etat du Cameroun est affaibli dans ces régions et même partout ailleurs à des degrés divers et sous des formes différentes, c'est en partie grâce à des specimens comme Mbembe. L'on s'amuse à mettre sur un pied d'égalité l'Etat camerounais, aussi catastrophique soit-il, et les mercenaires moribonds qui se réclament de l'Ambazonie. On peut constater que, ces derniers temps, les moribonds ont gagné la sympathie de quelques petits opposants assoiffés de pouvoir ayant pour mot d'ordre: l'opportunisme, notre demeure!

La détestation d'un régime ne saurait justifier sa liquidation à n'importe quel prix. Il incombe aux plus instruits d'une société, d'une société aussi fragile et misérable que la société camerounaise, de ne jamais prêter le flanc aux aventuriers de toute sorte. Sécessionnistes, fédéralistes et j'en passe, aujourd'hui au Cameroun, sont des aventuriers...les pires qu'ils soient. A côté d'eux, même le dégoutant et irrécupérable régime de Biya passe pour sympathique.

"Au lieu de protéger ses citoyens, écrit Achille Mbembe, en recourant au dialogue intégral, le gouvernement a déclaré la guerre a ceux d'entre eux qui sont porteurs de revendications qu'il n'approuve guère, dont la plupart sont, au demeurant, légitimes."

Nous y sommes. Il n'y a qu'un intellectuel de la trempe d'Achille Mbembe pour penser qu'un Etat, une société, un groupe puisse se protéger en recourant au dialogue avec les "ennemis". Pendant que les mercenaires s'arment, il faut que l'Etat camerounais, lui, se désarme, et ait recours au "dialogue intégral". L'expression ne manque pas d'air.

Le gouvernement camerounais n'a jamais déclaré la guerre aux enseignants et avocats du Nord-Ouest et Sud-Ouest Cameroun qui avaient initié une série de revendications. L'historien Mbembe reprend le fil des évènements à l'envers. Il ne distingue rien, il mélange tout...Il entretient la confusion. Comme intellectuel, dans ce passage à vide que connaît le Cameroun, il ne sert donc à rien. Que le gouvernement déclare la guerre à une bande armée qui ne s'est jamais inscrite dans le débat d'idées, une bande armée qui terrorise la population, une bande armée qui croit que la sécession du Cameroun est un droit divin dont elle serait la détentrice, est la moindre des choses. D'ailleurs, il faudrait même regretter que chaque camerounais n'ait pas ressenti comme une attaque personnelle dans sa chair et ses os les attaques de ces mercenaires....C'est chaque camerounais qui devrait déclarer la guerre contre ''ces gens''...Car, aujourd'hui, c'est le Cameroun entier qui va mal et continuera d'aller mal.

Quant aux revendications légitimes, il faudrait dire à Mbembe que ce n'est pas lui, devant son écran de smartphone, sur sa page facebook, qui décrète la légitimité ou non d'une revendication. De quelles revendications, partent-ils? Et en quoi sont-elles légitimes? Faut-il confondre la revendication des sécessionnistes avec la revendication des avocats et enseignants (que je trouvais, pour ma part, tout à fait discutables)? Faut-il confondre la revendication malhonnête du MRC avec la Revendications des sécessionnistes? Faut-il confondre les revendications fédéralistes hétéroclites avec les revendications d'on ne sait plus qui?

Le gouvernement camerounais vaut ce qu'il vaut (pas grand chose), mais Achille Mbembe ne vaut pas plus que lui. Il est en deçà du régime camerounais. Il ne saurait donc donner des leçons. Ce n'est qu'un pompier pyromane.

Dans le rôle de pompier, après avoir contribué à mettre le feu, il déclare: " Dans la mesure ou l'Etat n'est plus à même de préserver la vie et la sécurité de centaines de milliers de civils contraints à la fuite (voire dans la mesure où il fomente lui-même cette insécurité), l'on est désormais face à une grave affaire internationale qui menace la paix régionale et dont la solution requiert, par conséquent, le recours aux outils et dispositifs juridiques internationaux."

Dans quel pays au monde, monsieur le postcolonial a t-il vu un Etat assurer, préserver la vie et la sécurité des civils par le "dialogue intégral"? Lui qui enseigne dans les universités américaines, peut quand même nous parler des jeunes noirs tués par la police au nom de la sécurité, de la légitime défense et de l'ordre public...Mbembe a t-il déjà pris sa pauvre plume pour s'attaquer à la police américaine et exiger que la Communauté internationale se penche un peu sur le cas USA?

Parlant des civils contraint à la fuite, c'est archi vrai....Mais, Mbembe sait au moins que son pays le Cameroun dans la sous-région, et même dans la région est une haute terre de réfugiés.

Au 31 mai 2018, le HCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés) recensait sur le sol camerounais 358 438 réfugiés. Près de 258 779 Centrafricains, plus de 90 000 Nigérians (du Grand Nigéria), près de 2000 Tchadiens....des Rwandais, des Congolais, des Soudanais, des Ivoiriens, etc. La fameuse paix régionale, Mbembe la découvre en 2019, mais qu'il sache enfin que le Cameroun n'y est pour rien. La Centrafrique représente depuis des années maintenant une grave affaire (la France y a déposé les bagages de son armée)....Hélas, on n'a pas beaucoup entendu l'historien sur le sujet.

Les fameux "outils et dispositifs juridiques internationaux." n'ont pas jugulé, ni réglé les crises soudanaises, somaliennes, centrafricaines, congolaises....On ne voit pas pourquoi, soudain, ils seraient d'une redoutable efficacité au Cameroun. On ne voit pas pourquoi ces miraculeux dispositifs internationaux se pencheraient d'abord sur le cas Cameroun alors qu'il y a des cas plus anciens, dont ceux de nos chers voisins centrafricains et nigérians. Inutile de renchérir sur la RDC, la Palestine...et que sais-je.

"Le recours aux instances internationales et aux mécanismes juridiques associés se justifie d'autant plus que de nombreux précédents existent, où la communauté internationale est intervenue énergiquement, et pour des causes relativement bien moins graves que celle-ci", insiste l'inutile intellectuel.

On peut tout justifier. L'intervention en Irak, elle aussi, a été parfaitement justifiée par Sir Collin Powel. En Libye, BHL s'est chargé du volet justification....Au Venezuela, les justifications sont déjà là, simplement, la Russie joue au trouble-fête...alors pas d'intervention pour le moment. Et si on commence alors à justifier une intervention par une autre intervention, sans se soucier du résultat, alors soit on est fou, soit on est corrompu par ce "système d'intervention" (L'impérialisme). Que Mbembe procède a un bilan des interventions de la "communauté internationale"...Juste un bilan, pas plus. Ses analyses, qu'il les garde pour ses Ateliers de la Pensée Négroïde ou Négrotique à Dakar.

Et, lorsqu'il évoque "des causes relativement bien moins graves que celle-ci.", on aurait bien voulu savoir lesquelles. "Graves" par rapport à quoi et à qui? Quel est le référentiel de Mbembe? Estime t-il ce qui se passe au Cameroun plus grave que ce qui se passe au Yémen? Considère t-il le régime de Yaoundé plus inspportable que celui de Riyad? C'est effrayant de voir cet Africain écrire une telle phrase.

Et par la suite, c'est ce même Achille Mbembe qui pondra un article dans Le Monde pour sermoner l'Afrique en disant que: "Les Africains doivent se purger du désir d'Europe". Que Mbembe commence d'abord à se purger de son propre désir de « communauté internationale » ...,de ses propres fantasmes. Voilà donc un intellectuel camerounais dont le jeune pays est traversé par plusieurs crises, et qui ne trouve qu’à quémander l'intervention du "Sorcier blanc" (Communauté internationale), à s'en remettre aux "outils et dispositifs internationaux". Or, on sait très bien lorsqu'on parle d'Organisation internationale qu’il s'agit en réalité d'organisations foncièrement occidentales...qui ont été pensées inconsciemment ou consciemment, dans le seul but de préserver les intérêts des pays du Nord, d'assurer leur domination. Le droit international, ce n'est pas un droit neutre ni un droit qui traduit et assure une quelconque égalité entre États dans le monde. On le voit très bien avec Trump et sa "brave" attitude. Il piétine et marche sur les outils et dispositifs internationaux chers à Mbembe, et au final, pas une seule sanction à son égard, pas une seule sanction à l'égard des USA. Quand même, ne poussons pas le bouchon si loin, sanctionner les USA? C'est le monde à l'envers...Sanctionner l'Afrique, y intervenir, encore et toujours, en se foutant des regards obliques, ça, c'est dans l'ordre naturel des choses.

Bien. Arrêtons de commenter du Mbembe. Cela n'a rien de stimulant. Rien de plaisant. Tout franc lecteur aura compris que ce type d'individus est davantage préjudiciable à la santé mentale de l'Afrique et à son devenir que n'importe quel président de la République mal élu.

Il y a bien sûr une dimension africaine, voire internationale dans les crises qui traversent le Cameroun. Mais ce n'est pas une raison d'écarter les camerounais de leurs propres responsabilités. C'est à eux, que doit revenir l'honneur, le défi de sortir leur pays de l'impasse, de la tombe. Pourquoi demander à la CI d'intervenir?

Dans n'importe quel pays au monde, toute crise mêle à la fois des causes internes (nationales) et externes (internationales), est-ce pour autant que Mbembe en appelle à chaque fois à ladite "Communauté internationale". D'ailleurs, la fameuse crise des "gilets jaunes" avait ceci d'amusant que les "revendicateurs" semblaient ne pas avoir très bien compris que le problème n'était aucunement franco-français, que leur soif du "RIC" n'était qu'une plaisanterie. Au lieu d'aligner drapeau tricolore et Marseillaise dans les manifestations, de stationner dans les ronds-points comme si on ne savait pas quelle sortie il fallait emprunter, les "gilets jaunes" auraient pu faire preuve d'une toute petite culture marxiste. Niveau enseignement révolutionnaire, il n'y a pas mieux. Bref, revenons sur le cas Cameroun.

Il faut soutenir, contrairement à Achille Mbembe, qu'aucune intervention de la "communauté internationale" n'est souhaitable et bienvenue au Cameroun. Sous aucun prétexte. Au regard de l'histoire récente, on peut soutenir que les interventions de la "communauté internationale" sont des interventions impérialistes. Et l'impérialisme, comme Lénine nous l'a démontré méthodiquement, c'est le stade suprême du capitalisme.

Conclusion

Peut-on éviter au Cameroun son destin? Le destin de l'Afrique? Celui de la Catastrophe Promise? Difficilement. Les conditions sont réunies pour que les différents acteurs persistent dans leurs bêtises, leur aveuglement, leur soif de pouvoir, etc... Peut-on limiter les dégâts? Assurément. Et ça, cela commence par un diagnostic clair et limpide de la situation. Il faut déjà arriver à faire entendre aux Camerounais qui croulent sous le poids des poncifs occidentaux, des concepts creux locaux, d'analyses foireuses, un autre son de cloche, une autre lecture de la situation présente, et donc proposer un autre Cameroun, une autre Afrique, un autre monde. Tout est lié. Il faut en quelque sorte désintoxiquer les cerveaux, les réarmer intellectuellement ....Sans cela, rien de bon ne se fera.

Certains Camerounais opportunistes ont le sentiment d'être dans une situation de pré-révolution. Le régime de Yaoundé tombera, voilà leur conviction. Et après?

Il faut s'occuper urgemment et sans délai de la jeunesse camerounaise, se mettre à son service. Point par point. Il faut penser avec elle, s'organiser avec elle, et agir avec elle. Les gesticulations autour de la forme de l'Etat, les éternelles critiques milles fois entendues sur le régime de Biya ne sont d'aucun intérêt.

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