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Opinions of Wednesday, 13 January 2021

Auteur: Michel Biem Tong

13 janvier 2015-13 janvier 2021: retour sur le chemin de croix de Polycarpe Abah Abah

C’est l’un des plus gros scandales jamais enregistré dans les annales judiciaires au Cameroun. Le 13 janvier 2015 en effet, le Tribunal criminel spécial Tribunal de condamnation systématique a condamné Polycarpe Abah Abah à 25 ans de prison ferme pour le soi-disant détournement d'une somme de 7 767 558 783 F CFA (seul et en coaction avec d’autres).

En effet, il ne s’agit pas de détournement à proprement parler, mais de non-reversement de la part de TVA due au Crédit foncier du Cameroun dans le cadre du paiement de la dette intérieure recommandé par le FMI. Ce non-reversement est en réalité dû au fait qu’après le décret du Premier Ministre du 20 décembre 2003, les comptes de l’administration publique (dont de la direction des Impôts) sont devenus des comptes Trésor soumis à la double signature de l’ordonnateur et du comptable patent.

C’est ainsi qu’à la faveur de ce décret, les contrôleurs du Trésor ont emportés les soldes des comptes (dont les 7 767 558 783 F CFA en question) et les ont reversé au Trésor. Par ailleurs, le directeur des Impôts de l’époque n’a pas obtenu l’autorisation du ministre des Finances de reverser quoi que ce soit au Crédit foncier.

Terrorisme judiciaire

Malgré ces faits suffisamment clairs, le TCS a infligé une lourde condamnation à Abah Abah. Plus grave, il a décidé de la confiscation des biens de M.Abah Abah qu’il a acquis avant les faits à lui imputés. Le TCS s’est livré à un jeu consistant à faire passer son terrain du village morcelé en plusieurs titres fonciers (plus d’une vingtaine) pour des immeubles bâtis.

Bien plus, les biens de son épouse, les comptes bancaires (des comptes d'épargne) de ses enfants ont été confisqués abusivement alors qu’à aucun moment, leurs noms n’ont été cités à aucune étape de cette procédure. Polycarpe Abah Abah n’a d’ailleurs jamais été entendu sur l’origine de ses biens saisis. Son épouse et ses enfants sont donc tombés sous le coup du délit de patronyme. Un terrorisme politico-judiciaire que nous continuerons à dénoncer avec la dernière énergie !

Depuis mars 2015, le Comité de Libération des Prisonniers Politiques (CL2P), association parisienne dédiée à la défense des prisonniers politiques en Afrique, reconnaît M. Abah Abah comme un prisonnier politique. Ce dernier est détenu depuis le 26 juin 2012 dans une prison de haute sécurité au secrétariat d'État à la défense (SED), après avoir passé plus de 5 ans de détention à la prison centrale de Yaoundé.