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Culture of Monday, 18 January 2021

Source: Arol KETCH

Vox Africa, la plus grosse déception de l’histoire de la télévision Camerounaise

C’est une télévision qui a fait rêver de nombreux camerounais et africains à ses débuts. Un projet ambitieux. La programmation était excellente avec des émissions phares telles que : Sans Rancune, 52 Mag, Recto Verso, Afro Buzz, Vox Jeunesse, Vox books, Vox News, Elles se racontent, Actu Net etc.
Le projet était captivant car cette chaîne avait pour ambition de réinstaurer la fierté africaine et de permettre aux africains de se raconter eux-mêmes.
Le casting était alléchant avec des grands noms : Jules Domché, Paulin Mballa, Bonny Philippe, Martin Camus Mimb, Paul Mahel, Annie Payep, Eric Nyindu etc.
Même la pépinière de cette chaîne était prometteuse, plusieurs jeunes loups aux dents bien longues.

Un projet intéressant avec une équipe de qualité. On voyait alors déjà Vox Africa trôner au sommet et dominer le paysage médiatique à l’échelle africaine.
La chaîne était très suivie et moderne, un site internet mis à jour avec des replays des principales émissions, une équipe jeune et dynamique, une bonne présence sur les réseaux sociaux. Ses émissions phares aux concepts novateurs se sont peu à peu imposées dans le microcosme médiatique camerounais et africain. « Sans Rancune » animée par Jules Domché faisait un tabac. « Recto Verso » n’était pas en reste.

L’aura de cette chaîne commençait déjà à prendre une dimension internationale puisque la chaîne avait des bureaux dans plusieurs capitales européennes. Les journalistes de Voxafrica étaient reçus avec faste par les dirigeants africains. La chaîne a aussi couvert plusieurs grands événements sur le continent. On se souvient par exemple de sa brillante couverture des élections présidentielles en Côte d’Ivoire.

Mais la frilosité de l’équipe dirigeante avec à sa tête le banquier Paul Fokam Kemogne va laisser ce projet se transformer en un projet quelconque à l’instar de toutes les chaînes panafricaines. En réalité, l’équipe dirigeante n’avait pas le courage politique de ses ambitions.

Peu à peu la chaîne va devenir une affaire familiale. Le boss Fokam Kemogne va confier la gestion de la chaîne à sa fille Rolande Kammogne. On dirait un caprice de milliardaire qui crée une chaîne de télévision et l’utilise comme un jouet qu’il offre à sa fille pour le bonheur de cette dernière. Peu formée dans ce domaine et n’ayant pas la connaissance du milieu, la fille du boss a failli amener la chaîne précipitamment au cimetière. Le papa est rapidement intervenu et l’a envoyée se former.

Les mastodontes de la chaîne vont peu à peu quitter le navire : Paulin Mballa, Paul Mahel, Boney Philippe, Rémy Nsabimana. Et le clap de fin de cette chaîne est certainement le départ d’Annie PAYEP, une historique de la maison. Cheville ouvrière qui a contribué à hisser cette chaîne au sommet aux côtés de Jules Domché.

Notons que malgré les moyens mirobolants que dispose le propriétaire de cette chaîne, qui est la première fortune du Cameroun, ces dernières années les employés de cette chaîne n’étaient pas régulièrement payés ; un salaire modique et irrégulier. Les journalistes étaient obligés de devenir des gombistes pour vivre. Voilà même qu’il fallait dorénavant payer pour passer dans certaines émissions à Voxafrica. La chaîne est devenue un business familial et amical. Quelques personnes gagnent de gombos juteux et se sucrent au détriment des autres. On note là donc un sérieux problème managérial et même éditorial.
Toutefois Vox africa a encore la facilité de séduire en intégrant dans sa grille par moment des projets alléchant : Travelling, The Voice Afrique, L’intelligence du monde etc . Lors de la dernière présidentielle au Cameroun, ils se sont démarqués en proposant quelques programmes alléchants et innovants.
C’est de cette chaîne qu’ont émergé des pépites telles que : Rémy Nsabimana, Romaric Tenda. Cabral Libii y a même fait ses classes.
Voxafrica avait vraiment une équipe de galactiques avec beaucoup de complicité. Des jeunes talentueux et passionnés prêts à faire bouger les lignes dans le paysage médiatique africain.

Voxafrica est aujourd’hui l’ombre d’elle-même. Une coquille vide. L’effectif de journalistes talentueux s’est réduit comme peau de chagrin. Les programmes phares ont disparu. Jules DOMCHE est aujo
urd’hui le seul survivant de l’âge d’or de cette Chaîne.
On a l’impression que l’ossature actuelle de cette chaîne est essentiellement constituée de pigistes et des stagiaires. Il n’est pas rare de voir des noms comme Polycarpe ESSOMBA venir faire des piges le temps d’une émission.
Cette chaîne est certainement la plus grosse déception de l’histoire de la télévision camerounaise. Comment est-ce qu’avec autant d’argent et de talents, les promoteurs de cette chaîne n’ont pas réussi à bâtir un grand empire médiatique comme le font les grands industriels ailleurs ?
Cela peut s’expliquer certainement par la frilosité de l’équipe dirigeante, une stratégie opaque et une vision devenue floue avec le temps.
Par exemple, pourquoi diffuser une chaîne à dimension panafricaine depuis Londres ? Rien que de ce fait, les émissions n’étaient pas régulièrement en direct. Elles étaient enregistrées et il pouvait se passer plusieurs jours pour qu’elles soient diffusées après enregistrement. Ce qui n’est pas efficace pour des émissions d’actualité par exemple.

Voxafrica est une chaîne qui nous a fait rêver et qui a révélé des pépites. Mais, pour briller dans un environnement médiatique compétitif, cette chaîne doit revoir son management, améliorer la prise en charge de ses employés et leurs conditions de travail. Elle doit avoir le courage d’assumer une vision et une ligne éditoriale précise.

Nous invitons les industriels, les hommes d'affaires, les banquiers et les milliardaires camerounais à avoir un peu de courage. Il faut bâtir des empires médiatiques solides pour favoriser la diffusion de la bonne information, pour l'éducation des masses et surtout pour contribuer à bâtir une véritable démocratie. Les médias représentent le quatrième pouvoir et aucune société démocratique ne peut bâtir sans des médias forts.

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