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Culture of Friday, 13 November 2020

Source: lequatrièmepouvoir.com

Mariage Defosso-Ngouchinghe: la face visible du creusement des inégalités sociales

Un mariage stratosphérique a eu lieu le week-end dernier entre deux familles de milliardaires camerounais. Le buzz sur la toile est lié à la très faible proportion d'artistes camerounais invités à chanter pour honorer les prestigieux tourtereaux du jour. En effet, sur le podium on a remarqué une belle brochette de stars internationales de la musique tels que Fally Ipupa, le nigérian Flavour ou le groupe antillais Kassav'. On a quand même aperçu le groupe camerounais TAKAM2 qui a contribué et renforcer le thème très culturel et traditionnel dans lequel se déroulait la cérémonie.

Une question se pose donc: Dans les années 80, les 2 milliardaires se seraient sentis comme des heureux élus s'ils avaient pris une photo ou reçu un autographe des artistes comme BEN DECCA ou SAM FAN THOMAS. Pourquoi aujourd'hui ces 2 derniers ne sont presque plus dignes de chanter au mariage de leurs rejetons?

À mon avis, c'est tout simplement parce que qu'ils ne sont plus de la même classe sociale.
C'était un mariage princier placé sous le signe de la démesure. Les invités tels que la star de football Samuel Eto'o (qu'on croyait à Dakar) étaient triés sur le volet. Il n'y avait pas n'importe qui.
Le père de la mariée, le roi de la distribution du poisson au Cameroun est au sommet de sa richesse et de sa gloire. Sur l'échelle de Maslow, on dira qu'il est au "stade d'accomplissement". Quand il pose un acte, il a besoin que ça reste dans les annales. Faire venir des stars internationales qui coûtent chers est un besoin impérieux pour son estime personnelle. Malheureusement très peu d'artistes camerounais peuvent avoir des exigences de cachets de plus de 2 millions de FCFA la soirée. C'est absolument ridicule pour l'immense trésor du boss de CONGELCAM.

Et pourtant dans les années 80, il aurait supplié ces artistes camerounais à genoux de venir chanter juste 5 min à une de ses cérémonies.
Pourquoi ce changement de paradigme ?

Tout simplement parce que les inégalités sociales se trop creusés. Le Cameroun n'a jamais été aussi riche qu'aujourd'hui. Au début des années 80 le PIB du Cameroun valait environ 7 milliards de dollars. Aujourd'hui il en vaut presque 40 . Ça veut dire que la richesse nationale a été multiplié par 6 en 40 ans.
Mais cette richesse est malheureusement inégalement répartie. Le secteur de services et du commerce (comme la distribution des denrées alimentaires tels que le poisson) ont vu leur part dans le PIB être multiplié de façon exponentielle. Au meme moment, la part de l'industrie culturelle comme la musique a fondu comme la neige sous le soleil. Droits d'auteur bafoués, salles de spectacle fermées, chansons piratées en libre accès, les artistes musiciens camerounais ne valent plus grand chose financièrement. Conséquences : il n'existe aucun artiste milliardaire et millionnaire au Cameroun, comme au Nigeria voisin. Les patrimoines des artistes comme DAVIDO ou FLAVOUR au Nigeria ou FALLY IPUPA, peuvent faire pâlir d'envie certains grands industriels camerounais.

Pendant ce temps, les artistes camerounais font la manche même pour se soigner où manger au quotidien. Ils ne sont donc pas "dignes" d'être invités au mariage de milliardaires. Un proverbe de Zilly dit que "Seuls les arbres de même taille se passent les singes". Seuls les personnes riches et célèbres peuvent se retrouver ensemble pour une cérémonie de mariage prestigieux.
Le problème de fond est donc la : Le Cameroun est devenu trop riche. Mais les plus riches se sont encore plus enrichis et les plus pauvres se sont encore plus appauvris. Sans une véritable politique de soutien et de développement de la culture, les artistes musiciens sont devenus des clochards, des gueux et parias à qui on ne donne rien, mais à qui on exige beaucoup comme des soutiens pour des causes sociales ou politiques. C'est donc la double peine pour ces créateurs des oeuvres de l'esprit.

Plusieurs catégories de citoyens (paysans, artisans, enseignants, médecins, etc..) vivent avec douleurs, le fossé, voire le gouffre des inégalités sociales qui continuent inexorablement de se creuser dans notre pays pourtant si riche.
Au lieu de se moquer des artistes camerounais qui ont perdu en considération et en estime dans le grand public (toujours prêts à demander que "les artistes camerouais chantent même quoi"), il faut réfléchir à une politique de redressement culturel et de partage de richesses juste et équitable entre ses citoyens.

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