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Movies of Thursday, 7 February 2019

Source: camerlinked.com

'Les Armes Miraculeuses': Jean-Pierre Bekolo dévoile les secrets de son dernier film

Les armes miraculeuses, dernier film en date du cinéaste camerounais Jean-Pierre Békolo, sera en compétition pour l’Etalon d’or de Yennenga à la 26-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, prévue du 23 février au 2 mars prochain.

Le film se déroule en Afrique du Sud où, dans les années 1960, trois femmes sont amoureuses d’un homme noir condamné à mort. Au-delà de son traitement des relations de chacune d’elles avec l’homme, le réalisateur questionne la condition du Noir dans le monde d’aujourd’hui et appelle à une relecture du concept de la Négritude.

A lire le titre du film, Les armes miraculeuses, on pense au texte du poète Aimé Césaire. D’où vient ce film ?

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J’ai envie de dire que le film ne vient pas du texte au départ. Il vient d’une histoire un peu vraie, mais qui a été réadaptée, d’un condamné à mort soutenu par trois femmes. Evidemment, nous avons écrit cette histoire-là dans le but de parler de la situation du Noir qui est déjà condamné – donc c’est comme une métaphore – mais aussi de parler de la peine de mort. C’est-à-dire des hommes qui décident qu’un autre homme va mourir parce qu’il a fait ceci ou cela. Moi, je crois que ce sont des choses qu’il est important de revisiter. Il est important de prendre le temps de faire ce genre de film et de raconter cette histoire.

Vous racontez cette histoire en mettant le personnage principal en relation avec trois femmes. Comment avez-vous construit cette relation ?

Disons que la relation du condamné avec les trois femmes a deux dimensions : la première dimension est une dimension métaphorique. Le condamné a une histoire. La question est celle-ci : en tant que Noir, on se demande qui va nous sauver au vu de notre histoire ? Est-ce que c’est quelqu’un qui vient de loin ? Nous avons le personnage de cette femme qui vient de loin pour aider le condamné. Est-ce que c’est nous-mêmes qui allons nous sauver ? L’histoire de sa femme qui gère ce petit Bed & Breakfast à côté de la prison. Est-ce que c’est le savoir qui nous sauver ? C’est l’histoire avec la prof de français. Mais au-delà de tout ça, il s’agit d’un film avec des relations humaines. Un personnage exerce une fascination sur les femmes qui, en retour, ne s’intéressent peut-être pas au condamné, mais à l’être humain qu’il représente.

De ce point de vue, on peut le voir alors comme une relecture du concept de la Négritude ?

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La Négritude, malheureusement, n’a pas été assez récupérée les artistes. Je trouve que la Négritude se discute malheureusement comme un phénomène historique, c’est tout. Il n’y a pas une réappropriation, une réadaptation voire une critique de la Négritude. Quand le personnage principal qui est condamné à mort, dit qu’il aimerait trouver les armes miraculeuses pour se libérer, l’idée est un peu folle, mais on se dit que quand Aimé Césaire écrit « Les armes miraculeuses », il se dit qu’il faudrait peut-être que nous embrassions la culture du Blanc, sa langue, pour nous libérer de l’oppression. Le film, quelque part, essaie de nous interroger là-dessus. Il ne s’agit pas de voir si c’est quelque chose de réaliste.

Il s’agit plutôt de se dire que ces poètes que sont Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, à l’époque, voulaient, à travers l’esprit, dominer l’oppression. C’est-à-dire transcender ce qu’ils vivaient. Ils se disent : « Oui, nous sommes victimes de racisme, de colonialisme, mais nous allons créer un phénomène mental qui va faire que nous allons être supérieurs à ce qui est en train de vouloir nous écraser ». Je crois que c’est dans ce sens-là qu’il s’agit de voir l’exploitation qu’on fait des « armes miraculeuses » qui, de toute évidence, créent une obsession du condamné. Celui-ci se dit : « Est-ce que la culture va me sauver ? ».