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Culture of Monday, 30 March 2020

Source: ouest-france.fr/

Confidences: comment Manu Dibango a alerté sur le Coronavirus avant sa mort

Le saxophoniste camerounais Manu Dibango, légende de l’afro-jazz, est décédé mardi en France des suites du Covid-19 à 86 ans.

Il était arrivé d’Afrique à l’âge de 15 ans, dans la France de l’après-guerre, hébergé dans une famille d’accueil de Saint-Calais, dans la Sarthe. Quatre ans plus tard, il avait découvert par hasard le saxophone à Saint-Hilaire-du-Harcouët (Manche), lors d’un séjour de vacances de jeunes Camerounais arrivés en France. "Cela m’a chatouillé les lèvres !" aimait-il rappeler dans un grand rire chaleureux. Toute sa vie, il fut un bâtisseur de ponts, entre l’Afrique et la France, entre les générations, entre des musiques très différentes, inspirant les plus grands. L’immense musicien de jazz Manu Dibango est mort cette semaine à 86 ans, emporté comme tant d’autres par le coronavirus. Il faut saluer l’artiste, mondialement reconnu, mais aussi réécouter ses paroles. Son témoignage était celui d’un homme lumineux, engagé, tourné vers les autres : "J’ai connu la France de l’après-guerre, il y avait de la fraternité dans l’air (1). Pourquoi ne sait-on plus aujourd’hui bâtir les uns avec les autres ?"

Les mots de Manu Dibango résonnent aujourd’hui alors que la crise sanitaire nous fait regarder en face des situations humaines particulièrement douloureuses. Dans les hôpitaux, des gens meurent alors que le personnel soignant, admirablement engagé, manque de moyens. Dans les Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), la liste des victimes s’allonge. Les visites des familles ne sont plus possibles et le personnel, là encore admirable, fait avec les moyens du bord. Et ces moyens manquent cruellement. Depuis des semaines, des mois, des années, les personnels de santé nous alertent face aux difficultés rencontrées dans l’exercice de leurs missions. Aujourd’hui le constat est clair : la France n’était pas préparée à affronter une telle crise et cela va bien au-delà de la pénurie de masques et de gel hydroalcoolique.

Alors que le président de la République vient d’annoncer pour nos hôpitaux "un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières", il faut aussi se souvenir de ce que mettait en lumière il y a deux ans un rapport parlementaire consacré aux Ehpad (2). On vit de plus en plus longtemps et il faut s’en féliciter. Mais l’allongement de l’espérance de vie, s’il a beaucoup été commenté et débattu, n’a pas été suivi de politiques à la hauteur du défi démographique et sanitaire. Le rapport soulignait l’insuffisance flagrante des effectifs et des moyens.

Mis sous tension financière depuis des années, le système de soin français est à bout de souffle. Bien sûr, la crise sanitaire que nous vivons est d’une ampleur historique. Mais elle révèle combien la logique financière est une impasse quand elle devient l’angle unique de la mesure d’une politique. L’équilibre financier est une chose. Mais un autre équilibre, plus important encore, est celui entre les valeurs que l’on porte en étendard et nos actes. La fraternité est inscrite dans la Constitution. Elle est l’entraide des citoyens pour un monde meilleur. L’épidémie de coronavirus met au grand jour des situations de détresse humaine inacceptables. Les malades, leurs familles, les personnels soignants, ont besoin que la fraternité et la solidarité affichées se traduisent en actes, à la bonne hauteur.

Que Manu Dibango et toutes les victimes de cette pandémie nous inspirent.

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